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Dominique A : « Je vis nulle part »



Interview / Arnaud Bénureau * Photo / Tangui Jossic pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°30 - avril-mai 2012


Les vingt ans de La Fossette, la réédition de tout son catalogue, des concerts, son nouvel album Vers les lueurs… Dominique A est partout. Et peut-être même à Nantes.



Il paraîtrait que vous vous installeriez bientôt de nouveau sur Nantes…

Putain, la vache ! Les nouvelles vont vite. Je ne répondrai pas à cette question.


Essayez quand même…

De toute façon, je vis nulle part. Je me balade sans arrêt. Alors oui, on va dire que je reviens. J’ai toujours des attaches assez fortes avec Nantes. À force de ne pas savoir où j’allais aller, je me suis dit que j’allais me prendre un pied-à-terre ici. C’est une façon de revenir par la petite porte. Et puis, je m’aperçois que c’est ma ville. À chaque fois que je reviens, je m’y sens bien. J’entretiens un rapport très physique avec Nantes.


N’en avez-vous pas marre qu’on vous associe constamment à cette ville ?

Je suis fier de ça. Même si c’est une idée complètement étrange dans la mesure où je suis de Seine-et-Marne. Je suis un élément rapporté. L’association signifie aussi peut-être que quelque chose de la ville passe dans ce que je fais. Et vice-versa. La ville passe par moi.


Et ce, même si vous l’avez quittée depuis longtemps…

Mais cette idée ne me déplaît pas. Je me suis créé une origine ici.


“Ma vie a basculé. À l’époque, j’avais zéro notoriété. Même sur Nantes, peu de gens me connaissaient.”

Quand arrivez-vous ?

En 1984. J’avais 15 ans. Je n’ai pas aimé Nantes tout de suite. En fait, j’avais des attaches assez fortes avec la région, car, du côté de ma mère, on a une maison de famille près de Besle-sur-Vilaine. Depuis que je suis gosse, tous les étés, je vais là-bas. Mon attache première à la région est donc liée à ce hameau, ces vacances et une vision un peu idyllique de la campagne, puisque toujours estivale. Et dès l’instant où j’arrive à Nantes, je me suis dit que j’allais faire de la musique. C’était mon rêve d’être guitariste-chanteur dans un groupe. Et là, Nantes m’a formé.


Aujourd’hui, on célèbre les vingt ans de La Fossette. Le considérez-vous comme votre premier album ?

Oui, car Un disque sourd en était le brouillon.


Vous souvenez-vous du jour de la sortie de La Fossette ?

Je me souviens davantage du jour où l’album est passé pour la première fois à la radio. C’était sur France Inter dans l’émission de Lenoir.


Quel morceau a-t-il passé ?

C’était marrant parce que c’était Les Habitudes se perdent qui n’est pas le morceau le plus mémorable. Le Courage des oiseaux est passé juste après. Lenoir a fait plus d’une heure d’émission sur le disque.


Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ?

Ma vie a basculé. À l’époque, j’avais zéro notoriété. Même sur Nantes, peu de gens me connaissaient.


“Avec La Mémoire neuve, je suis passé aux choses sérieuses.”

Vous êtes-vous tout de suite senti légitime ?

Je me voyais comme un loser total. Je ne me voyais pas réussir. Ça a été un peu violent. Mais quelque chose en moi m’a fait dire enfin.


À quoi rêviez-vous à l’époque ?

Sortir un disque et avoir une bonne chronique dans un journal national.


Quelle a été cette première bonne chronique ?

C’était dans Libé. Arnaud Viviant se demandait comment se faisait-il qu’un disque enregistré avec rien nous chauffe autant les sens. Son petit laïus était marrant, car un peu ambivalent. Comme quoi je me foutais un peu de la gueule du populo.


Un premier disque, Libé, Lenoir… Fallait-il vite enchaîner ?

Ça me dépassait. J’avais sorti mon disque et n’en demandais pas plus. Je ne me disais pas que j’allais en faire un autre. Je me suis laissé porter. J’avais un peu la grosse tête. C’était super agréable. Puis un jour, on m’a dit que ça serait quand même bien d’en faire un deuxième. Je ne bossais pas. Je ne foutais rien. J’étais une grosse feignasse. C’est pour ça que le deuxième disque n’est pas terrible. Je n’avais pas conscience que je pouvais faire ma vie en composant des chansons.


Alors, à quel moment ça devient un métier ?

Avec La Mémoire neuve, je suis passé aux choses sérieuses. J’avais envie d’être davantage connu. J’avais envie que les gens connaissent mes chansons.


“Mon fantasme serait d’écrire pour Michel Delpech.”

Est-ce vous qui avez eu l’idée de fêter les vingt ans de La Fossette ?

Oui. Mais ce n’est qu’un prétexte pour remettre en avant un répertoire qui, sinon, disparaissait.

Cet anniversaire coïncide avec la sortie de Vers les lueurs, votre nouvel album. Vous ne vouliez pas être seulement dans la nostalgie…

Je trouvais ça bien. Je suis très content que les disques ressortent. Mais très clairement, mon but n’était pas de rejouer uniquement La Fossette. Tout s’est bien goupillé. Mais c’est vrai que je suis plus à l’aise de revenir avec quelque chose de neuf plutôt qu’avec uniquement un truc rétrospectif. Ça sent moins le sapin ainsi !


Dans votre parcours, vous avez par exemple travaillé avec The Berg Sans Nipple, mais aussi écrit des chansons pour Calogero ou Elsa…

Ne prenez pas cette mine dégoûtée…


Non, mais c’est quand même surprenant…

C’est un autre métier. J’aime beaucoup faire ça. Et ce n’est pas uniquement économique. Il faut se mettre au service de quelqu’un. Je propose et ils disposent. Je me mets dans la position du tâcheron. Et c’est une façon pour moi d’aller vers le grand public ; sachant qu’en tant qu’interprète, j’en suis incapable.


Vous avez le fantasme du disque de variété…

Pas spécialement. Mais je n’ai pas l’impression d’avoir viré ma cuti en bossant avec les personnes que vous citez. Mon fantasme serait d’écrire pour Michel Delpech. Je ne suis pas fan de ce mec-là, mais il m’inspire. Allez savoir pourquoi, je me sens foutu de lui écrire un disque en entier.


Finalement, dans vingt ans, où serez-vous ?

J’espère déjà que je serais sur terre. Et peut-être que je serais ici, à Nantes. 


Avec La Musique, Dominique A marchait dans les traces du passé, cette période où il bidouillait ses chansons seul dans son coin. Aujourd’hui, il est de retour avec un backing band et un nouvel album, Vers les lueurs, épique et résolument plus rock.

Vers les lueurs (Cinq7/Wagram Music).