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Ailleurs qu'une ville : Arcizans-Avant par Odezenne

6 sept.
4 min de lecture


Texte et photos / Odezenne


Le label qu’ils ont créé s’appelle Universeul… Alors, quand on demande à Odezenne d’écrire sur une ville, ils ne font pas comme tout le monde. C’est d’un village dont nous parle le groupe, sous la plume d’Alix, l’un de ses deux chanteurs-rappeurs-slammeurs : Arcizans-Avant dans les Hautes-Pyrénées. Se déconnecter (et donc se reconnecter aussi…), prendre de la hauteur, prendre le temps… voilà le programme. Et franchement, en 2026, c’est un peu ce dont tout le monde rêve. 


À huit ans, j’ai imprimé des chiffres en grand dans ma mémoire : TROIS MÈTRES SOIXANTE-DIX. 

Je les tenais du Donjon des Aigles, un lieu incroyable qui rassemblait des dizaines de rapaces et dont le clou du spectacle était un grand condor des Andes, un oiseau hors norme.

Cette année, j’y suis retourné avec mon fils et j’ai découvert que son envergure était en réalité de TROIS MÈTRES DIX, soit tout de même dix-neuf pour cent de marge d’erreur.  

Nos souvenirs sont souvent de petits mensonges qu’on aime se raconter à l’infini. Ça me plaît ces temps-ci de les interroger et de leur tordre gentiment le cou si nécessaire.  

Avec Odezenne, nous venons d’acheter une bergerie juste à côté, à Arcizans-Avant. Le nom même du bled semble parler d’un retour. Avec son trait d’union, on dirait un pont entre l’enfant qu’on a été et le père qu’on devient, entre ce que l’on vient retrouver et ce que l’on voudrait transmettre.  

C’est notre nouveau centre de gravité et nous y construisons notre studio B. Le studio A est à Bordeaux, près du marché des Capucins. Après des albums réalisés à Paris, Londres et Berlin, nous avons eu envie d’autre chose : sortir du réseau, retrouver du calme et composer autrement.  

J’ai des attaches près de Tarbes, Jacques s’est marié avec une montagnarde suisse et Mattia a grandi dans le Piémont.  

Entre deux recherches de synthétiseurs analogiques, Mattia a paramétré une alerte sur Leboncoin : 100 m² minimum, ancien, à moins de 30 km de Cauterets.  

Une annonce a fait mouche en novembre dernier, en pleine tournée de Doula, entre Milan et Barcelone : une grange foraine sur les hauteurs, dans la vallée d’Azun. Elle nous a tapé dans l’œil et on a fait une offre depuis le tour bus, sans la visiter. C’était l’anniversaire du père de Mattia.  

Pour rejoindre le studio B, on descend du train à Lourdes, haut lieu mondial du pèlerinage. Les fidèles affluent en groupes colorés, avec maillots, brassards et drapeaux, un peu comme des supporters. Mais dès qu’on quitte le quartier du Sanctuaire et les deux grands axes commerçants, Lourdes prend des airs de ville fantôme : hôtels à vendre, rues désertes, boutiques de cierges et de souvenirs religieux sans clients.  

Pour moi, c’est aussi un endroit très intime que j’ai redécouvert en 2021 avec Priska, ma petite sœur, membre d’Odezenne. À la fin de sa vie, elle s’était rapprochée de Dieu. Nous y passions des week-ends à allumer des cierges. Un jour, elle a jeté dans le Gave de Pau un cendrier marqué « Je t’emmerde », à l’adresse de sa maladie, en faisant un vœu. Quelques mètres plus loin, il est resté bloqué sur la rive. Elle a alors enjambé la barrière, l’a récupéré et relancé au milieu du courant pour être sûre qu’il parte. Enfants, mes sœurs et moi descendions déjà ce même Gave en raft, en criant de joie pour embêter les croyants.  

À Lourdes, nous garons le 4 × 4 acheté spécialement pour rejoindre la bergerie : notre chemin spirituel est en marche.  

On a trouvé à Marseille un Pajero de première main de 1999, gris métal cartel mexicain, boîte Super Select, blocage différentiel et sièges en velours. Il faut réparer la clim et le toit ouvrant, mais au premier clac de la centralisation, le logiciel Pyrénées se lance.  

On passe par Argelès-Gazost et sa boulangerie championne du monde de la chocolatine en 2019 – non, on ne dit pas pain au chocolat – puis par Arcizans-Avant. Au pied du chemin, Chez Pierrot programme des concerts chaque semaine. Par hasard, nous avons choisi un endroit où la musique se vit déjà.  

La grange, qu’on appelle à tort la bergerie, se gagne après quatre kilomètres de piste. L’ancien propriétaire a fait sauter à l’explosif une colline qui bouchait la vue. À l’entrée, un bloc extrait de la montagne a été dressé à la verticale. Depuis, il semble avoir été posé là comme par magie. Ce faux menhir donne au lieu un air d’île de Pâques.  

Là-haut, pas d’eau de ville ni de réseau électrique. Le solaire fournira bientôt l’électricité et l’eau vient d’une source. On y vit au rythme de Flavio, notre voisin de 80 ans, hyperactif, qui nous aide à peu près pour tout.  

À 1 048 mètres d’altitude, on se retrouve souvent le matin au-dessus d’une brume qui recouvre la vallée. La bergerie semble alors flotter sur son rocher.  

Avant qu’elle ne se dissipe, on est coupé du monde, hors du flux de la ville et de la société. Tout semble entre parenthèses.  

Ailleurs qu’une ville, nous avons en ligne de mire le calme, le retour à soi et le temps long. Retrouver après la brume notre territoire, nos souvenirs plus justes, nos visages, peut-être aussi une autre manière d’habiter le monde.  


Roses rouges, nouvel EP d’Odezenne bientôt disponible.

Tournée nord-américaine du 28 janvier au 11 février 2027.

Programme exceptionnel de 24 concerts à la Maroquinerie à Paris du 11 mai au 6 juin 2027.










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