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P.R2B, chamboule-tout

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Interview / Patrick Thibault * Portrait / © Olivia Schenker Publié dans le magazine Kostar n°99 - février-mars 2026


On aime beaucoup la pop de P.R2B. Avec son deuxième album Presque Punk, la chanteuse fait très fort. Toutes les angoisses de notre époque sont dans les textes mais son travail sur la musique et la voix insufflent une dose de joie salvatrice.


Votre album s’appelle Presque punk, tout est dans le presque, non ?  

Oui, ce presque je l’ai mis volontairement. J’ai trouvé le titre avant la chanson et l’album, avant même d’arriver dans les Cévennes où j’ai écrit. Je venais de passer trois mois à Marseille et j’ai voulu ce presque comme un mouvement vers quelque chose. Je n’arrive pas à me dire totalement punk mais je m’inscris dans cette envie de tout chambouler d’un système qui ne marche pas vraiment.


Alors, le drame, c’est le travail et la ville ?  

Ça peut l’être. Je ne pense pas que le travail et la ville soient a priori dramatiques mais ce que le travail a pu devenir pose question. C’est bien cet endroit où beaucoup de personnes se sont trouvées aliénées par la pensée et le corps, par exemple en restant alignées dans des open spaces. On a créé en ville des espaces pour se retrouver, voir de l’art, partager des émotions mais, à l’arrivée, j’ai l’impression qu’on se connecte moins. J’ai écouté mes ami.es et j’ai observé cette grande cacophonie.


Vous pointez aussi les réseaux sociaux mais vous ne pouvez pas faire sans ?  

Si on reste dessus, c’est extrêmement déprimant. Si on gratte plus, ça peut devenir intéressant. Dans notre métier d’artiste, on est amené à mettre en scène sa vie. Maintenant, on demande à tout le monde de le faire. Ça questionne sur toute une génération et c’est un échec presque primitif à cette action. Cette humanité qui peine à se trouver elle-même ne peut pas être que dans la noirceur.


Comment on y résiste ?  

L’acte le plus radical serait de ne pas y être. Si on se pose la question de comment continuer à vivre et résister, on peut aussi essayer de détourner les codes pour y révéler autre chose. La star qui doit faire rêver, c’est obsolète. On voit des artistes qui vont presque vers de la laideur, une envie de se montrer de manière quasi organique. La musique est proche du marketing, à nous de faire attention.


“La star qui doit faire rêver, c'est obsolète.”

Comment avez-vous construit l’album, le rapport entre textes et musique ?  

Je construis le morceau en écrivant car j’aime être à la guitare ou au piano. Je porte toujours très tôt un soin à l’arrangement. Pour Rayons Gamma, il y a des versions qui ont beaucoup changé à l’arrivée. Là, j’ai laissé du chant du début enregistré seule. Même des objets du quotidien qui m’ont servi pour le son. Presque Punk est un album qui est allé chambouler des choses et mettre le bordel dans ma chambre. Bullshit n’était pas aussi techno au départ. J’ai laissé du champ pour qu’on vienne me déranger en studio. 


Ce qui surprend, c’est le travail sur la voix ? Qui vous a inspirée ?  

Je ne cache plus que Brigitte Fontaine est une figure très importante dans ma vie. J’ai eu la chance de participer à une création autour de ses textes et je suis extrêmement admirative. C’est quelqu’un qui a composé pour sa voix. Elle dit même qu’elle n’écrit pas les mêmes mots avec l’évolution de sa voix. J’ai aussi beaucoup écouté Laurie Anderson et Björk. C’est un peu mon triumvirat de la voix. Je suis contente que vous en parliez car tout le monde ne le révèle pas. Quand on marche, par exemple, la voix est différente et je voulais que dans l’album, on entende le changement dans ma vie. 


À quoi doit-on s’attendre sur scène parce que ce travail sur la voix est une difficulté supplémentaire pour la scène, non ?  

Évidemment. Je pense qu’il y a quelque chose de plus performatif qui va s’opérer. Il y a un endroit plus opératique, plus opérette avec Bullshit qui rappelle L’Attentat à la pudeur d’Higelin. J’ai envie d’assumer ça sur scène. C’est un live de musique évidemment car le concert est une des choses les plus importantes de ma vie. Je suis accompagnée par 2 musicien.nes qui vont beaucoup m’aider. Opening, je ne suis pas certaine de l’interpréter moi. Je vais jouer avec les codes du cinéma.


“Dans un mouvement de considération un peu terrible du monde, j'ai la volonté d'aller vers la joie.”

Vous brouillez les pistes mais que voulez-vous qu’on retienne de ce 2e album ?  

Dans un mouvement de considération un peu terrible du monde, j’ai la volonté d’aller vers la joie. Je propose qu’on fasse une traversée vers une sorte de joie légère. Nous construisons un mouvement actif vers la joie.


Qu’est-ce qui vous attriste ?  

La résignation. Je n’aime pas que des gens aient la sensation de ne plus avoir prise sur leur destin. La bêtise m’attriste, le manque de curiosité… Avoir peur d'aller au contact, de se confronter, le manque d’imagination de son propre monde, ça m’attriste profondément. J’ai fait l’événement La semaine au bureau : avec Rébecca Chaillon, on a discuté de comment être artiste. On peut mettre du joyeux dans sa vie, ça permet de reprendre un contrôle ou l’action sur sa vie. Si les artistes servent, c’est au moins à ça.


Qu’est-ce qui vous donne la pêche ?  

Mes amis, leur intelligence absolue : je suis toujours sidérée par leur manière de voir le monde, leur douceur, leur tendresse, leur espoir. Comme ça n’est pas tous les jours facile, ça m’aide. J’aime être en mouvement : je danse dans ma chambre, dans mon salon. Il faut faire fi de l’image qu’on a de soi, se consacrer à la joie et à l’altérité totale. Si je danse et si je vois mes amis, je ne vois pas comment je peux déprimer.


Et vous allez voir de la danse aussi ?  

Oui, je vais voir beaucoup de danse contemporaine. C’est un pur plaisir de danser sur tout et n’importe quoi pour être bien. Je suis même allée m’inscrire à une semaine de danse avec Anne Teresa De Keersmaeker et ça a de plus en plus pris le pas sur autre chose. Ce n’est plus seulement être joyeuse, c’est comment par son cœur, on en vient à transmettre autre chose. 


Vous étiez partie pour faire du cinéma, est-ce que vous y reviendrez ?  

J’ai consacré pas mal de temps au cinéma mais je suis très sérieuse dans la vie. J’avais l’impression que j’allais faire les films les plus nuls, je n’étais pas au bon endroit à ce moment-là. J’avais l’impression que tout ce qui était cinématographique en moi était dans mes chansons. Là, je retrouve l’envie d’aller filmer, regarder d’autres gens et d’autres choses que moi. J’ai pris plaisir à filmer le clip de Presque punk. Une porte vers le cinéma se réouvre mais, comme je prends l’art de manière très sérieuse, je ne peux pas me projeter, ça n’est pas mon style. 


Savez-vous où vous voulez aller ?  

J’aime bien ne pas avoir les réponses aux choses quand je me mets à les faire. Le dispositif ou la recherche, c’est toujours plus important que l’objet fini. Un disque est incomplet tant qu’il n’est pas écouté et les concerts, ça se fait à plusieurs. Je travaille beaucoup pour mettre en place des choses. J’aime me permettre d’aller chercher car je viens d’une famille de gens curieux qui ont toujours cherché autre chose que ce qu’ils avaient sous le nez.  


La Bouche d’Air, Nantes, 10 février

Le Chabada, Angers, 11 février

Album Presque Punk

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