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Carte blanche à… Les Maladroits

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  • 20 janv.
  • 3 min de lecture


Texte / Arno Wögerbauer * Photos / Alban Van Wassenhove Publié dans le magazine Kostar n°99 - février-mars 2026


On aime beaucoup Les Maladroits qui, d’ailleurs, le sont si peu. Leur sensibilité, leur inventivité, leur imaginaire, leur engagement… Après Frères, Camarades, Joueurs, À vous les studios et Subjectif lune, la création d'Une histoire autrichienne nous a donné l’envie de leur confier cette carte blanche.


Genèse d'une histoire


Au sein de la Compagnie les Maladroits, nous aimons les sujets politiques et historiques. Nous aimons lorsque les petites histoires viennent s’entrelacer avec la grande, lorsque l’intime rencontre le politique. Nous sommes un collectif d’auteurs-comédiens. J’entends par « auteur », auteur de spectacle, car nous écrivons pour et avec les objets. Il s’agit de raconter ce qui nous est individuellement nécessaire. Cette nécessité personnelle s’enrichit ensuite avec les réflexions et les débats en collectif.   En 2016, nous présentons pour la première fois le spectacle Frères, inspiré de mon histoire familiale espagnole. Avec mes camarades de route, nous écrivons l’histoire fantasmée d’un grand‑père anarchiste, combattant durant la Guerre d’Espagne et confronté à la Retirada. Pourtant, je m’appelle « Wögerbauer ». C’est autrichien, pas vraiment espagnol. Mon père est venu en France pour ses études. À Toulouse, il rencontre ma mère, fille d’exilés espagnols. Petit, j’apprends l’allemand et le parle couramment. Je rends visite à ma famille autrichienne, à mes grands‑parents, à mes cousins, je fais du ski l’hiver. Mon corps s’imprègne de l’Autriche, de ses sons, de ses paysages. J’aime les knödels et j’ai déjà porté une culotte de cuir tyrolienne.


La nécessité

Il y a quelques années, je suis en Autriche, dans un village du Mühlviertel. Dans la maison familiale, mon père descend du grenier et pose sur la table de la cuisine un tas d’archives ayant appartenu à mon grand-oncle. Je reconnais un cahier d’écolier, une carte routière de France, des tracts ou un manuel d’aviation. Je découvre alors que mon grand-oncle a précieusement conservé des documents de la période nazie. En 1938, l’armée allemande annexe l’Autriche au IIIe Reich, c’est l’Anschluss. Une fragile contestation est écrasée tandis que la majorité acclame par adhésion ou par crainte de représailles.   Soixante-quinze ans plus tard, là, devant moi, sur le formica, il y a des croix gammées. Un frisson me parcourt le dos. Un document attire mon attention. C’est un manuel d’apprentissage daté de 1940. À l’intérieur, sur une page les leçons, sur l’autre les questions. Cours sur les races. Mon grand-oncle, alors âgé de seize ans, répond. C’est son écriture. L’Histoire percute la table de la cuisine. Pourquoi mon grand-oncle a-t-il gardé toutes ces choses ? Lui, qui était socialiste après la guerre, était-il nazi pendant ? C’est le point de départ d’Une Histoire autrichienne


Du théâtre et des objets

Par objet, nous entendons aussi bien des jouets, des bibelots et des outils que des matières. Selon les créations, nous avons comme partenaires : du sucre et du café (Frères), la craie et sa poussière (Camarades), des briques et du bois (Joueurs, visible à Brest en mars) ou encore des objets de randonnée (Subjectif Lune). Nous aimons les collections, les « objets multiples », qui se déclinent en plusieurs formes et couleurs, que nous accumulons pour composer nos mondes miniatures. Nous pensons notre théâtre en images et en séquences. Notre théâtre d’objets est au spectacle vivant ce que le roman graphique est à la littérature. La scène est une case de bande dessinée à colorer avec nos trouvailles. Jamais loin des arts plastiques, nous assemblons plusieurs matériaux déjà existants, comme un collage. Dans ce processus, Emmaüs fait partie de nos arpentages réguliers.   Pour Une Histoire autrichienne, nous avons passé commande d’un texte à l’autrice Marion Solange-Malenfant, proche collaboratrice de la compagnie. Nous conservons, de notre côté, la dramaturgie des objets. Nous avons choisi de jouer avec des allumettes et leurs boîtes, une accumulation de papier, des sapins miniatures et du charbon. Les allumettes craquent, brûlent et se consument ; une épaisse fumée envahit le plateau ; le charbon marque le blanc immaculé du papier. Seul en scène, le personnage de Lukas plonge dans l’endoctrinement de son grand-oncle. Des Jeunesses hitlériennes à son engagement dans la Wehrmacht, il remonte le fil de son histoire. Était-il complice ? Avait-il le choix ? Que savait-il vraiment ?  


Subjectif Lune, Mixt’, Nantes, 27 au 31 janvier ;

La Passerelle, Cordemais, 3 février ;

Théâtre des Ursulines, Château-Gontier sur Mayenne, 17 mars ;

Festival Méliscènes, Centre cultuel Athéna, Auray, 20 mars.

Une histoire autrichienne, THV, Saint-Barthélemy-d’Anjou, 3 mars.

Joueurs, Maison du Théâtre, Brest, 11 et 12 mars.



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