Rechercher

Carte blanche à Mickaël Phelippeau



Texte / Mickaël Phelippeau * Portrait / Philippe Savoir * Photo / Alain Monot Publié dans le magazine Kostar n°79 - février-mars 2022


Mickaël Phelippeau est un chorégraphe très présent sur le territoire. Avec les tournées de Lou et De Françoise à Alice. À l’occasion de la création de sa nouvelle pièce Sans Orphée ni Eurydice, nous l’avons invité à présenter son journal de création.


Angers Nantes Opéra m’a proposé de créer une pièce pour les 28 artistes du chœur, un·e pianiste et son chef, Xavier Ribes. Au moment où j’écris, nous allons reprendre les répétitions dans quelques jours, après plus d’un an et demi de pause, pour cause de pandémie.

Concernant ma démarche, je pars généralement de rencontres. Et j’aime à dire que je fais des « portraits chorégraphiques ». Il y a 10 ans par exemple, j’ai créé Chorus, pièce chorégraphique pour 24 chanteur·ses, que nous avons encore joué le mois dernier. Le choral Nicht So Traurig, Nicht So Sehr de Bach y est répété de nombreuses fois, dans des interprétations différentes. Nous avons beaucoup expérimenté lors des répétitions et c’est une pièce qui est à leur image.

Pour cette commande d’Angers Nantes Opéra, j’ai dérogé à la manière dont je travaille habituellement et je me suis dit qu’il serait intéressant de partir d’une œuvre existante. N’étant pas un fin connaisseur de l’opéra, je me suis fait conseiller et en suis arrivé à écouter Orphée et Eurydice de Gluck, dans sa version française de 1774. J’ai isolé les passages interprétés par le chœur, les ai écoutés en boucle et je me suis amusé à imaginer que seuls ceux-ci soient chantés. Nous avons donc retiré les protagonistes principaux qui donnent leurs noms au titre de l’œuvre de Gluck, d’où ce nouveau titre pour ce projet : « Sans Orphée ni Eurydice ». Quant à l’orchestre, il sera remplacé par un·e pianiste.


“Les choristes vont danser tout ce qu’il·elles chantent.”

Les choristes vont danser tout ce qu’il·elles chantent. Au fur et à mesure de l’œuvre, Il·elles endosseront le rôle de berger·ères et de nymphes, de furies et enfin d’ombres heureuses. Il y a, de fait, une dématérialisation des corps à travers les personnages qu’il·elles interprètent. La danse tentera de traduire cette évolution.

Dans l’opéra de Gluck, le chœur apparaît à quatre reprises. J’ai rapproché chaque partie à l’un des quatre éléments fondamentaux de la théorie des humeurs, qui est l’une des bases de la médecine antique. Ainsi, le début de l’Acte  1 est une procession de berger·ères et de nymphes qui tentent de consoler Orphée. Je lui ai conféré l’humeur mélancolique ou bile noire. L’élément terre y est rattaché et l’âge de la vie qui y correspond est la vieillesse. Ces différents aspects nourrissent l’écriture chorégraphique et l’interprétation, et ce pour chaque passage.

Pour que la narration de l’opéra ne souffre pas de l’absence d’Orphée et Eurydice, nous allons pallier celle-ci par différents principes. Chaque acte va être introduit par exemple par la parole, par un ou une des choristes qui va contextualiser la scène et résumer ce qui va se passer ou ce qui s’est passé dans l’acte précédent. Un système de pancartes jaunes va également remplacer par exemple la parole chantée d’Orphée dans l’Acte 2, alors en dialogue avec le chœur.

Pour ponctuer chaque acte, sera diffusé un morceau de Reflektor, album du groupe de rock Arcade Fire qui se réfère au mythe d’Orphée et Eurydice.

Lors de la dernière phase des répétitions, en juillet 2020, j’ai demandé aux chanteur·ses si l’un·e d’entre eux·elles jouait de la flûte traversière pour reprendre un passage fameux, avec le·a pianiste. Un baryton s’est prêté au jeu de prendre ce rôle à la flûte à bec. C’est un passage émouvant entre fragilité et délicatesse. J’espère que chacun·e prendra une place particulière dans cette aventure en fonction de ses désirs, car je pense toujours un projet pour et avec les personnes au plateau.


Mickaël Phelippeau, le 14 janvier 2022



De Françoise à Alice, Théâtre Francine Vasse, Nantes, le 19 janvier

Sans Orphée ni Eurydice, Théâtre Graslin, Nantes, les 22 et 24 février ; Le Quai, Angers, le 30 mars.

Lou, Centre Culturel de La Ville Robert, Pordic, le 26 février ; Le Triangle, Rennes, le 29 mars.