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Carte blanche : Amala Dianor


© John Hogg


© Jérôme Bonnet

Depuis sa base à Angers, le chorégraphe Amala Dianor rayonne dans le monde entier. Il faut dire qu’il sait parfaitement mêler danses traditionnelles et urbaines dans des pièces de danse contemporaine impactantes. Dans le In du Festival d’Avignon 2022, il crée Emaphakathini, spectacle qu’il a chorégraphié pour 9 danseurs de la compagnie de danse sud-africaine Via Katlehong. L’occasion était trop belle de lui donner carte blanche pour nous livrer son journal de bord.


Texte / Amala Dianor

Publié dans le magazine Kostar n°81 - été 2022




C’est le mois d’octobre et je m’envole pour une semaine à Johannesburg. Je suis invité par la célèbre compagnie de danse Via Katlehong à créer un spectacle d’une trentaine de minutes dans le cadre de leur prochaine tournée européenne. Je suis entièrement pris en charge par les deux directeurs artistiques de la compagnie, Buru Mohlabane et Steven Faleni. J’habite chez eux, tous les déplacements se font avec eux, je suis totalement immergé dans leur mode de vie, famille et rythme du township Katlehong. Je rencontre et commence le travail avec une équipe que je découvre et qui va aussi travailler ensemble pour la première fois. Je sais que je ne dispose que de peu de temps pour cette création alors je me mets vite au travail avec les artistes en appliquant mon processus chorégraphique et mes idées préconçues de l’Afrique du Sud et de cette génération post Apartheid.

Après les répétitions, je suis toujours au rythme de la vie de Buru et Steven. J’observe, écoute et vis le temps éphémère des subtiles nuances des rapports entre les hommes et les femmes, les ancêtres et les vivants, le jour et la nuit, l’alcool et l’amapiano.

Mes répétitions du mois de décembre sont annulées pour cause de variant Omicron. Tout le planning de répétitions et création est complètement revu pour me permettre de travailler assez de temps avec les danseurs avant le Festival d’Avignon qui accueille le spectacle.

Je retrouve les danseurs au mois de mars, un danseur a quitté le projet et est remplacé par une danseuse.


“J’ai envie d’être au service de ces danseurs, placer notre rencontre dans cet espace que je veux au plus juste et sincère de qui ils sont avec leurs forces et doutes, dans une société qui fait mine de bouger.”

Ils viennent de travailler pendant un mois avec Marco Da Silva Ferreira qui est le chorégraphe portugais avec qui je partage le programme de la soirée.

Je décide alors de tout reprendre à zéro et de commencer ma première journée de répétitions par un repas arrosé et une après-midi de discussion où chacun se présente et apprend à rencontrer les autres. C’était pour moi une étape nécessaire, car j’avais besoin de les éprouver autrement que dans le cadre du studio, studio qu’ils quittent immédiatement à 16 heures après les répétitions pour rentrer chez eux à des fois plus de deux heures de route.

Je sais dorénavant où je vais et ce que je veux explorer avec ces danseurs qui maîtrisent la pantsula, danse des townships, propre à leurs identités.

Le mois d’avril se passe et les répétitions avancent, doucement… Je fais un pas en avant, deux en arrière, je corrige, améliore, doute.

L’exercice n’est pas simple, je dois gagner leur confiance et rester créatif, une fois de plus et ce, pour la quatrième fois cette saison.

Ce qui me fait vibrer avec ce projet, c’est l'énergie folle qu’elle déplace en moi alors que je me sais fatigué. Travailler et créer en Afrique me déplace toujours à des endroits inattendus de ma personnalité.

J’ai envie d’être au service de ces danseurs, placer notre rencontre dans cet espace que je veux au plus juste et sincère de qui ils sont avec leurs forces et doutes, dans une société qui fait mine de bouger.

Emaphakathini, titre de la pièce, se traduit par entre-deux, cette intersection où ils se déploient en tant que femmes et hommes noirs.

À l’heure où j’écris ce carnet de bord, il me reste le plus dur à venir, terminer la pièce, la transposer sur scène avec la création lumière ainsi que la scénographie. Je suis dans l’avion pour Porto pour cette dernière étape. Retrouvons-nous en Avignon pour la première mondiale.


Emaphakathini, Cour Minérale Avignon Université, Festival d’Avignon, du 10 au 17 juillet.

Wo-Man, La Belle scène Saint-Denis, Avignon, du 11 au 15 juillet.

Siguifin, Wo-Man, Man Rec, Extension et Point Zero, en tournée 2022 et 2023.


© John Hogg