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Thomas Jolly, interview recto/verso

  • il y a 6 jours
  • 5 min de lecture


Texte / Patrick Thibault * Photo / © Astrid Karoual Publié dans le magazine Kostar n°100 - avril-juin 2026


Interview recto


Quelle est ton actualité du moment ?  

C’est la reprise de l’opéra Roméo et Juliette à Madrid (27 mai au 13 juin). Le reste est en développement.


C’est la 5e fois que tu es en interview dans Kostar, es-tu toujours la même personne ?  

Absolument et Kostar peut en témoigner. En vrai, la problématique, c’est que je ne change pas. J’aurais pourtant besoin de prendre conscience de ce qui change.


Qu’est-ce qui a changé chez toi depuis les JO ?  

Chez moi pas grand-chose, autour de moi beaucoup, disons même quasi tout. Je n’habite plus la même ville, je n’ai plus la même activité, plus le même rythme, plus les mêmes réflexes. Je n’ai plus la même vie alors qu’à l’intérieur, les convictions sont les mêmes.


Peux-tu nous rappeler ce qu’est ta vision de la France ?  

On a un magnifique logiciel qui s’appelle la République. La France est plurielle et forte de ses diversités. Malgré ces différences, la République prend tous ses enfants dans ses bras et veut que toutes les singularités puissent s’épanouir.


Tu as été la fierté de la France et tu as été victime d’un torrent de haine, comment on se remet de ça ?  

On ne s’en remet pas tout à fait. Sur le cyber-harcèlement, j’ai porté plainte et me suis appuyé sur mon entourage pour me permettre de garder de la distance, notamment avec les réseaux sociaux.


“Je suis attiré par ce que je ne sais pas faire mais je suis conscient que les cérémonies des JO seront les plus grandes propositions.”

Maintenant que les jeux sont faits, qu’est-ce qui reste ?  

Un souvenir commun partagé qui m’est re-convoqué quotidiennement dans la rue, le métro, sur les réseaux. C’est puissant car nous avons vécu ça en commun. Ce qui doit rester, c’est la flamme, comme la preuve d’une unité qui n’est pas qu’une utopie et un vœu pieux. Ça se travaille et se construit. Elle est étouffée en permanence mais peut vite se réactiver.


Ton métier premier, c’est acteur, quand te retrouve-t-on ?  

Je joue dans Illustre inconnue, film de Marc Fitoussi qui va sortir. Je n’ai qu’une scène mais quand on m’a dit que c’était avec Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain, j’ai dit oui tout de suite. Pour le reste, j’espère bientôt car je n’ai pas joué sur scène depuis décembre 2022.


Crois-tu toujours à la force de l’engagement ?  

Plus que jamais car les cérémonies ont été une preuve gravée dans ma chair. Mon combat, c’est maintenir ce feu. Pardon pour la métaphore mais si je pouvais mourir en ayant contribué à faire que la culture soit synonyme de progrès, de mieux vivre ensemble, d’épanouissement personnel et collectif, j’en serais heureux.  


Entre le théâtre et les JO, il y a la comédie musicale type Starmania, vas-tu y revenir ?  

Oui, j’aimerais beaucoup parce que c’est une aventure qui m’a ébloui. Je cherche toujours à m’adresser à un public très large pour voir ce que ça crée, quelle expérience on écrit ensemble avec le public. Donc j’espère mais ça n’est pas moi qui décide. 


Tu as toujours aimé renverser la table, comment vas-tu faire la prochaine fois ?  

Mon goût du risque est relié à mon insatiable soif de réinterroger les formes de spectacle, le rapport au public. J’aime proposer des expériences qui me challengent. Je suis attiré par ce que je ne sais pas faire mais je suis conscient que les cérémonies des JO seront les plus grandes propositions. Ça n’est pas une course à la surenchère mais de fond.




Interview verso


Pour la cour d’honneur, tu disais il faut être humble. Mais on ne peut être humble ni pour Avignon, ni pour les JO, non ?   

L’ambition n’est pas un gros mot pour moi. Mais aussi ambitieux et orgueilleux sois-tu, à Avignon, la Cour est plus grande que toi et décide. Et, aux JO, on a eu beau tout répéter et travailler de manière orgueilleuse, la pluie est venue rappeler notre petitesse. On a circulé entre les gouttes !


Tu as eu la chance de réaliser tes rêves les plus fous. De quoi rêves-tu maintenant ?    

Jusqu’ici, ce sont des rêves que je ne m’étais jamais formulés. Maintenant, je veux que ma trajectoire, mon destin, mette sur mon chemin des rêves que je n’ai pas osé faire à l’heure où on se parle. 


Finiras-tu par nous dire quels sont les artistes qui t’ont dit non ?  

Un jour, oui. J’ai trouvé assez beau que des grands n’aient pas envie, aient peur ou la pression. Certains ont dit que je leur avais proposé et c’est vrai, d’autres que je leur avais proposé et qu’ils avaient dit non, alors que c’est faux… Il y a beaucoup de configurations.


De quoi es-tu le plus fier ?  

Je peux dire que je suis fier des cérémonies des JO mais ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir fait les 24 heures d’Henri VI et Richard III. Parce qu’on l’a fait nous-mêmes, que c’était impossible parce que trop long et que personne ne nous le demandait.


Es-tu chaque jour plus fier d’avoir été critiqué par Trump ?  

Ça a été une fierté dès le lendemain et ça vaut pour toutes les personnalités qui ont œuvré au discrédit de la cérémonie. Mon logiciel était juste républicain, validé par les institutions. Qu’il y ait eu autant de vigueur démontre bien une faille qu’il est important de résorber. Mon objectif était politique puisqu’on s’adressait au monde entier, mais pas militant.


En France, on n’aime pas les premiers de la classe, vas-tu devenir un badboy ?   

Pendant toute ma scolarité, je n’ai jamais été premier de ma classe, plutôt 2 e ou 3 e. Et je n’ai pas l’impression d’être dans une classe. Je n’aime pas les normes, ni les règles, je préfère être un peu outsider.


“Aux JO, on a eu beau tout répéter et travailler de manière orgueilleuse, la pluie est venue rappeler notre petitesse.”

Toi, l’enfant de Normandie, le Caennais, le Rennais, l’Angevin, n’as-tu pas tourné le dos à qui tu étais en devenant Parisien ?   

J’ai résisté 42 années. Je suis venu à Paris pour y travailler. Il n’est pas impossible que demain, j’aille m’installer dans une autre ville. Paris et moi, on s’aime passionnément. Ça fait presque 4 ans mais on est encore en phase d’approche. Je ne suis pas certain que ça m’aille. 


Est-ce qu’on peut toujours faire le grand écart entre le théâtre et le grand spectacle ?   

Mon point de vue, c’est que si le théâtre s’est discrédité, il doit réfléchir à la façon qu’il a eu de s’écarter du public et tourner le dos au populaire. Je reste fidèle à ce que j’ai toujours dit. Le spectateur doit en ressortir avec ce qui va l’animer lui.


Comment faire pour garder la tête froide après les JO ?  

La violence que j’ai reçue dès le lendemain s’en est chargée. Le bonheur a duré une soirée et encore car, à la fin, y’a pas de pot, on se retrouve à manger des pizzas et boire des verres, c’est tout. Plus tu montes haut, plus le vent souffle. Il n’y a pas que de la bienveillance.


C’est quoi les grandes fonctions que tu aurais refusées ?  

Il ne s’agit pas de grandes fonctions politiques. Il y a eu des propositions de lieux, on m’a incité à candidater. Mais, avant, j’aimerais que les institutions culturelles soient valorisées, qu’on dise qu’elles sont essentielles, qu’elles doivent être repensées et réinitialisées à l’aune des problématiques d’aujourd’hui.


Est-ce plus facile quand on s’appelle Jolly ? 

Mon nom ne charrie aucun passe-droit mais je l’adore. J’aime sa consonance, sa graphie et le fait que ça veuille dire joyeux en anglais.


Thomas More ou Thomas Pesquet?   

J’aurais pu jouer le Normand en disant Pesquet mais Thomas More parce que son livre, L’Utopie est une référence de la philosophie sociale. 

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