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Des villes ailleurs : en voyage avec Docteur Paper

  • 26 mars
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour



Propos recueillis par Matthieu Chauveau • Photos / © Franck Lebègue


Notre fameuse rubrique Une Ville Ailleurs semblait faite pour lui… Pour ce Kostar anniversaire, on a donc demandé à Docteur Paper – notre illustrateur invité – de se plier à l’exercice. Infatigable voyageur, l’artiste nous emmène non pas dans une, mais dans trois villes. Et nous révèle un peu de ses secrets de fabrication.  


Autant que je me souvienne, les villes m’ont toujours fasciné. Ado, je jouais beaucoup à des jeux vidéo comme SimCity et, dès que je terminais, je m’empressais de sortir cahier et crayons pour redessiner les villes. Les choses n’ont pas trop changé depuis, puisque je travaille toujours exclusivement sur papier et avec de l’encre. Mon nom – qui était à la base un surnom qu’on m’avait donné à la fac – Docteur Paper, vient de là. “Paper” pour le papier et “Docteur” parce que j’aime travailler minutieusement. J’utilise d’ailleurs souvent un scalpel quand je travaille à partir de découpes de papier ! Au numérique et aux écrans, j’ai toujours préféré le côté palpable du papier, des crayons, de la gomme.   J’ai pas mal voyagé autour de mes années fac et c’est comme ça que j’ai commencé à dessiner des villes. Il s’agissait surtout pour moi de mettre sur papier des souvenirs personnels. La première ville que j’ai dessinée, c’est Amsterdam. Aujourd’hui, j’en suis à plus de 35 villes et, à chaque fois, j'y intègre plein de petits clins d'œil personnels. Par exemple, ma femme, qui m’accompagne dans tous mes voyages et se retrouve cachée sur chacune de mes illustrations. Car je voyage avant tout pour le plaisir de découvrir de nouvelles villes ! Ce n’est que si la ville m’inspire que je me mets à la dessiner…


“ Aujourd'hui, j'en suis à plus de 35 villes et, à chaque fois, j'y intègre plein de petits clins d'œil personnels. ”

Je voyage toujours avec un petit carnet de dessin au format passeport, un peu comme un photographe qui ne quitte jamais son appareil, prêt à dégainer. Je commence souvent par de gros traits quand je passe devant un bâtiment que j’aime bien. Je peux ensuite affiner si besoin en retournant sur les lieux. J’essaie de dessiner sur place au maximum et mes carnets de croquis me donnent une sorte de database, que je consulte une fois rentré de voyage, dans mon studio à Nantes, quartier Canclaux. Je fais alors des tests de compositions plus poussées, en jouant notamment sur la balance des noirs et des blancs.   La question de l’organisation de l’espace est cruciale. Je mets souvent sur l’axe central un bâtiment pour lequel j’ai eu un coup de cœur, puis je navigue autour pour ajouter d’autres éléments de la ville. Ma méthode de travail est très subjective : tout ce qu’on voit sur mes dessins, c’est du vécu ! 


“ Il n'est pas rare que je sorte ma loupe pour dessiner le plus finement possible. ”

Plutôt qu'une représentation touristique, ce que je préfère, c’est raconter mes propres souvenirs d’une ville qui m’a marqué, avec des anecdotes de rencontres, notamment via les petits personnages que j’ajoute toujours à la fin. J’aime travailler les détails et il n’est pas rare que je sorte ma loupe pour dessiner le plus finement possible.   Pour cette rubrique Des Villes Ailleurs, j’ai voulu présenter trois de mes destinations préférées – où j’aurais pu poser mes valises pour longtemps ! – avec des dessins dont je suis particulièrement satisfait. Ils sont assez récents, puisqu’ils ont été créés entre 2019 et 2024 et bénéficient d’un graphisme plus dense que mes dessins des débuts. Avec le temps, j’ai affiné ma technique !   Tokyo, je me suis mis à la dessiner seulement cinq années après mon voyage. Quelque chose m’empêchait d’avancer, j’avais besoin d’évoluer dans mon trait. C’était à la mesure du choc esthétique que fut pour moi cette ville. Je dirais même qu’il y a un avant et un après Tokyo dans ma manière de dessiner. En me replongeant dans mes carnets, j’ai éprouvé, comme à chaque fois, la nostalgie du voyage. Au centre du dessin, on retrouve le Sensō-ji. D’abord parce que ce temple bouddhiste est magnifique, aussi parce que c’est dans ce quartier que je logeais.   À Québec, j’ai été marqué par ce mélange d’architectures entre moderne et ancien, qui est en réalité souvent de l’imitation d’ancien, comme dans toutes les villes nord-américaines. Ainsi, le château qui prend un tiers du dessin semble dater de la Renaissance, alors qu’il est de la fin du XIXe… La composition n'était pas évidente parce que le château prend énormément de place mais, en même temps, peu importe où on se trouve dans la ville, on en voit forcément un morceau. Comme toujours, je fais confiance à mon ressenti. Il y a aussi un petit clin d'œil à "Big Other" du collectif Pierre&Marie, une œuvre qui m’a marqué dans l’espace public, avec ses deux grands yeux perchés sur un toit – saurez-vous la retrouver ?   Madrid, c’était la claque du foisonnement d’architectures, avec aussi bien de l’art déco que du baroque et du très moderne. J’ai voulu rendre compte de cette richesse et j’ai adoré me renseigner sur tel ou tel bâtiment, son histoire, son esthétique. J’ai mis la gare au centre, parce c’est par là que je suis arrivé, et que j’ai tout de suite été impressionné par sa façade en fer forgé. Pour parvenir à en récréer tous les détails, j’ai dû sortir ma loupe et dessiner les parties noires en négatif. J’aime aussi beaucoup les références cinématographiques, alors forcément, dans le cinéma tout en bas, c’est Almodóvar qui est à l’affiche !   Bon voyage ! 










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