top of page

Carte blanche à… Laurent Brethome

9 sept.
3 min de lecture


Texte / Laurent Brethome * Photos / Thomas Badreau  Publié dans le magazine Kostar n°102 - octobre-novembre 2026


L’objectif était que le public ne s’ennuie jamais ! Et le Vendéen Laurent Brethome crée l’événement en montant Hernani de Victor Hugo. Malgré l’impact désastreux des coupes budgétaires, il nous offre une version resserrée mais percutante qui embarque tous les publics.


Tout a commencé en 2022. Un théâtre me demandait une pièce classique, si possible populaire, une œuvre qui remette le peuple sur scène. L’évidence s'est imposée : Hernani de Victor Hugo. On en parle, on connaît le héros romantique et la fameuse “bataille” d’Hernani, inscrite dans notre inconscient collectif. Mais, qui l’a vraiment lu ? C’est une pièce peu montée ces dernières décennies et, pourtant, c’était la plus évidente pour mon parcours. L’occasion de replacer le peuple au cœur du travail, à travers un compagnonnage entre professionnel·le·s et amateur·rice·s. Il est crucial de dépoussiérer cette œuvre, car elle prend aujourd'hui tout son sens pour redéfinir le mot “peuple”, à l'heure où les politiques les plus extrêmes s'en emparent.

Très vite, une autre nécessité s'est imposée : replacer la seule figure féminine au centre de cette intrigue et de cette triangulaire masculine formée par Don Ruy Gomez, Don Carlos et Hernani. Pour Doña Sol, je n’ai pas choisi, comme la plupart des mises en scène passées de ce texte, une jeune femme, mais une femme plus âgée que ses courtisans masculins… Elle n’est plus une “proie” passive : elle possède une expérience, une maturité et un poids tragique, supérieurs aux trois hommes. Le conflit masculin pour la posséder devient une lutte pour une autorité et une sagesse qu'elle seule détient, révélant que la domination masculine tente aussi de s'approprier la force d'une femme accomplie. Cette pièce aurait dû s’appeler Doña Sol. C'était aussi une manière de rendre hommage aux femmes qui m'ont élevé – ma mère, ma grand-mère, ma femme, ma fille – et à celles qui partagent ma vie.

Fort de mes créations passées, je me suis toujours interrogé sur la manière de faire résonner un texte classique avec nos problématiques actuelles, car je déteste m’ennuyer au théâtre. Avec mes collaboratrices Clémence Labatut et Catherine Nicolas, nous avons adapté le texte en le taillant pour en faire une version percutante et accessible à toutes et tous. Hugo a libéré l’alexandrin : c’est une pièce qui parle de la rue autant que du palais, rendue au peuple pour libérer le vers et la langue. Il était primordial de la poser hors du temps – ni au XVIe siècle de l'intrigue, ni au XIXe siècle de sa création, ni aujourd'hui — pour qu'elle parle à chacun·e sans discrimination.


“Je crois qu'il faut s'appuyer sur les classiques pour parler au présent et pouvoir interroger le futur.”

Quand j'ai monté Bérénice en 2011 ou Scapin en 2014, on me disait déjà en amont de ces créations, qui ont pourtant tourné de nombreuses années : « Pourquoi monter ces classiques poussiéreux ? » Je crois justement qu’il faut s’appuyer sur les classiques pour parler au présent et pouvoir interroger le futur. Le mépris que manifestent certain·e·s professionnel·le·s de la profession pour les classiques, jugés ringards et inutiles, est à côté de la plaque. Face à ce scepticisme de chapelle, le public m’a toujours donné raison : ces grands textes permettent de rassembler toutes les générations et tous les horizons.

Aujourd’hui, l’utopie d’aligner 20 personnes sur un plateau est intenable pour une production française classique. Pourtant, avec ma compagnie, nous remettons ce classique méconnu et bouleversant face au public. Hernani est une vraie fête du théâtre. Avec un décor d'envergure qui change à vue d'acte en acte, plus de 80 costumes et une composition musicale jouée en direct, je veux offrir ce grand spectacle rare. Faire du théâtre, c'est prolonger l'émerveillement de l'enfant que j'étais quand j'allais en salle. C'est ce que je cherche à accomplir dans chacun de mes spectacles.

Pourtant, en tant que compagnie conventionnée et labellisée, nous avons encaissé de plein fouet en 2024 la suppression brutale de notre soutien par la Région des Pays de la Loire, dirigée par Christelle Morançais : une perte sèche de 60 000 euros d'argent public précisément fléché sur la production d'Hernani. Tout était engagé deux ans à l'avance, et nous avons dû tout revoir à la baisse dans l'urgence – de nos jours de répétition à notre décor, en passant par des sacrifices personnels. Maintenir ce spectacle à 20 personnes au plateau malgré cette violence politique est un miracle, et plus que jamais, notre plus bel acte de résistance. 


Hernani, Le Théâtre, Saint-Nazaire, 17 et 18/11 ; La Loge, Beaupréau, 21/11 ; Centre Culturel Jacques Duhamel, Vitré, 3/12 ; Le Grand R, La Roche-sur-Yon, 19 et 20/01/2027 ; Mixt, Nantes, 26 au 28/01 ; Le Quai, Angers, 3 et 4/02.



Commentaires


bottom of page