top of page

Dominique Hutin, passeur de vins

  • 24 juin
  • 4 min de lecture


Interview / Matthieu Chauveau * Portrait / © Dominique Hutin / LVAN Publié dans le magazine Kostar n°101 - été 2026


Journaliste, chroniqueur, auteur et grand passeur de vin, Dominique Hutin défend depuis des années une approche accessible et sensible de la dégustation. Pour le Voyage à Nantes, il accompagne cette année la création d’une cuvée spéciale, Le Muscadet du Voyage, pensée comme une porte d’entrée vers le vignoble nantais.


Entre votre association « AOC, Agitation œnologique et culinaire », les livres, la radio ou encore la télévision, vous explorez de nombreux formats. Raconte-t-on le vin différemment selon le médium ? 

Et aussi selon les époques. À la télévision, quand je faisais des chroniques pour Cuisine TV, tout était cadré : un chef, une recette, puis « qu’est-ce qu’on boit avec ça ? ». La radio, avec On va déguster sur France Inter, m’a donné plus d’espace. J’aime les détours, les chemins de traverse. Parler du vin pour raconter autre chose aussi. Et le monde du vin a changé. Longtemps, il y a eu des figures très masculines, assez autoritaires. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux notamment, on cherche d’autres manières de parler aux gens.


“Le vrai boom du Muscadet est d'abord qualitatif. ”

Comment est née cette collaboration avec le Voyage à Nantes ?  

Je m’intéresse au Muscadet depuis la fin des années 1980. Le Voyage à Nantes savait que je travaillais ce sujet depuis longtemps et m’avait invité pour animer des événements. Avec ce projet de cuvée spéciale, l’idée est de retisser un lien entre les consommateurs et des vignerons qui font un travail extraordinaire, mais qui parlent souvent à des gens déjà convaincus. Nous, on essaie d’emmener des publics différents.


Sélection des jus, assemblage, mise en bouteille… L’aventure est-elle autant pédagogique que gustative ?  

C’est même le cœur du projet. On veut apprendre des choses aux gens sans qu’ils s’en aperçoivent vraiment. On a goûté 37 cuvées, toutes bio, à l’aveugle avant de construire l’assemblage final. À la fin, on a choisi le vin le plus minéral, parce qu’il nous semblait à la fois fidèle au Muscadet et très contemporain. Aujourd’hui, on revient à des vins plus dépouillés, moins maquillés par la technique. Des vins plus sincères.


Les mauvaises langues diront qu’assembler des vins, c’est perdre en qualité… 

Personne ne dirait ça en Champagne ou à Bordeaux ! L’assemblage peut produire des vins extrêmement complexes. Ce qui comptait pour nous, c’était que la qualité soit irréprochable : un vin équilibré, long en bouche. Le contraire d’un vin simple. Les vignerons, eux, vont par exemple parler de la « quintessence d’un Muscadet de micaschiste ». Nous, on essaie de raconter ça autrement, de manière plus accessible. Mais la qualité intrinsèque, elle, n’était pas négociable. Parmi les 17 jus retenus, tout était bon : faire des choix a été un vrai crève-cœur.


“On revient à des vins plus dépouillés, moins maquillés par la technique. Des vins plus sincères.”

Qu’est-ce que ça change de « faire » un vin plutôt que de le commenter ?  

Ça change tout. Le moteur de tout ce que je fais, c’est le doute. Quand on écrit, on doute déjà beaucoup. Mais quand votre nom est associé à une cuvée, c’est encore autre chose. Là, on signe. Je ne peux pas dire que j’ai très bien dormi après les assemblages (sourire). Et puis, en France, on aime bien mettre les gens dans des cases. Là, je me retrouve avec une autre casquette, dans quelque chose de bien plus exposé.


Vous qui aimez parler vin à travers l’angle du cinéma avec vos « Ciné-Cépages », cette évolution me fait penser à François Truffaut, quand il est passé de critique à réalisateur…  

Pas faux. D’un coup, celui qui commentait devient lui-même critiquable. C’est vertigineux ! Heureusement, ici, c’est un travail collectif. Le terme choisi par le VAN, c’est « parrain ambassadeur ». Moi, je participe aux dégustations, aux assemblages, aux échanges avec les vignerons… mais cette cuvée, elle est vraiment le fruit d’une aventure commune.


Cette cuvée, elle raconte quoi ?  

C’est presque moins une bouteille qu’un prétexte pour faire comprendre le vin. Une porte d’entrée. Le mot important, c’est « accessible ». On veut donner envie, éveiller une curiosité. Si ensuite les gens vont rencontrer les vignerons, découvrent des cuvées plus complexes et retrouvent le goût de cette transmission autour du vin, alors on aura gagné.


Le Muscadet a longtemps traîné une image désuète. Aujourd’hui, il devient presque «hype»…  

Le plus dur est peut-être de convaincre les Nantais eux-mêmes ! On n’est jamais prophète en son pays, c’est la même chose avec les Normands quand je travaille sur le cidre… Quand un produit fait partie du quotidien depuis longtemps, on croit le connaître. Mais le Muscadet a énormément changé. Les vignerons ont travaillé la qualité, voyagé, expérimenté. Le vrai boom du Muscadet est d’abord qualitatif. Aujourd’hui, on cherche des vins plus frais, moins alcoolisés, plus naturels. Le Muscadet a énormément à raconter là-dessus. C’est assez ironique : un vin que tout le monde croit connaître mais qui redevient une valeur d’étonnement.


Si vous deviez faire aimer le Muscadet à quelqu’un en une seule phrase ?  

Je ferais plutôt un geste. Faire goûter le vin à l’aveugle, sans montrer l’étiquette. Et souvent, les gens disent : « C’est excellent ! ». Là seulement, je révèle que c’est un Muscadet. Il faut parfois entrer « par effraction » pour casser les préjugés.


Le vin idéal pour accompagner un été à Nantes – hormis cette cuvée ?  

J’aurais envie de conseiller « un pas de côté ». Bien sûr, il y a le Muscadet, mais le vignoble nantais est devenu incroyablement créatif, avec également des vins sans appellation : des vins orange, des rouges légers, des bulles… Les vignerons ont arrêté de nourrir des complexes. Aujourd’hui, ils osent. Et ça ouvre un terrain de jeu passionnant.  


Muscadet du Voyage - Embouteillage pour la Nuit du VAN, samedi 4 juillet, Château des Ducs de Bretagne, Nantes.

Bouteilles en vente sur les sites du Voyage à Nantes.

Commentaires


bottom of page