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Eric Serra, interview recto/verso

17 sept.
4 min de lecture


Interview / Matthieu Chauveau * Photo / Tangui Jossic pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°102 - octobre-novembre 2026



Interview recto


Être toujours ramené à Luc Besson : satisfaction ou frustration ?  

C’est surtout une réalité ! 90 % de mes musiques de film ont été pour Luc Besson, nos noms sont indissociables. Je suis fier de ce qu’on a fait ensemble, même si j’ai fait d’autres choses que j’aime autant.


Comment condenser 45 ans de carrière en un concert ?  

J’ai sorti entre 30 et 40 albums et j’ai dû tout réécouter. La V1 de la setlist donnait 12h de show… C’est forcément frustrant, j’ai dû jeter pas mal de trucs que j’aurais aimé jouer. Mais tous les incontournables sont là ! 


Après le ciné-concert pour les 30 ans du Grand Bleu, cette tournée est-elle la suite logique ?  

C’est la même production mais plus un ciné-concert. Il y a peu d’extraits de films. Il faut s’attendre à un show musical avec des décors, une mise en scène, de vraies lights…


La scène, n’est-ce pas contre nature pour un compositeur de musiques de film ?  

Je viens de la scène. Cette tournée n’est pas un fantasme de compositeur de musiques de film pour faire sa rock star ! J’ai toujours adoré jouer devant un public qui réagit en direct.


“Cette tournée n’est pas un fantasme de compositeur de musiques de film pour faire sa rock star !”

Vous avez commencé en accompagnant Higelin…  

Après avoir joué pour des centres de vacances, j’ai rencontré Higelin qui m’a directement mis devant 170 000 personnes, pour la victoire de Mitterrand. Je connaissais à peine les morceaux : j’ai passé le concert à côté du pianiste qui me dictait les accords au fur et à mesure en temps réel !


Qu’est-ce qu’une bonne BO ?  

Ça dépend des réalisateurs. Besson donne un rôle important à la musique dans ses films. Pour moi, c’est génial. Il sait ce que la musique doit faire ressentir, scène par scène, et ensuite, j’ai carte blanche pour la composer.


Avec vos synthés et votre groove, avez-vous conscience d’avoir réinventé la musique de film ?  

Je n’aurais jamais pensé faire des musiques de film avant de rencontrer Besson. Ma culture musicale vient de trucs différents : rock, pop, jazz, classique… C’est sans doute ce qui a fait mon originalité !


Si vous ne deviez garder qu’un seul instrument…  

Sur scène, la basse parce que c’est celui que je joue le mieux. Mais tout seul, la basse, c’est super chiant. Sur une île déserte, ce serait le piano, l’instrument le plus complet, ou la guitare, parce que c’est mon premier instrument… et que j’en joue mieux que du piano ! 



Interview verso


En avez-vous marre qu’on vous parle du Grand Bleu ?   

Ce qui est un peu frustrant, c’est quand j’ai l’impression que c’est la seule chose qu’on connaisse. J’ai envie de dire : j’en ai fait d’autres ! Qui sont très bien aussi et dont je suis parfois beaucoup plus fier…


Votre BO préférée ?   

Il y en a plein. Peut-être Léon parce qu’il y a une charge émotionnelle dans la musique… qui m’impressionne moi-même.


La BO dont vous êtes le plus fier... mais dont on ne vous parle jamais ?  

Arthur et les Minimoys. C’est la première fois que je travaillais sur du symphonique, avec une grosse orchestration à la John Williams. La somme de travail qu’il y a dans cette BO est énorme, et je suis fier du résultat.


Quand on vous propose James Bond en 1995, c’est l'excitation ou la pression ?  

J’avais refusé mais ils sont revenus parce qu’ils ne voulaient personne d’autre ! Heureusement qu’ils ont insisté parce que je suis super fier d’avoir mon nom associé à la légende. Des Français qui ont fait un James Bond, y’en a pas des tonnes… 


“Des Français qui ont fait un James Bond, y’en a pas des tonnes…” 

Certains de vos thèmes sont très connus. Auriez-vous aimé que votre voix le soit plus ?   

Dans mon dernier album, je chante beaucoup mais je suis conscient que ce n’est pas mon instrument principal. Gamin, quand je chantonnais sous la douche, c’était des parties d’instruments. Les tubes d’Earth, Wind and Fire, je chantais les parties de cuivres !


Une engueulade avec Luc Besson ?  

On a rarement été en désaccord. Quand je compose pour lui, il vient chez moi pour voir où j’en suis. J’adore, parce que ça me permet d’avoir un retour en temps réel. Les rares fois où il n’était pas trop content, je dois dire qu’il avait raison. La nouvelle version était mieux !


Composer une bonne musique pour un film raté, est-ce frustrant ?  

Le plus frustrant, c’est de faire le mieux possible et que le film se plante. Pour Braqueurs d'élite, j’avais eu de gros moyens, une semaine d’enregistrement avec un orchestre symphonique à Berlin. J’avais fait un gros score, style film d’action à la Marvel, mais le film n’est même pas sorti en salle…


Éric Serra Live

Le Liberté, Rennes, 18 novembre. Brest Arena, 20 novembre. Zenith Nantes Métropole, 21 novembre.


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