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Une ville ailleurs : Rome, par Patrick Barbier



Texte / Patrick Barbier pour Kostar Portrait / © JF PAGA Grasset * Photos Ville / DR Illustration / Tangui Jossic & Nicolas Galkowski pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°49 - février-mars 2016


Nantais, le musicologue Patrick Barbier enseigne à L'Université catholique de l'Ouest à Angers. Spécialiste des castrats et de l'Italie, il est l'auteur de nombreux ouvrages. Après le succès de La Venise de Vivaldi et Naples en fête, il publie chez Grasset Voyage dans la Rome baroque et donnera, comme chaque année, des conférences à La folle journée. L'occasion d'évoquer la ville éternelle pour les lecteurs de Kostar.


Il ne m’est pas facile de dire pourquoi j’aime tant Rome.

Est-ce parce que, comme à Naples, l’empilement des siècles et des civilisations est omniprésent ? Rome antique, médiévale, Renaissance, baroque : il suffit de choisir. Autre atout : le centre historique  n’a pas souffert du modernisme et de la spéculation immobilière. Ici, pas de gratte-ciels ou d’immeubles commerciaux tape-à-l’œil qui viendraient gâcher son unité. Rome a eu la chance de devenir tardivement la capitale de l’Italie réunifiée, et d’avoir peu souffert des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Presque endormie jusqu’à la fin du XIXe siècle, elle conserve aujourd’hui, quand on la regarde depuis les hauteurs du Pincio ou du Janicule, son allure de gros village rose et blanc dont aucune verrue immobilière ne dépasse, nous laissant le loisir d’admirer peu ou prou ce que voyaient, en leur temps, le Bernin, Christine de Suède ou Haendel.


“J’aime Rome parce que j’y retrouve partout la vitalité créatrice de l’ancienne capitale des papes.”

Si j’ai voulu consacrer un livre à la Rome des XVIIe et XVIIIe siècles, ce n’est pas tant pour réaffirmer ma passion de l’art et de la musique baroques. C’est avant tout pour raconter cette ville d’avant l’Unité, lorsqu’elle n’était que l’humble capitale des États pontificaux, et qu’elle vivait au rythme de fêtes civiles et religieuses d’un éclat et d’un faste inouïs, à jamais disparues dans la tourmente des années 1870. En plus de déguster de succulentes glaces chez Giolitti, on vient aujourd’hui dans la Ville éternelle pour respirer l’air de cette Rome baroque, dans le labyrinthe de ses ruelles. Et aussi nous rappeler que tout ce qu’on voit alentour est né en moins d’un siècle (des années 1590 aux années 1680), grâce à l’une des plus stupéfiantes politiques d’urbanisme qu’ait connue l’Europe de ce temps. En quelques décennies surgissent des places d’une perfection sans pareille (Navone, Saint-Pierre, d’Espagne, du Peuple…), une forêt d’églises, de coupoles et de lanternons, des fontaines fantaisistes par leur forme et rafraîchissantes par leurs eaux limpides, des palais massifs à l’extérieur mais jubilatoires quand on y entre. À eux seuls, le Bernin et Borromini laissent en quelques années un patrimoine que bien des villes mettront des décennies, voire des siècles, à acquérir. Le XVIIIe, voyant que le siècle précédent avait déjà tout fait, n’aura plus qu’à y ajouter quelques détails, comme un peintre apporte à son tableau les dernières touches de couleur : ici, la ravissante et théâtrale petite place Saint-Ignace, là-bas, l’escalier monumental de la Trinité des Monts.

J’aime Rome parce que j’y retrouve partout la vitalité créatrice de l’ancienne capitale des papes. Place d’Espagne, en bas des marches, je revois les concerts que donnait Corelli avec plus de cent interprètes. Devant les fenêtres du palais Valentini, je crois apercevoir Haendel s’apprêtant à créer son oratorio de La Résurrection, le jour de Pâques 1708. Quand je me promène sur le Corso, je revis les courses de chevaux et de buffles qui faisaient l’attrait du célèbre carnaval romain. Et devant le baldaquin du Bernin, à Saint-Pierre, j’entends les cérémonies grandioses où les castrats et autres chanteurs de la Chapelle se répartissaient en 12 ou 20 groupes, jusqu’à la coupole, pour créer de saisissants effets de spatialisation.

Rome n’en finit pas de nous envoûter.

Patrick Barbier, Voyage dans la Rome baroque, Grasset.




Rome arrangée...

On peut lui préférer d’autres villes – Milan, carrément trendy, ou Naples, délicieusement déglinguée – mais Rome reste “la ville éternelle” qu’on n’en finit jamais de découvrir vraiment. Plus de 4 millions d’habitants et des allures de gros bourg. La ville aux sept collines est aussi une ville de quartiers.


Y aller

Si tous les chemins y mènent, les vols directs sont bien pratiques. Selon les jours, aux environs de 130 € (aller-retour) au départ de Nantes avec Air France ou Vueling. Plus cher (et plus long) au départ de Rennes avec escale à Roissy.


Y séjourner

On peut se faire plaisir au Piazza Venezia, petit palace près de la place du même nom mais le charme a un prix : 200 €/nuit. On trouve aussi des B&B pour une soixantaine d’€/nuit, dans le quartier de la gare Termini (comme Alex II) et des appartements en pagaille pour un séjour prolongé.


S'y restaurer

Les bonnes tables italiennes ne manquent pas. Comme la Tratoria Monti, recommandée par Nicolas Guiet (L’U.ni à Nantes) ou L’Asino d’Oro, via del Boschetto. Tout près de la via Veneto, Il Pomodorino, est également une bonne adresse pour ses pâtes fraîches et ses pizzas. On peut aussi grignoter à l’heure du déjeuner dans l’une des Tavola calda de la ville et traîner, le soir, dans l’un des nombreux bars à vin du centre historique.


Circuit Kostar

Rome n’est pas riche que de son passé. Ouvert en 2010, le Museo Nazionale delle Arti du XXIe siècle, via Guido Reni, est signé Zaha Hadid. Ce superbe musée-campus (de 29000m2 !) est consacré à la créativité contemporaine. De superbes expositions, mais aussi une bibliothèque, un auditorium et un café-restaurant en font l’une des étapes obligées de votre visite.

Pour les galeries d’art et les boutiques de stylistes, c’est dans le quartier Monti que ça se passe désormais. L’ancien quartier, louche et glauque, s’est offert un coup de jeune. On évitera bien sûr les franchises internationales qui ont flairé le filon pour les boutiques (vêtements, bijoux…) un peu plus authentiques.

Le soir, c’est dans les quartiers de Testacio ou d’Ostiense que ça se passe. Au Akab, le jazz de début de soirée laisse la place à la house après 23h. Quant au Circolo degli Artisti, il reste un temple du rock indé.



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Illustration
© Alexia Moutel

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