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La culture tombe le masque : Guillaume Lavenant



Ingénieur de formation, Guillaume Lavenant entreprend un master de Lettres modernes à Rennes avant de se consacrer à l’écriture. En 2019, son premier roman, Protocole gouvernante, ne passe pas inaperçu. Son écriture théâtrale saisit tout autant avec la pièce Winter is coming qu’il met en scène avec sa compagnie Le Théâtre des Faux Revenants. Une pièce coup de poing sur la jeunesse, ses espoirs et renoncements.



Texte / Guillaume Lavenant * Photos / © Benoît Chailleu et DR

Publié dans le magazine Kostar n°75 - mai-juin 2021

Ô temps suspendu du théâtre

11 février 2021 : près d’un an a passé depuis le premier confinement, une année pendant laquelle nous n’avons paradoxalement pas arrêté de travailler, et puis nous y voilà, nous devons jouer au Grand T, nous avons cette chance en ces temps si compliqués pour la culture, ce sera bien sûr une représentation réservée aux seuls professionnels, pour le public, nous devrons prendre notre mal en patience et attendre l’année prochaine. Le spectacle s’appelle Winter is coming et nous en sommes à la 9e semaine de répétition et à la 46e version du texte. Nous avons en stock 2h10 d’une pièce qui va chercher du côté du cinéma et de la littérature, 2h10 d’une expérience qui nous aura passionnés pendant ces longs mois de travail intense et que nous nous apprêtons à partager pour la première fois dans sa version définitive avec un public.

Le noir se fait et puis ce sont les premiers rires, les premières émotions, le bonheur de sentir une salle qui réagit, même clairsemée, même à 11 heures du matin. Temps suspendu du théâtre. Ô temps suspendu du théâtre. La pièce se termine et c’est comme se réveiller d’un long rêve, les applaudissements surgissent, chaleureux, puis chacun reprend son manteau, rajuste son écharpe et passe les portes de la salle. Et le long du couloir qui nous mène à la sortie a lieu une deuxième magie, une magie au carré parce qu’elle semble redoubler celle du spectacle, nous l’observons quelques instants à travers la vitre en plissant les yeux, avant de comprendre : la neige s’est mise à tomber sur Nantes. Les flocons ont recouvert le toit du théâtre, blanchi les bancs, poudré les allées, rhabillé les arbres. Nous sortons par petits groupes, tournant les paumes vers le ciel, ouvrant la bouche, recueillant sur les doigts et la langue la fraîcheur de l’hiver qui est arrivé. Et puisque l’hiver est arrivé au moment précis où nous venons de l’annoncer, tout nous semble soudain possible, nous savons comme une évidence que nous retrouverons des jours meilleurs, il en viendra, il faudra se battre – et si combat il y a, c’est bien celui pour la réouverture des lieux de culture – et attendre encore. Nous retrouverons une vie d’avant et du public dans les salles de théâtre.

Pour l’heure, il nous reste à contempler ces flocons qui tombent sur les spectateurs heureux d’être là, sur cette communauté si précieuse à nos yeux, qui n’est pas celle d’une église mais procède peut-être d’une même croyance, d’une croyance en l’art et en ses capacités de consolation et d’exaltation. Il nous reste à contempler le monde, avec à l’esprit cette si simple évidence : il est toujours là. Et ne demande qu’à être regardé. Ô temps suspendu de la contemplation.


Winter is coming, en salles fin 2021 ?