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La culture tombe le masque : Béatrice Hanin



Arrivée à la direction du Théâtre, la scène nationale de Saint-Nazaire, début 2018, Béatrice Hanin a dû renoncer à sa troisième saison. Nous lui avons demandé de témoigner de cet état de sidération qui voit les salles fermées au public depuis un an.


Texte / Béatrice Hanin * Photo / © Le Théâtre, Saint-Nazaire

Publié dans le magazine Kostar n°75 - mai-juin 2021

Vigilance sur le présent et projection enchantée sur l'avenir

Un an déjà.

Depuis mars 2020, les portes de nos théâtres et cinémas sont fermées. Le premier état de sidération a vite laissé la place à une situation de tourbillon dans notre travail et dans nos vies. Tous nos repères ont été bousculés, le sens de nos métiers aussi. En quelques semaines nous avons dû apprendre à travailler à distance, annuler nos projets, les reporter ou y renoncer définitivement, inventer de nouvelles façons de nous adresser au public.

Dans cette tempête, nous avons pourtant redoublé d’énergie pour préparer la rentrée et retrouver les artistes et le public en septembre. Nos quatre soirées de présentation de saison ont été de belles retrouvailles, pleines de promesses et de désirs pour partager à nouveau, tous ensemble, une saison de spectacles, de films, d’ateliers, de conférences, … La suite, tout le monde la connaît : l’épidémie galopante a entraîné à nouveau la fermeture de nos salles.

Depuis un an, nous travaillons en courant alternatif : préparation, annulation, transformation, sont devenus notre quotidien. Chacun, au sein de l’équipe, exprime son désarroi, sa tristesse, la perte de sens et le flou dans lequel nous évoluons mais aussi le besoin de continuer à construire ensemble de nouveaux projets, l’impatience de retrouver artistes et public et la nécessité d’être prêts pour ce rendez-vous.

On s’accroche !

Dans cette période inédite, le temps s’écoule anormalement. En apparence, il ne se passe plus rien et pourtant l’équipe s’affère car les enjeux sont énormes : dialoguer avec les artistes sur les projets reportés et les créations à venir, garantir l’écosystème économique de notre secteur pour que cette épidémie ne mette personne à l’arrêt et ce, grâce au maintien des subventions de l’État et des collectivités, maintenir le lien avec le public, continuer à accueillir des artistes pour des temps de recherche et de création sur les plateaux de la scène nationale, adapter autant que possible les actions d’éducation artistique et culturelle, jouer partout où cela est possible (en classes, dans les ehpad) et continuer à préparer le futur. L’exercice est complexe entre vigilance sur le présent et projection enchantée sur l’avenir. Nous préparons la saison 2021-2022 avec appétit, confiance et, avouons-le, avec aussi une petite pointe d’angoisse.

Plus d’un an sans théâtre et sans cinéma, c’est long, terriblement long et il est urgent que nous puissions nous y retrouver car ces maisons sont et resteront des lieux de poésie et d’émotion, d’échange et de pensée, de lien social et de rencontre intergénérationnelle, si essentiels à tous et à notre société.


Le théâtre rouvre au public dès le 19 mai 2021