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À la mode


Robe à l'anglaise et jupe en satin de soie rose, vers 1785, Paris, Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris. CCØ Paris Musées / Palais Galliera

Texte / Ilan Michel Publié dans le magazine Kostar n°78 - décembre 2021-janvier 2022


La collection automne-hiver du Musée d'arts de Nantes est tirée à quatre épingles. À la mode. L'art de paraître au 18e siècle se fait l'écho des tendances du Siècle des Lumières. Avec près de 200 tableaux, costumes, restaurés spécialement, gravures et accessoires, l'exposition étudie sous toutes les coutures l'influence des peintres sur la fabrique de la mode, et vice-versa. Du nouveau rôle joué par les marchands et les ateliers de confection à l'apparition d'une presse spécialisée, vous saurez comment Paris est devenue la capitale de l'élégance à la française.


Théâtre social

Costume de travestissement, 18e siècle. Damas de soie. Dentelles métalliques, Amsterdam, Rijksmuseum © Rijksmuseum, Amsterdam

Quoi de mieux que le monde du théâtre pour servir le propos de cette exposition sur l’art de paraître. Pourtant point de raillerie dans cette comédie sociale, mais un déploiement de tissus sur une scène démultipliée. Jean-Julien Simonot, scénographe coutumier du fait, a pris le parti de la sobriété et de l’élégance grâce à une palette restreinte de noir, de blanc et de gris qui laisse toute sa place au chatoiement des costumes. Articulé autour d’une double-scène centrale, l’espace en U ménage des surprises. À côté des niches assombries destinées aux mannequins, les coursives sont autant de coulisses où surgissent les rencontres. Partout les étoffes dialoguent avec les portraits, sans que les uns ne prennent le pas sur les autres. À l’étage, les arcades du patio accueillent les silhouettes de gravures de modes, loges d’opéra où les jeux de regards suscitent l’envie pour les parures dernier cri.


Clou du spectacle

Manteau dit aussi robe "volante", vers 1720 (étoffe), vers 1730- 1735 (robe), CCØ Paris Musées / Palais Galliera

Ici, la peinture rivalise de luxe avec le vêtement, étoffes fragiles restaurées et mannequinées pour l’occasion, grâce aux partenariats exceptionnels avec le Palais Galliera-musée de la mode de la Ville de Paris, et le château de Versailles-domaine de Trianon. Du côté des élégants, « la fureur des gilets » donne le ton, comme en témoigne un superbe exemplaire de satin de soie brodée de motifs exotiques (1785-90), écho au tableau de Carl Van Loo (1745-50) au gilet et à la robe de chambre de fleurs exubérantes. Les stars du défilé sont, sans conteste, la Duchesse de Polignac (1782), favorite et confidente de Marie-Antoinette, dont le portrait signé Vigée Le Brun popularise la mode bucolique de la robe-chemise de linon blanc et du chapeau de paille façon Petit Trianon, et la robe à l’anglaise en taffetas changeant (1780), imaginée pour la promenade. Clou du spectacle : la « robe volante » (1730-35) de lampas de soie à grands dessins filés de soie jaune et verte ondés d’argent, apparue dans les garde-robes à la fin du règne de Louis XIV.


La fabrique de la mode

Robe à la française, entre 1740 et 1750 (étoffe de 1710-1715) © Lyon, musée des Tissus / Pierre Verrier

Alors que Paris devient capitale de la mode, les artistes participent à cette nouvelle économie. Conception de motifs, accessoires ou gravures réalisées pour une nouvelle presse féminine spécialisée, les ateliers de peintres prennent part à la fabrique de la mode. La robe à la française du Musée des tissus de Lyon (1740-50), envahie de motifs floraux en soie brochée, verts clairs, bleus, jaunes ou blancs se détachant sur un satin vert foncé, tient du talent de coloriste en peinture, sans parler de la mode des gilets masculins qui déploient leurs décors jusque sur les poches et les boutonnières. Tabatières, éventails, étuis à billets doux revisitent la peinture contemporaine en miniature, tandis que les premiers « magazines » de mode, sous Louis XVI, font appel aux peintres reconnus pour illustrer les nouveaux modèles dans des situations inspirées de la vie quotidienne.


La mode du “négligé-déshabillé”

Joseph-Siffred Duplessis, Portrait d’Abraham Fontanel, 1779 © Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole / Frédéric Jaulmes

À la fin du siècle, la tendance est au naturel. Les dessous passent au-dessus. Artistes, écrivains, penseurs adoptent les coupes amples de la robe de chambre, comme le prouve le célèbre portrait de Diderot par Van Loo (1767). Les femmes en robes-chemises révèlent le linge de corps de mousseline de coton importé des Indes, mises en scène en déshabillé. C’est le grand retour du blanc, résistant, luxueux, facile à laver. Les enfants portent désormais des tissus fluides qui favorisent leur développement, selon la mode anglaise et le traité de Rousseau, Émile ou De l’éducation. Les silhouettes féminines s’allongent et se simplifient dans des tenues de linon blanc à l’antique inspirées des fouilles de Pompéi et d’Herculanum. Juliette Récamier, bel esprit du siècle et influenceuse du Directoire et de l’Empire, fait figure de manifeste : regard aventureux, corset aux oubliettes et robe-chemise à la grecque, le comble du chic pour une philosophie de la liberté.


À la mode. L’art de paraître au 18e siècle, Musée d’arts de Nantes, 26 novembre au 6 mars 2022.