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Une ville ailleurs : Rouyn-Noranda, par MNNQNS


FME 2022 © Louis Jalbert / Scenographie 2022

Le groupe MNNQNS (dites Mannequins comme s’il y avait les voyelles, mais à l'anglaise) garde un souvenir terrible de son passage au FME 2022, le Festival de musique émergente à Rouyn-Noranda au Québec. C’est Adrian, le fondateur, qui raconte l’aventure.



Texte / Adrian, MNNQNS Publié dans le magazine Kostar n°83 - décembre 2022-janvier 2023


« Crisse de Français »

À peine arrivés, nous voilà dans les canaps en backstage du FME en compagnie de ce bon vieux Johnny Pilgrim, un cow-boy – un VRAI –, mais de ceux du Nord – le VRAI –, qui trimballent avec eux tout l’héritage des trappeurs québecois et fument des clopes sans filtre, roulées dans des feuilles A4. Un one-man show improvisé plus tard et on lui jure venir à son concert plus tard dans la soirée. Ce qu’on fera.

Rewind.

On est arrivé au Canada quelques jours plus tôt. Pour la plupart d’entre nous, c’est la grande première sur le continent américain. Notre première destination, c’est Montréal. La claque. Les gens sont hyper cool, la salle de concert blindée, le concert bouillant, j’en oublie presque mon talon droit éclaté quelques jours avant au Portugal. On y retrouve beaucoup de copains/copines, on expérimente la première gueule de bois à la bière locale, superbe.

Le temps de faire toutes les pharmacies de Montréal à la recherche de béquilles pour finalement repartir avec une canne de vieux. En route pour la prochaine date.

Rouyn-Noranda.

On a connu pire comme trajet. Ça prend trois plombes dans le van et on ne sait toujours pas quelle position est la moins pénible entre le happy baby et le downward dog (je vous vois les yogi), mais c’est quand même autre chose que le périph de Paris ou la banlieue de Saint-Étienne. Tout petit, tu apprends que le Canada c’est les grandes forêts, les grands lacs et compagnie mais le voir en vrai, c’est un monde. On traverse donc des étendues de sapins à perte de vue, des rivières immenses qui réfléchissent le soleil sur ta pauvre caméra mini-DV qui, elle non plus, ne comprend pas être passée d’un studio qui sent la clope à un reportage de Yann Arthus-Bertrand. Après avoir enchaîné les miles, les dîners au bord de la route et les flics les plus cool de la terre (« Vous êtes en excès de vitesse mais j’vois que vous êtes pas de la place… Allez, faites gaffe la prochaine fois »), on débarque à Rouyn-Noranda en Abitibi-Témiscamingue (oui oui), une ville qu’on s’empresse de nous présenter comme un mélange parfait entre la teuf absolue pour le gratin de l’industrie musicale et Springfield dans les Simpson.

Oh yeah.

On arrive pour le catering (le déjeuner pour les moldus), ça se passe dans une église et il y a même des séances de massage pour les artistes… Pour l’instant, c’est un solide 20/20. Quand tu as passé tes derniers jours à baigner dans la graisse omniprésente de tout ce que tu ingurgites, la petite salade de roquette semble être la meilleure de ta vie. Ouf. What’s next.

La suite, c’est la garden ou la pool party, sûrement les deux, du label canadien Bonsound. À peine arrivé que tu te vois présenté un dilemme digne des pilules de Matrix : un bol de joints de weed ou un autre de joints de CBD. Cette substance n’est pas illégale chez nos amis du Canada. Encore une fois, tout le monde a l'air très à la cool. Il fait beau et on y retrouve encore des comparses de notre bonne vieille Europe. Il y a un jeu d’échecs gigantesque dans le jardin, et je me demande si Hugo (NDLR le guitariste) ne va pas tout plaquer pour rester dans ce jardin d'Eden à tout jamais (il a une certaine passion pour cette discipline). On chill un peu au bord de la piscine ou sur la jetée, près du lac, avant de repartir pour le centre-ville.

Après un passage au tatoueur pour Robin, notre ingé-son, nous voilà devant le Cabaret de la Dernière Chance (oui oui), là où tout se passe, là où la magie opère (ou non) pour les groupes invités au FME et surtout là où, on nous l’a bien dit des mois avant le départ, les ouvriers de la fonderie viennent boire des coups, et pas n’importe lesquels puisqu’il s’agit de shots de vodka à la paille d’or (oui oui), un « truc de trappeur » bien d’ici. On apprendra plus tard que la boisson en question est fabriquée en Suisse.

À ce stade-là de la tournée, je ne ressemble déjà plus à rien, j’ai cette vilaine canne de vieux et un infernal chapeau de paysan du midwest, autant dire que notre montée sur scène n’est pas très glorieuse.

Sauf que. On dirait bien que les étoiles de la teuf sont alignées car la salle est remplie et les gens chauffés à blanc. On traverse un set éclair, 45 minutes à bloc, des photographes qui nous foutent des néons sur la gueule, un public à fond et nous sommes déjà au bar devant les fameux shooters de Goldschlager. On taille le bout de gras avec des gens du public, des pros, des gens qui viennent d’arriver, l’atmosphère est vraiment à la détente ici. Mais on nous glisse dans l’oreille que la soirée n’est pas terminée.

On décolle, direction Chez Morasse, aka la meilleure poutine au monde – frites/fromage/sauce brune – où on éponge les shooters/bières/gin-tonic qui commencent à faire leur effet, avant d’aller voir Johnny Pilgrim et son groupe dans une taverne du coin.

Waow. Je traverse une période country en ce moment, autant dire que je suis servi. Les telecasters, les violons, bottlenecks, stetson, santiags, tout y est. D’ailleurs, je me fonds pas trop mal dans la faune locale avec mon look mi-Black Sabbath mi-Lucky Luke boiteux. Olé.

C’est l’heure fatidique où tout le monde commence à être rincé et on chope un runner pour rentrer.

On arrive donc à quelques encablures de Rouyn dans un village de chalets en pleine nature et on profite d’une dernière bière devant un énorme feu de camp. La recommandation nous a été faite de ne pas boire l’eau des robinets mais je m’en fais un pichet entier parce que je n’ai rien écouté. On décroche les rideaux pour faire des couvertures et c’est la viande dans le torchon pour tout le monde.

On se réveille au petit matin entre les pins, il fait très froid et j’ai une gueule de bois absolument dantesque. Je savoure vite quelques instants sur un rocking chair, histoire de compléter le personnage mais le van est déjà en vue.

Prochaine étape, Toronto.


MNNQNS, album The Second Principle, 2022. En concert: Quai M, La Roche-sur-Yon, 25/11 ; Le Chabada, Angers, 26/11.

Nouvelle tournée printemps 2023 et face B de l’album avant l’été.




MNNQNS à Rouyn © MNNQNS

FME 2022 © Louis Jalbert / Scenographie 2022

Rouyn-Noranda, rue principale © MNNQNS

MNNQNS à Rouyn © MNNQNS

Matin à Rouyn-Noranda © MNNQNS

FME 2022 © Thomas Dufresne

MNNQNS à Rouyn © MNNQNS