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Le moi dernier, par Pierrick Sorin, épisode 100

  • 25 mars
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 20 heures


Texte et illustration / Pierrick Sorin • Montage / Karine Pain Publié dans le magazine Kostar n°100 - avril-juin 2026


Le travail du Nantais Pierrick Sorin est mondialement connu. Depuis novembre 2006, il nous raconte son quotidien de créateur. Signé sorin, naturellement.


Donc, centième numéro et vingtième année de Kostar… Ayant contribué à ce périodique depuis sa naissance, il serait de bon ton que j’évoque les années passées à son service, que je jette, dans le rétroviseur, un regard digne de susciter quelque intérêt et deux ou trois sourires. Mais je dois avouer que les chiffres et les anniversaires m’inspirent assez peu. Disons, sans rentrer dans des considérations bergsoniennes, que le découpage du temps en fractions successives m’a toujours semblé suspect, arbitraire, et même vide de sens. Mais je ne suis pas à une contradiction près : si rédiger quelques lignes à tendance mémorielle ne me motive pas, une idée de petite vidéo pour « marquer le coup du centième », m’est quand même venue à l’esprit…


“ Cent tranches de Kostar sur la tête, c'est pas du gâteau ”

Depuis des années, l’invitation à rendre ma copie – texte et image – me tombe sur le coin du nez à un moment où j’ai forcément autre chose à faire. J’ai donc eu l’idée de donner une représentation littérale de cette petite malaisance bimestrielle (qui, par ailleurs, est source de plaisir, je vous rassure). J’ai décidé de tourner une séquence où je recevrai sur la tête, successivement, tous les Kostar, de 1 à 100. Je me suis dit que c’était fort adapté à la circonstance et que, de plus, ce serait simple et rapide à réaliser. Mais comme pour bien des choses qui, au stade de l’idée, semblent pouvoir être faites « les doigts dans le nez », la confrontation au réel révèle son lot de difficultés.   D’abord, il a fallu réunir et classer tous les numéros. Une stagiaire, aussi dynamique que sympathique, s’est acquittée de cette tâche avec brio. Il ne me restait plus qu’à m’asseoir, face caméra, et à confier à ma précieuse aide de camp le soin de laisser choir les magazines sur mon crâne. Un rapide essai mit cependant en évidence un manque de rythme et de précision. Ma fille fut donc appelée à la rescousse pour jouer de la main et du bras et je dus construire une sorte de portique, au-dessus de ma chaise, pour guider les gestes de mes assistantes et les trajectoires des magazines… Je souhaitais en effet que ce soit leurs tranches qui cognent ma tronche. Je compris vite, toutefois, que cent tranches de Kostar sur la tête, « c’est pas du gâteau ». Après avoir développé deux belles bosses, je me résolus à porter une perruque sous laquelle étaient habilement cachés un slip et deux chaussettes (propres). Tout cela prit un certain temps.   Pour finir, relisant la séquence, celle-ci me parut un peu ennuyeuse. Le caractère répétitif de l’œuvre relevait d’un concept assumé, certes, mais il était propice à quelques bâillements. J’ai donc attrapé un grand saladier en inox et j’en ai usé, devant un micro, frappant de ma paume son corps argenté. J’ai ainsi enrichi l’image d’une composition sonore à ma sauce, une sorte de musique contemporaine, marquant les impacts, et dont les résonances m’évoquaient une vieille horloge, comme celle qui marquait ces heures lentes, passées à dessiner, lorsque, enfant, j’étais en garde chez ma grand-mère. Finalement, je me suis plié à la conception d’un temps découpé en tranches et dont les marqueurs éternels sont ici de modestes brochures. Voilà qui n’encourage guère à visionner ma vidéo, laquelle fonctionnerait sans doute mieux comme installation d’art visuel, dressée dans la blancheur d’un musée… Mais regardez quand même, au creux de votre lit, surtout si vous avez du mal à vous endormir. Vous pourrez même la mettre en boucle sur votre téléphone, coller ce dernier sur votre mur au double-face, et vous aurez un « Sorin » gratos à la maison !   

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