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Gaëlle Cressent, archéologue du futur

  • 22 juin
  • 2 min de lecture

Texte / Ilan Michel * Photo / Gaëlle Cressent Publié dans le magazine Kostar n°101 - été 2026



« Réhabiliter les restes », c’est l’une des fonctions que Gaëlle Cressent attribue à l’art. Face à l’obsolescence des objets de consommation, l’artiste nantaise oppose la poésie des surfaces de smartphones brisés et la beauté des signes du passé.


Gaëlle Cressent se lève tôt. Le temps de décanter les rêves de la nuit, de faire le tri entre les idées survenues dans l’obscurité. L’aube est toujours une surprise. Aubes (2020), c’est justement le titre d’une installation composée de panneaux de signalisation circulaires que l’artiste a recouverts d’un film adhésif parsemé de gouttelettes de résine cristal, comme la rosée. En se déplaçant devant les reliefs iridescents, les nuances de couleur passent du bleu ciel au rosé, à l’orange. C’est l’heure bleue soudain frappée d’un éclat de feu. Aux Arts Décoratifs de Strasbourg (HEAR), Gaëlle Cressent a suivi l’enseignement d’Edith Dekyndt entre 2007 et 2010. Dans le travail de cette artiste conceptuelle belge, les matières sont soumises à l’effet du temps ou à des processus chimiques. L’art est un laboratoire et doit être mis à l’épreuve de l’espace. « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche », disait Pierre Soulages. Les matériaux utilisés par Gaëlle Cressent sont ceux du quotidien, issus de l’économie circulaire, du réemploi. Elle scanne en haute définition des écrans de smartphones hors d’usage puis les agrandit pour en faire ressortir les rayures, les empreintes digitales, la dimension picturale (Obsolescence, 2018-2020). Quels signaux renvoie un écran après la disparition de l’image ? En 2023, elle recouvre de fusain des sens interdits griffés par des branches évoquant les premières peintures rupestres (Graphites). L’année suivante, elle recrée une paroi rocheuse composée de centaines de feuilles frottées au savon de Marseille, leur conférant l’aspect du plomb (Caverne). 

Depuis plusieurs années, Gaëlle Cressent mène une recherche qui porte le nom de Tablettes. Ce mot évoque autant les tablettes numériques que celles d’argile apparues en Mésopotamie au 4e millénaire avant notre ère. Aujourd’hui, elle choisit de recueillir des traces plus intimes. En septembre prochain, elle se rendra sur le site archéologique d’Albalat, dans les territoires musulmans de la péninsule ibérique médiévale, pour étudier des graffitis et des jeux gravés dans les patios des maisons. Retenir quelques signes dans un monde incertain. Retrouver les origines de la civilisation dans ses ruines. Alors l’aube est une promesse.    


Exposition des lauréats du Prix de la Ville, Constant Struggle, L’Atelier, Nantes, 4 juillet au 6 septembre.

Lancement de l’édition Legrandjeu, La Chambre, Saint-Nazaire, 10 juillet.


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