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Un été dare d'art

  • 23 juin
  • 16 min de lecture

Illustration d'Achille Rechtman pour Kostar n°101
Illustration d'Achille Rechtman pour Kostar n°101

Dossier réalisé par Christophe Cesbron, Ilan Michel, Fabienne Ollivier, Léa Ruiz, Patrick Thibault Publié dans le magazine Kostar n°101 - été 2026


L’été ralentit le temps et nous permet de vagabonder. Kostar propose un été dare d’art, soit le circuit des meilleures expositions à découvrir sur un très large territoire. Le Voyage à Nantes évidemment, Exporama à Rennes, de très belles expositions à Angers qui tire son épingle du jeu. Brest évidemment, la Bretagne, la Vendée… chez Fabrice Hybert, Château-Gontier… C’est reparti.


« La Serrie, paysage biographique de mes parents » © Fabrice Hyber
« La Serrie, paysage biographique de mes parents » © Fabrice Hyber

Dans la vallée (oh-oh) 

Depuis les années 1990, Fabrice Hyber sème une forêt au sud de la Vendée, dans les paysages de son enfance. Trente ans plus tard, 700 000 arbres composent cette œuvre vivante et évolutive, ouverte au public pour la première fois à l’occasion de ce festival organisé par le Centre Pompidou. À Mareuil-sur-Lay-Dissais, les petites halles sont devenues « l’écho de la forêt ». Elles accueillent une petite dizaine d’œuvres vidéos, sonores, textiles racontant notre relation à l’environnement. Le parcours se prolonge jusqu’à l’église de Château-Guibert, réhabilitée par l’artiste et recouverte d’une immense peinture de 1 300 m² : un déploiement de racines et de dessins du sol jusqu’aux voûtes. Cette « forêt de dessins et de peintures » matérialise la circulation des voix dans un édifice à l’acoustique angélique. Projections, concerts et rencontres célèbrent les liens entre art et écologie.

Hors Pistes / Hors Champs. La Vallée avec Fabrice Hyber Festival pluridisciplinaire, Château-Guibert, La Vallée et Mareuil-sur-Lay-Dissais, 1er au 13 juillet.


Louis Guillaume, esquisse Notre dit pays, 2026 © Courtesy de l’artiste
Louis Guillaume, esquisse Notre dit pays, 2026 © Courtesy de l’artiste

Ne pas perdre de vue la Terre

Le Voyage à Nantes ouvre un nouveau cycle, celui des éléments. D’abord, la terre. Puis, pour les années suivantes : l’eau, l’air et le feu. Comme s’il était de plus en plus nécessaire de s’appuyer sur une théorie simple, physique, poétique pour retrouver des ancrages sensibles avec l’essentiel : soi, le monde, la nature, le cosmos… Texte / Christophe Cesbron


Le VAN, c’est chaque fois l’occasion de réinventer la ville. En faire découvrir la richesse, l’étrangeté, la multiplicité des approches. C’est aussi une façon géniale et douce d’ouvrir le territoire aux artistes, aux publics, à la réflexion.


Certain sartistes s’intéressent à la matérialité de la terre, sa texture, sa couleur, sa biologie. Ils en montrent la vitalité, la plasticité, la fragilité. Caroline Le Méhauté (Passage Sainte-Croix) recherche autour de Nantes différents types de terres (maraîchères, forestières, tourbe) pour en faire des sculptures à hauteur humaine dans des formes “premières” presque essentielles. Edgar Sarin construit, dans la Chapelle du Lycée Clemenceau, une architecture de bois et torchis qui accueille toute une série d’objets… Son approche se déploie comme un chantier vernaculaire où une vie “primitive” semble s’organiser. Barbara Schroeder implante dans le Jardin Extraordinaire six grandes colonnes réalisées en bouses de vache, terre, ouate, ciment, dans lesquelles des graines germent et se développent. Humbles, discrètes, tels des vestiges en transformation, elles habitent l’espace de leur rêve végétal.  


C’est souvent l’histoire de la ville qui génère les projets artistiques. Dominique Petitgrand redonne présence à la Loire (Square Daviais) par un dispositif sonore aussi discret que performant. Louis Guillaume remplace la Tour (explosée) des Espagnols du Château, par un immense palmier Phénix réalisé en métal, corde et résine de pin. Ali Cherri s’intéresse à l’histoire des anges musiciens de l’Église Saint-Nicolas : il questionne les notions de pesanteur et de sacré. Place Graslin, le génial Théo Mercier propose une installation théâtrale spectaculaire. Il fait surgir du sol d’énormes fossiles de sable, des gravats et des automobiles qui diffusent des airs d’opéra transformés !

Les artistes questionnent notre façon d’habiter le monde, de le transformer, de l’abimer ou d’en prendre soin. Dans une ancienne volière du Jardin des Plantes, transformée en théâtre optique, Pierrick Sorin balaie, amasse les feuilles mortes avant d’y mettre le feu… Jouant avec l’architecture de la crypte de la Cathédrale, les vidéos d’Anne Charlotte Finel mettent en lumière l’impact des infrastructures humaines sur la vie du monde animal…  

Le Voyage à Nantes Du 4 juillet au 6 septembre, Nantes.


Dans les mondes de Tolkien


Vue de l'exposition Tolkien © Albert
Vue de l'exposition Tolkien © Albert

La tenture monumentale Le Chant du Monde est à Aubusson pour une grande exposition. Pendant ce temps, le musée Jean Lurçat d’Angers accueille un ensemble remarquable de tapisseries réalisées à partir des dessins de Tolkien. Écrivain, poète visionnaire, J.R.R. Tolkien dessinait également, proposant des illustrations des mondes qu’il inventait. Face à ses dessins, transposés en grand format par les “peintres cartonniers” et liciers d’Aubusson, on s’émerveille des couleurs. Emprunts de références nordiques, médiévales, japonistes ou art nouveau, nourris par un imaginaire vif, les dessins de Tolkien prennent, dans les couleurs et l’épaisseur de la laine et des soies, une dimension intemporelle. Les 16 grandes tapisseries plongent les enfants que nous étions (sommes) dans ce « monde du milieu » fantaisiste, parfois inquiétant, étonnamment délicieux. Très bien pensée, l’exposition présente également, dans les salles du musée de la tapisserie contemporaine, l’ensemble des étapes de travail portées par les ateliers d’Aubusson, du dessin à la tapisserie. Passionnant.   

Aubusson tisse Tolkien Musée Jean Lurçat et musée de la tapisserie contemporaine, Angers, 10 avril au 8 novembre.


Photo chimérique

Vue de l'exposition © Mathieu Le Gall
Vue de l'exposition © Mathieu Le Gall

Une exposition magistrale se dévoile cet été à Brest, dans le cadre du quadricentenaire de la Marine Nationale. Artiste associé de la Comédie-Française jusqu’en 2025, le photographe Stéphane Lavoué découvre des coulisses encore influencées par la marine à voile tant dans l’organisation du travail que dans le vocabulaire et les traditions. « Dans la salle Richelieu, on a l’impression d’être au fond d'un navire, il n’y a pas de lumière du jour, on perd la notion de temps, on rentre tôt le matin et on y sort tard le soir. » L'idée lui vient de solliciter l’institution navale, histoire de voir si les rites observés sont toujours de mise sur les bateaux de la flotte actuelle. Il propose d’associer ses photos faites à bord d'une frégate, d'un sous-marin et d'un porte-avion à celles du Français pour faire résonner les deux univers qui finissent par se confondre de manière assez incroyable. Immersion immédiate au plateau des Capucins qui, quant à lui, fête ses 10 ans...   

Exposition Navire Amiral Ateliers des Capucins, Brest, 12 juin au 20 septembre. 


Peinture libre

© Tanguy Beurdeley
© Tanguy Beurdeley

On attend beaucoup de l’exposition Claude Viallat à Angers. L’artiste est l’un des fondateurs du mouvement Supports/Surfaces. Dans les années 70, il s’agissait de remettre en question les supports traditionnels. Depuis 1966, l’artiste utilise le même système d’empreintes couleur qu’il reproduit à l’infini sur des tissus qui ont souvent une histoire. Claude Viallat revendique une liberté absolue et continue d’interroger la peinture. Dans l’Abbaye du Ronceray tout juste ré-ouverte, ses toiles monumentales devraient dialoguer avec le patrimoine et notamment les polychromies toujours visibles.    

Claude Viallat, Abbaye du Ronceray, Angers, 25 juin au 17 octobre.

Sur Kostar.fr, retrouvez une interview de Claude Viallat pour le n° 45 (2015)



Exporama

Exporama – Un été d’art contemporain à Rennes joue la carte de l’ouverture. Au-delà des expos attendues au Musée des beaux-arts, à Maurepas, à La Criée, aux Champs libres et au FRAC, le parcours s’invite dans la rue et ouvre les portes des galeries ou encore de la prison Jacques Cartier. Texte / Ilan Michel 


Le Harem (Signal), 1969, Huile sur toile, 200 x 300 cm, Collection particulière © Hugard & Vanoverschelde © Adagp, Paris 2026
Le Harem (Signal), 1969, Huile sur toile, 200 x 300 cm, Collection particulière © Hugard & Vanoverschelde © Adagp, Paris 2026

Affreux, sale et méchant

Célèbre dans les années 1950, Roger Edgar Gillet (1924-2004) a exposé aux côtés de Georges Mathieu, Hans Hartung ou Pierre Soulages. Cette rétrospective retrace sa carrière à travers une soixantaine d’œuvres, dont certaines venues des États-Unis. Connu pour son abstraction lyrique aux matières boueuses, Gillet a une révélation en 1955 au Metropolitan de New York… un portrait d’évêque signé par Le Greco ! « Devant la méchanceté de ce regard, je me suis dit qu’avec la peinture abstraite, on perdait quelque chose. »   Le meilleur de son œuvre tient à son regard caustique sur les foules, masses grotesques inspirées des caricatures de Daumier et de James Ensor : un lupanar rempli de corps de sauterelles, un orchestre composé de monstrueux cloportes ou encore Le Club Méditerrannée à Marrakech où des touristes en culotte courte contemplent la Medina avec bêtise. Grâce à l’appui de ses galeries, cette exposition marque une vraie renaissance pour celui qui affirmait : « Je ne crois pas au scandale mais à la dérision. »      

Roger Edgar Gillet, La grande dérision, Musée des beaux-arts de Rennes, Quai Zola et Maurepas, 27 juin au 20 septembre.


Le Off ou Un Certain Regard

Fonds Communal d’Art Contemporain - Collection 13 - Goubelin © Vincent Girard
Fonds Communal d’Art Contemporain - Collection 13 - Goubelin © Vincent Girard

Dans un festival, il y a toujours des à-côtés. Des chemins de traverse, des endroits cachés. Voici quelques lieux d'Exporama à ne pas manquer.  

1) L’ancienne prison Jacques Cartier, au sud de la gare. Parce que c’est un espace en devenir, futur lieu culturel et citoyen loin des bars à jeux et des tireuses à bière. Du 20 juin au 5 juillet, vous pourrez découvrir la création sonore de Marc-Antoine Granier parti à la rencontre des habitants et des personnes liées à la prison. À explorer casqué, allongé sur un transat. Le fonds communal d’art contemporain en profite pour sortir ses dernières acquisitions. Coup de cœur pour les falaises de schiste de la presqu’île de Crozon (450 millions d’années !) photographiées par Aurore Bagarry.  

2) Le Phakt. Parce qu’il est caché sur la dalle du Colombier et que cette situation lui permet de prendre de la hauteur sur notre monde détraqué. Cet été, le duo Manon Riet & Thomas Portier présente un jeu vidéo dans lequel vous pourrez vous mettre dans la peau d’une tondeuse à gazon dans une banlieue pavillonnaire.  

3) Oniris, parce que la galerie fête ses 40 ans – et ce n’est pas rien. Des grands noms de l’abstraction géométrique : François Morellet, « rigoureux-rigolard », Vera Molnar, qui faisait des algorithmes avec ses bâtons de pastel à 8 ans, Geneviève Asse (« l’air possède une couleur : Bleu : il prend tout ce qui passe ») et ceux qui réinventent les règles du genre… Nicolas Chardon et ses carrés tordus sur toile Vichy ou Carole Rivalin qui transforme des cartes IGN en expérience psychédélique.  

4) La galerie Jonathan Roze. Parce qu’elle vient d’arriver à Rennes l’an dernier et défend une nouvelle génération de peintres trentenaires. Style néo-grec ou caravagesque pour François Malingrëy, Art Déco chez Julien Colombier ou inspiré des tissus du corps humain pour Rosalie Maillard. Cet été, la galerie passe au mail art  : une trentaine d’artistes peignent des cartes postales de Rennes avant de les renvoyer à la galerie.  

Fonds Communal d’Art Contemporain - Collection 13, Ancienne prison Jacques Cartier, Rennes, 19 juin au 26 juillet.

Manon Riet & Thomas Portier, Sous le gazon viennent les décombres, Le PHAKT – Centre culturel Colombier, Rennes, 3 juillet au 19 septembre.

Oniris 40 ans, galerie Oniris, Rennes, 13 juin au 12 septembre.

Ici tout va bien. Nous profitons du paysage, Jonathan Roze, Rennes, 1er juillet au 12 septembre.


Prenez soin de vous

Celina Eceiza, Un nid est un fruit qui gonfle, 2025. Vue de l’installation à la 18e Biennale d’Istanbul. © Celina Eceiza. Photo : IKSV.
Celina Eceiza, Un nid est un fruit qui gonfle, 2025. Vue de l’installation à la 18e Biennale d’Istanbul. © Celina Eceiza. Photo : IKSV.

Prendre soin de l’autre, c’est l’expérience proposée par l’artiste argentine Celina Eceiza ! À travers une installation immersive conçue à partir de chutes de coton brut et de toile de jute teintées de couleurs primaires. Dans la grande salle du Frac, les grands tissus associent les motifs floraux aux silhouettes de maisons et aux figures stylisées évoquant les peintures aborigènes. Les visiteurs sont invités à s’allonger, lire, ralentir... Si le care et l’hospitalité traversent depuis longtemps l’art contemporain, ils prennent aujourd’hui une résonance particulière face aux formes croissantes d’exclusion et d’isolement. Une bulle d’utopie en plein cœur de l’été en somme, qui réveille le souvenir des tentes bricolées au fond du jardin. L’exposition est ponctuée de moments collectifs, à commencer par une initiation au tango argentin suivie d’un bal de Milonga le 27 juin au café-restaurant Choupiquant.   

Celina Eiceza, Dormance Frac Bretagne, Rennes, 20 juin au 20 septembre.



L'architecture des rêves

Anne et Patrick Poirier - Odyssée de l'oubli, vue de l'exposition © Aurélien Mole / Musée d'arts de Nantes
Anne et Patrick Poirier - Odyssée de l'oubli, vue de l'exposition © Aurélien Mole / Musée d'arts de Nantes

Le Musée d’arts de Nantes consacre une magnifique exposition à Anne et Patrick Poirier qui investissent le Patio et la Chapelle de l’Oratoire d’un ensemble d’œuvres d’une inquiétante et fascinante beauté.   Né d’un rêve d’Anne Poirier, La Cité des ombres (conçue pour le Patio) s’inscrit comme un paysage fantomatique d’une étonnante blancheur. Telle une nécropole oubliée, elle se développe suivant le plan simplifié d’un cerveau labyrinthique recouvert d’un tapis de plumes blanches. Chaque architecture, réalisée en céramique, reprend la forme de stupas orientales ou de silos ajourés. éblouissantes et nues, ainsi que certains rêves, elles semblent garder la trace, le rêve d’une civilisation oubliée.   Anne et Patrick Poirier font de la mémoire le matériau de leur œuvre. Paysagistes, architectes, plasticiens, ils captent et retracent les formes de mondes fragiles, disparus, oubliés, ensevelis. Ils mêlent archétypes architecturaux antiques, récits mythologiques, histoires universelles et personnelles : ils explorent autant les vestiges des civilisations perdues que les circonvolutions mentales qui nous habitent.   En contraste avec la blancheur onirique du patio, les pièces présentées dans le noir de la Chapelle de l’Oratoire semblent calcinées par la destruction. Puissantes, elles plongent dans le sombre de la catastrophe, trouvant d’étranges échos avec notre histoire contemporaine.   

Odyssée de l’oubli - Anne et Patrick Poirier Musée d’Arts de Nantes, 22 mai au 30 août.


Au fil du paysage

Détail - Bug report circuit 2022 © Keita Mori
Détail - Bug report circuit 2022 © Keita Mori

Les “dessins” de Keita Mori révèlent d’étranges architectures, paysages, réseaux ou mécanismes. Ils sont tracés à l’aide de fils de laine, de soie, de coton (qu’il trouve en France ou au Japon), le fonctionnement semble aussi rêveur qu’improbable. « Tout vient du fil », explique l’artiste, « c’est la matérialité du fil qui décide et finit par donner forme au projet ». Pour son exposition à l’artothèque d’Angers, Keita Mori réalise un grand dessin se développant sur trois cimaises. « Pas d’esquisse, ça se passe comme une performance. » C’est presque un travail de sculpteur qui prend forme dans l’espace à partir de la manipulation d’un matériau dont la finesse, la fluidité, la couleur et la fragilité esquissent les formes, le flux, les dynamiques du dessin qui va naître. Plusieurs œuvres sur papier, ainsi qu’une vidéo complètent l’exposition.   

Keita Mori, Lignes/étoiles, Artothèque, Le RU-Repaire Urbain, Angers, 19 juin au 20 septembre.



Humains d'abord

Sculpture de Stefan Rinck au jardin des senteurs © Patrick Thibault
Sculpture de Stefan Rinck au jardin des senteurs © Patrick Thibault

Pour sa 5e édition, la Biennale d’art contemporain de Château-Gontier mise sur la sculpture. C’est l’humain qui s’impose dans ce parcours nomade au cœur d’une ville qui vaut le détour.

Texte / Patrick Thibault

L’image est saisissante. Le dos tourné à la Mayenne, la ville de Château-Gontier en fond et, au premier plan, les sculptures monumentales de Stefan Rinck au cœur du Jardin des senteurs. L’artiste, qui pratique la taille directe de figures de pierre, fait penser à l’art roman. Ses créatures intriguent et séduisent. Elles nous entraînent dans une sorte de parade chimérique.   Dans la salle gothique des Ursulines, et aussi à la Médiathèque, Harald Fernagu impose son humanité à fleur de peau. Entre installation et sculpture, ses œuvres naissent du lien social avec les citoyens. Il récupère des objets et cherche à impliquer au maximum celles et ceux qui sont à l’origine et au centre de ses créations.   Au 4 Bis, Maëlle Ledauphin séduit par son mélange de dessin et peinture, du plus petit au plus grand format. Son monde fantasmé et onirique fait bon ménage avec les sculptures ludiques de Jeppe Hein à l’extérieur. Place du Pilori, Sébastien Vonier joue du contraste entre ses mini-sculptures d’humains face aux voitures (forcément géantes) qui circulent à côté. On fait une halte à la magnifique galerie Encre et Argile (et son jardin). Et, lorsqu’il s’agit de ré-interroger le monde, que dire des propositions de Béatrice Dacher au Musée d’art et d’histoire ? Son travail sur la mémoire, qui mêle photo, peinture, broderie, est bouleversant.  

Biennale d’art contemporain, Château-Gontier-sur-Mayenne, 30 mai au 30 août.


L'effritement d'un monde


Allegare, 2024 © Thomas Jorion
Allegare, 2024 © Thomas Jorion

Tel un détective, Thomas Jorion traverse l’Italie à la recherche de villas abandonnées, presque en ruine. Il a une fascination pour ces anciens palais, jardins architecturés, résidences et villégiatures délaissées, en proie à l’emprise du temps. Il y pose sa chambre photographique et capte l’image saisissante d’un passé en déroute, d’une grandeur déchue, d’une splendeur devenue fragile et inhabitée. Telles des vanités, ses photographies sont aussi belles que philosophiques. Elles portent l’image d’un monde en disparition, d’un rêve qui s’effrite : les architectures, les peintures murales, les objets semblent autant résister que s’altérer. Tout vacille, laissant place au désordre, à l’effondrement et à une nature qui peu à peu regagne le terrain. Dans un accrochage sobre et efficace, les photographies de Thomas Jorion trouvent bonne place au Domaine départemental de la Garenne Lemot, dans une résonance rêveuse et poétique au lieu.   

Veduta - Thomas Jorion Domaine de La Garenne Lemot, Gétigné-Clisson, jusqu’au 20 septembre.



A contre-courants

© Jérôme Blin, 2024
© Jérôme Blin, 2024

Photographe installé à Nantes, Jérôme Blin est parti en Guyane chercher le fleuve Maroni qu’il trouve à sec. Nathyfa Michel, photographe basée en Guyane, découvre à Nantes un fleuve détaché de sa ville. Pour retrouver l’eau, elle remonte le cours de l’Erdre mais les berges lui restent inaccessibles. Par endroits, le cours du fleuve a été coupé par des plantes invasives venues d’Amérique latine. Parfois le fleuve est rétif, il résiste. Issues de résidences croisées, leurs images se répondent (mêmes cadrages, mêmes formes) dans des contextes que tout oppose, a priori. Les photographes s’attachent à ce que l’eau ne charrie plus, des pierres contaminées au mercure, des substances stagnantes, et celles et ceux qui habitent sur les rivages. Les photographies sont visibles au Centre Claude Cahun, à Nantes, dans un accrochage plein de surprises mais aussi au plus près des lieux où Nathyfa Michel était en résidence. À Joué-sur-Erdre, le bleu turquoise des images semble prendre vie à proximité des figuiers, des hérons, des hirondelles.   

Nathyfa Michel et Jérôme Blin, Rétive, Le MAT, Moulin de Bel Air, Brasserie Cali, Joué-sur-Erdre, Ferme Ty MaD’ Bio, Vallons-de-l’Erdre (Freigné), 22 mai au 30 août.

Nathyfa Michel et Jérôme Blin, Soyons eaux, inventaire de fleuves absents, Centre Claude Cahun, Nantes, 23 mai au 23 août.


Entre Arts & Sciences

Dans ce dossier, les artistes collaborent avec des astrophycien·nes, archéologues, neurologues… Non pour illustrer des théories scientifiques mais pour jouer avec notre perception et donner une forme plastique aux phénomènes invisibles. Pourquoi la lune nous fascine-t-elle encore ? Les rêves ont-ils un contour ? Quelle est la musique d’un neurone ? De quoi héritons-nous de la Préhistoire ? Télescoper les temps pour mieux comprendre le présent. Texte  / Ilan Michel


Objectif Terre !

Hugo Deverchère, Marble Recording (Titan & Dione), 2025 © Hugo Deverchère
Hugo Deverchère, Marble Recording (Titan & Dione), 2025 © Hugo Deverchère

Pour ouvrir la nouvelle saison du Voyage à Nantes, Marc Donnadieu nous invite à réatterrir sur notre planète. En réponse aux récits d’anticipation de Jules Verne, le commissaire réunit 18 artistes observant la Terre depuis l’Espace. Jouant sur les échelles et les points de vue, l’exposition déploie une scénographie aérée où les œuvres gravitent comme dans une galaxie. Après un premier ensemble de pièces élégantes mais un peu sages — télescopes, météorites ou objets design signés Hongjie Yang et Astrid Krogh — le parcours glisse vers des expérimentations plus plastiques de la matière. On retiendra un impressionnant totem d’écrans obsolètes perforés par Gillian Bret d’après une image de poussières interstellaires. Et, caché dans une alcôve, l’atlas spatial composé par Clément Fourment. De la machine volante de Léonard de Vinci à la fusée Ariane, cette collection de plaques de grès tient du musée imaginaire et de l’album Panini. Une exposition qui mêle artisanat et technologies de pointe pour revoir la Terre d’un œil neuf.    

Insterstellar. Ré-Imaginer la Terre HAB Galerie – le voyage à nantes, Nantes, 23 mai au 27 septembre.


Juste une illusion

Dans le cerveau du Dr Auzoux, Quatre tirages numériques 60 x 60 cm sur plexiglas, Rétro-éclairage, 2025
Dans le cerveau du Dr Auzoux, Quatre tirages numériques 60 x 60 cm sur plexiglas, Rétro-éclairage, 2025

Il y a quelque chose du musée de l’illusion dans cette exposition. On y passe, muni de lunettes stéréoscopiques (3D), de faisceaux lumineux créant des trompe-l’œil géométriques aux agrandissements spectaculaires d’un mouton de poussière, d’un sillon de vinyle ou d’un grain de sable, en passant par un clavier IBM pianoté par un fantôme. En résidence à l’Université de Rennes, Fred Murie et Flavien Théry ont utilisé des outils scientifiques (microscope électronique à balayage, imagerie par rayons X, numérisations 3D) pour jouer avec notre perception. Les images sont belles, mais les réflexions sur la relation microcosme- macrocosme et le passage du temps souvent illustratives et répétitives. L’ensemble est enveloppé dans la bande-son de guitare et de synthé de Thomas Poli – vinyle vendu à la sortie. L’œuvre la plus dérangeante est celle qui reconstitue par IA des souvenirs d’enfance « heureux » de migrant·es à partir de récits absents de l’exposition. Un matériau traité comme un échantillon de matière organique qui ne dit rien de la mémoire et des traumatismes.   

Le monde invisible Les Champs Libres, Rennes, 19 mai au 11 octobre.


Dream machine

Hyperphantasia - Des origines de l'image © Justine Emard, Le fresnoy, adagp paris 2022
Hyperphantasia - Des origines de l'image © Justine Emard, Le fresnoy, adagp paris 2022

Dans la catégorie arts & sciences, Justine Emard est une pointure. Depuis près de quinze ans, l’artiste de 39 ans explore les relations entre les êtres humains et les systèmes numériques. Corps robotique, réalité virtuelle, neurosciences… ses domaines de recherche n’ont pas de limite. Si l’artiste collabore avec des laboratoires scientifiques, elle n’hésite pas à en modifier les protocoles. Ses installations immersives ou interactives nous plongent dans les méandres du cerveau. Un film crée de nouvelles images de la Préhistoire à partir des données recueillies dans la grotte Chauvet. Le son d’un neurone, capté durant une opération chirurgicale, crépite comme la flamme qui éclaire ces premiers dessins de l’humanité générés par ordinateur. Devant l’écran, des sculptures translucides imprimées en 3D donnent forme aux enregistrements cérébraux de rêves d’astronautes en apesanteur. L’ensemble de l’exposition est baigné d’une lumière nocturne fondée sur l’activité cérébrale et le rythme cardiaque de l’artiste pendant son sommeil. Cette plongée en eaux profonde ne cherche pas à illustrer des théories abstraites mais à faire sentir en quoi notre cerveau est un espace plastique à même de créer des images bien plus riches que celles de l’intelligence artificielle.   

Justine Emard, Rêves premiers Lieu Unique, Nantes, 19 juin au 30 août.



Monstres sacré.es

Pas besoin d’en faire des tonnes. Voilà trois expositions qui présentent des artistes que tout le monde connaît. Le trio C-D-W, comme Claudel-Dubuffet-Warhol… Des poids lourds de l’art. Texte /  Léa Ruiz


Wharol à Landerneau

Vue in situ The Andy Warhol Museum, Pittsburgh © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris 2026. Crédit photo Nathalie Savale. Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture
Vue in situ The Andy Warhol Museum, Pittsburgh © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris 2026. Crédit photo Nathalie Savale. Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture

La star du pop art et de l’underground new-yorkais à Landerneau, voilà qui peut faire du bruit. Il est vrai que l’artiste a commencé par trouver l’inspiration dans les rayons des supermarchés !   

Warhol à Landerneau, Fonds Hélène et Édouard Leclerc, Landerneau, 6 juin au 24 janvier 2027.






Dubuffet à Dinard

Jean Dubufet, Monument au fantôme, 1969, transfert sur polyester, 101 x 76 x 58 cm, Fondation Dubufet, Paris © ADAGP, Paris / Fondation Dubufet, Paris.
Jean Dubufet, Monument au fantôme, 1969, transfert sur polyester, 101 x 76 x 58 cm, Fondation Dubufet, Paris © ADAGP, Paris / Fondation Dubufet, Paris.

Jean Dubuffet est un artiste total et Dinard se focalise sur les 12 années de sa période de l’Hourloupe (bleu-rouge-noir-blanc). Peinture et sculpture pour une expo forcément monumentale.   

Jean Dubuffet, La houle du virtuel (1962-1974), Palais des arts et du festival, Dinard, 31 mai au 20 septembre.











Camille Claudel à Pont-Aven

Camille Claudel (1864-1943), La Valse, vers 1895, bronze, collection particulière © ArtGo
Camille Claudel (1864-1943), La Valse, vers 1895, bronze, collection particulière © ArtGo

Un hommage aux femmes sculptrices. Autour de 1900, Camille Claudel n’était pas la seule et l’exposition met en lumière une vingtaine d’entre elles, françaises ou étrangères.   

Au temps de Camille Claudel, Être sculptrice à Paris, Musée de Pont-Aven, 27 juin au 8 novembre.













Les autres expos de l'été


22

Nous autres, Donna Gottschalk et Hélène Giannecchini, Centre d’art GwinZegal, 25 juin au 11 octobre.


29

Centenaire François Dilasser, Une rétrospective en Bretagne ; Mazaccio & Drowilal, centre d'art passerelle au Manoir de Kerlaouen, Lesneven, 4 juin au 29 août.

Les Balades photographiques de Daoulas # 2026, Abbaye de Daoulas, 29 avril au 29 novembre.


35

La mer jamais ne s’oublie, Les Champs Libres, Rennes, 2 mai au 27 septembre.

Sub-Oikos, Anaïs Lelièvre, les 3 Cha, Châteaugiron, 4 juillet au 20 septembre.

Jardin des arts 2025, Parc d’Ar Milin’, Châteaubourg, 1er mai au 15 septembre.


44

Nefele Papadimouli, Le Grand Café, Saint-Nazaire, 13 juin au 4 octobre.

Omar Victor Diop, Expression(s) Décoloniale(s), Château des ducs de Bretagne, 8 mai au 8 novembre.


49

Jean-Marie Del Moral, Ateliers et portraits d’artistes, Centre d’art contemporain Bouvet Ladubay, Saumur, 30 mai au 1er novembre.

Échappées d’art, nouvelle édition du parcours d’art urbain, Angers.

Passé recomposé, photographies de Juliette Agnel, Matthieu Gafsou, Emma Cossée Cruz, Jérôme Blin et Gaëtan Chevrier, Collégiale Saint-Martin, Angers, 4 juillet au 20 septembre.

Archéologies, Elisa Fache, Musée joseph denais, Beaufort-en-anjou, 11 avril au 1er novembre.

Collectionner le 18esiècle, Angers invite les dessins du Louvres, Musée des beaux-arts, Angers, 12 juin au 11 octobre.


56

Festival Photo La Gacilly, 1826-2026, Laphotographie, Une aventure française, La Gacilly, 1er juin au 4 octobre.

Unda, Traversée spectrale d’ElsaTombowiak, Musée des beaux-arts, Vannes, 13 février au 3 janvier 2027.

L’art dans les chapelles, Morbihan, 3 juillet au 31 août.


85

1000 voix pour un musée, Musée, La Roche-sur-Yon, 23 mai au 20 septembre.

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