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Xavier Veilhan : “Le désir et la curiosité sont mes maîtres-mots”


Winterrese © Brescia e Amisano Teatro alla Scala Stefania Ballone Marco Agostino Chiara Fiandra Andrea Risso

Texte / Patrick Thibault * Portrait / Giacomo Cosua

Publié dans le magazine Kostar n°68 - décembre 2019-janvier 2020


Il est l’un des plasticiens français les plus en vue depuis l’exposition Veilhan Versailles et la Biennale de Venise 2017. Xavier Veilhan est doublement à l’affiche sur la zone Kostar. D’abord à Angers avec l’une des belles expositions du moment : Plus que Pierre, une manière de revisiter la collégiale Saint-Martin à la demande du FRAC Pays de la Loire pour le département du Maine-et-Loire. Artiste associé au TNB, il présente à Rennes Compulsory Figures, le spectacle qu’il crée à La Villette.

Comment avez-vous abordé votre intervention dans la collégiale Saint-Martin ?

J’ai pris à bras le corps la question de l’espace. J’ai vraiment été intéressé par le volume et la lumière. J’aime les strates de l’Histoire, ça n’est pas anodin que ça soit une église avec une architecture empreinte de l’idée d’élévation. Je voulais qu’on entre dans le lieu comme dans un paysage.


Révéler un lieu, c’est d’abord respecter son histoire…

En fait, c’est un peu paradoxal puisque c’est une exposition qui correspond plutôt à un dérangement. J’ai eu la volonté de donner une cohérence, autre que sculpturale. Tous ces cubes créent une connexion entre le sol et les murs. C’est cohérent puisqu’aucun élément ajouté n’est peint, tous les éléments de couleurs sont dans la matière, ce qui est caractéristique de l’architecture du lieu.


Avons-nous besoin de l’art contemporain pour rendre les lieux du patrimoine plus perceptibles au public actuel ?

Non. La question pour moi, c’est plutôt pourquoi on m’invite ? Je dois toujours dialoguer avec l’échelle des lieux et trouver les moyens sans chercher à les occulter et les contraindre. Que ce soit pour Pompidou ou Versailles, le geste est une forme de panache et je fais une recherche pour ne pas bloquer la vue. D’ailleurs à Angers, en se promenant, on peut prendre uniquement des photos de mon expo ou le lieu sans l’expo.


“Dans une démarche artistique, il y a 99% des choses que l’artiste ne contrôle pas.”

Si je vous demande de définir votre démarche artistique, la réponse sera-t-elle différente d’il y a 20 ans ?

Dans une démarche artistique, il y a 99% des choses que l’artiste ne contrôle pas. C’est lié aux origines, au temps, à la vie, l’environnement… On compose avec une toute petite partie de variable d’ajustement mais, comme pour un chromosome, ça peut changer plein de choses à la fin. Je travaille avec des moyens plus importants qu’il y a 20 ans mais je poursuis le même but. Cette intrusion dans le réel du marché a un côté pratique, économique, brûlant. On peut aussi y perdre des plumes. La dimension marchande est un moyen. Il faut utiliser le marché et ne pas être utilisé par lui.


Avoir une œuvre protéiforme, n’est-ce pas prendre le risque de se perdre un peu ? Ou de perdre le visiteur-spectateur ?

Si. Et je me pose quotidiennement la question, surtout que je mets le visiteur au centre de ce dispositif. Mon travail consiste à le mettre dans une ambiance et à l’égarer. Il y a une certaine vigilance de l’artiste à attraper des choses dans les technologies, le champ social et celui de l’époque. Le paradoxe, c’est vouloir s’immerger et tenter une expérience, alors qu’il faut garder sa lucidité. Une des questions de la pratique artistique, c’est garder cette distance ! Mon travail est basé sur une forme d’excitation, un lien au désir, la joie à faire des choses. Je me demande toujours comment être disponible à la nouveauté sans m’égarer.


En avançant en âge, l’artiste sculpteur ou peintre est souvent obsédé par son envie d’entrer dans les musées ou dans l’espace public, vous faites le choix de vous disperser en proposant des spectacles…

Pour regarder le soleil, il ne faut pas le regarder en face. Chacun cherche sa propre voie. Cette exposition à la Collégiale, c’était retrouver une forme de liberté que je n’ai pas dans les musées ou dans le domaine public. C’est une question d’équilibre. La question de la dispersion m’obsède. L’artiste doit guetter, être à l’affût des choses, se laisser porter par l’époque. En même temps, il doit imprimer sa marque sur ces éléments. Le désir et la curiosité sont mes maîtres mots. J’ai envie de voir des formes apparaître. Mais quand je produis, ça doit être par nécessité. On est encombré d’objets et de propositions diverses, ce qu’on met au monde doit donc être légitime.

“Quand je produis, ça doit être par nécessité.”

Que représentent les spectacles dans votre travail ?

Les spectacles sont pour moi une alternative et un prolongement du travail de l’atelier sous une autre forme. Une manière d’explorer les choses différemment. C’est une activité secondaire pour les gens qui sont concernés par mon travail de sculpture alors qu’ils sont pour moi une activité centrale.


Pouvez-vous nous expliquer le projet Compulsory figures que vous allez présenter au TNB après La Villettte ?

Je suis parti de l’histoire de Stephen Thompson, ancien patineur dont la discipline “Figures imposées” a été exclue du répertoire olympique par manque de spectaculaire. C’est une pratique sportive assez lente, liée au dessin sur la glace. Comme des avions qui créent des sillages dans le ciel. Ça demande beaucoup de virtuosité.


Quelle scénographie proposez-vous ?

On a recréé une patinoire sur laquelle évolue Stephen Thompson, à côté de laquelle je dessine. Je serai donc présent sur toutes les représentations. Costumé, je dialogue avec le patineur. Je suis fasciné par la manière dont on s’affranchit de la physique de la gravité. Il y a une création vidéo de Pierre Nouvel (et une direction musicale de Maud Geffray, NDLR). Le dessin à grande échelle vient augmenter les éléments de décors et dialoguer. Mais on ne peut pas réduire le spectacle à cette réflexion, c’est assez onirique.


Vous êtes artiste associé au TNB, quelle forme cette collaboration prendra-t-elle par la suite ?

On ne sait pas encore. Je suis venu à plusieurs reprises. J’ai participé aux sélections de l’école, rencontré des comédiens, des metteurs en scène, Adèle Haenel. Comme je suis complètement néophyte, j’ai vu ce que ça voulait dire de faire travailler des jeunes comédiens et développer une mise en scène. Ça n’est pas la même gestion du temps que dans un travail plastique. J’avais le projet des Horizons qui est en stand by, je suis intéressé par la démarche de Patrick Boucheron. Ça m’intéresse de travailler au TNB mais je suis autant intéressé par ce qui se passe à l’extérieur de la salle qu’à l’intérieur.


Plus que Pierre, exposition, Collégiale Saint-Martin, Angers, jusqu’au 5 janvier.

Compulsory figures, spectacle, TNB, Rennes, 14 au 18 janvier.



Tony, 2015 - Xavier Veilhan. Vue de l’exposition PLUS QUE PIERRE à la collégiale Saint-Martin en partenariat avec le Frac des Pays de la Loire, 21/09/19-05/01/20. Photo © Fanny Trichet © Veilhan / ADAGP, 2019

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