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La culture tombe le masque : Julien Grosvalet


Spectacle attendu lors du festival de danse Trajectoires, M.A.D. a pu être présenté aux professionnels. Il ont reçu la décharge d’énergie salvatrice qui fait de M.A.D. un spectacle essentiel et puissant. Le chorégraphe Julien Grosvalet espère convier le public sur le dancefloor pour lâcher-prise.



Texte / Julien Grosvalet * Photo / © Ernest Sarino Mandap

Publié dans le magazine Kostar n°75 - mai-juin 2021

Danse et musique sont des outils de protestation, de contestation et d'insubordination

M.A.D. : objet technoïde spectaculaire, subissant une double peine en ce temps de pandémie.

2018. Lancement du projet, résidence d’écriture : témoigner de l’évolution des corps dans la fête, des danses en ligne des années 60 au chaos des dancefloor techno d’aujourd’hui, le tout pensé comme un concert, voilà à quoi se destinait M.A.D., spectacle immersif et festif. n M.A.D. n’a pas encore, à cette époque, la teneur que lui donneront les événements qui ont suivi.

21 juin 2019. Fête de la musique à Nantes. Violente charge policière lors d’une soirée techno légale. Disparition de Steve Maia Caniço, OÙ EST STEVE ? n Cet événement tragique ouvre à M.A.D. une porte militante et enragée !

Octobre 2019. Résidence dans le studio de La Fraicheur à Barcelone pour définir les fondements du processus créatif et de la relation musique et danse. n On est en plein mouvements sociaux catalans. Au même moment, les gilets jaunes se soulèvent en France. Ailleurs, la répression internationale fait rage comme au Chili ou à Hong Kong. C’est de plus en plus clair : danse et musique sont des outils de protestation, de contestation et d’insubordination. C’est cette direction que nous prendrons.

Janvier 2020. Top départ pour M.A.D. avec un premier labo de recherches à Charleroi, en Belgique, et une moitié d’équipe qui envoie déjà du rêve. Retour en France pour l’audition pendant laquelle je rencontre le reste d’une équipe qui sera solidaire et soudée face aux événements.

Mars 2020. C’est Pandémie, notre nouvelle “amie” qui mène la danse. n Alors que l’année s’annonce prometteuse pour la compagnie, avec entre autres une sélection au concours Danse Élargie au Théâtre de la Ville, à Paris en juin 2020, nous voilà stoppés en plein élan !

Avril 2020. La première résidence en équipe complète au 783 est annulée. Il faut créer le lien tout en étant à distance les uns des autres. Relation (physique) impossible, le groupe se constitue par écrans interposés. On commence le travail à distance.

Septembre 2020. Une parenthèse (enchantée) après 6 mois de pandémie. Le groupe se rencontre enfin. On crée, on cherche, on se mélange, on se touche, on partage, on vit notre vie comme avant, on (re)danse, ensemble. Trois semaines fortes et intenses qui nous rappellent que nous sommes des artistes libres. Trois semaines pendant lesquelles M.A.D. se révèle à nous.


Un M.A.D. pour un bien.

Octobre 2020. La réalité me rattrape. Comment puis-je toujours imaginer une version immersive en pleine pandémie ? Il me faut revoir mes plans et penser à une version scénique.

Novembre 2020. Confinement (partiel). Les programmations s’annulent. À défaut de spectacles, les théâtres accueillent des équipes artistiques en résidence. Stereolux nous offre une semaine de travail au plateau. Nous avons finalement plus de temps pour adapter le dispositif au plateau. C’est un mal pour un bien.


Passer entre les gouttes !

Noël 2020. La situation sanitaire ne s’améliore pas. Va-t-on pouvoir danser ? Le souhait de tous : aller au bout du processus coûte que coûte !

4 janvier 2021. Arrivée des danseurs dans 4 jours. Le festival Trajectoires transforme son édition 21 en rendez-vous professionnels. Nous ne jouerons pas la première à la date initialement prévue. Il faut rapidement tout réorganiser : les répétitions, la logistique et surtout s’assurer que les seize membres de la compagnie impliqués dans la création sont tous disponibles (et négatifs) et… ouf, ce fut le cas !

21 janvier 2021. Nous finalisons la création. Une centaine de professionnels seront finalement présents, ce qui n’arrive jamais habituellement.

Fin janvier 2021. Sentiment mitigé, entre libération, frustration et espoir. Libération d’être allé au bout d’un processus en cette période si incertaine. Frustration de ne pas avoir pu partager le dancefloor avec le grand public de la façon dont on l'avait imaginé, souhaité, rêvé. Espoir que la situation sanitaire s’améliore car, au sortir de cette crise, M.A.D. sera l’événement dont tout le monde aura besoin pour lâcher-prise !


M.A.D., création de Julien Grosvalet, compagnieR14, en salles fin 2021 ?