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Carte blanche : Carnets de dessins quotidiens 2017/2020 par Cécile Benoiton-Maugerie


«Damned», 2019, crayon de couleur, photographie : ©Cécile Benoiton_Maugerie

Texte / Ilan Michel * Photo portrait / DR

Publié dans le magazine Kostar n°77 - octobre-novembre 2021


Depuis bientôt dix ans, Cécile Benoiton-Maugerie pratique le dessin dans des carnets de recherche où la drôlerie côtoie la gravité. Et le mot brouille l’image. Quelques crayons de couleur et des interrogations posées sur le papier avec poésie et (im)pertinence.


Il y a quelque chose de compulsif dans les dessins de Cécile Benoiton-Maugerie. Quelque chose qui pousse à griffonner sur la page d’un carnet une pensée, un état d’âme, une sensation. Peut-être ce qu’on appelle une nécessité. Chaque jour, l’artiste ouvre un élégant cahier rouge ou noir au dos cousu de fil blanc, un acte que la rigoureuse répétition transforme en rituel du quotidien. Les traits de crayons de couleurs traduisent l’énergie du geste qui les a fait naître : frottés, estompés, ondulés, hachurés, très appuyés jusqu’à acquérir une texture grasse et duveteuse. Certains dessins portent en creux l’empreinte du précédent, au sens figuré, comme un jeu de marabout-bout de ficelle, mais aussi au sens propre puisque le coup de crayon laisse des hématomes sur le papier. « Il y a des lignes qui sont des monstres », écrivait Eugène Delacroix dans son Journal, en évoquant les droites, les régulières ou, pire, les parallèles. Chez Cécile Benoiton-Maugerie, au contraire, le dessin est fruste et sans contour. Il ne répond pas à un programme mais à une impulsion. Les lignes brûlent comme des flammes.

L’efficacité de ces esquisses provient de leur qualité de signe et de leur force d’évocation.

Pourtant, l’image ne s’exerce pas en-dehors de tout contrôle de la raison. Depuis longtemps, l’artiste pratique la vidéo dans des formes courtes, en plans-séquences, avec un minimum de montage, et dans lesquelles son corps a le premier mot. Dans les deux techniques, une image surgit en réaction à une expression ou une situation. Le langage qui accompagne ces compositions spontanées est rarement illustratif. Il est même souvent ironique et tient du trait d’esprit. Appliquée, gommée ou avalée par la couleur, la lettre est traitée comme une calligraphie un peu enfantine. Où va le temps quand il est mort ? Où est Robert ? Damned ! La curiosité d’un petit prince attentif et rêveur. Je hais les dimanches chantait Juliette Gréco, Je ne sais pas répondait Barbara. L’efficacité de ces esquisses provient de leur qualité de signe et de leur force d’évocation. Ce ne sont pas des allégories aux codes savants. Et toutefois, elles conservent tout leur mystère, c’est-à-dire leur double-sens. La page blanche, laissée en réserve, permet de transposer l’imaginaire à tous les contextes. Alors, sous des airs d’apparent négligé, apparaît parfois un oiseau de paradis.


Exposition TOUCHÉ !, Cécile Benoiton-Maugerie et Gisèle Bonin, Galerie de l’OpenBach, Paris, du 27 au 30 octobre.

Exposition JOUIR de Cécile Benoiton-Maugerie, Satellite, 5 bis rue du Commerce, Angers, du 12 novembre au 4 décembre.



«sauvage rit», 2020, photographie : ©Cécile Benoiton_Maugerie

«temps Mort, où part-il», 2019, crayon de couleur, photographie : ©Cécile Benoiton_Maugerie

«Je ne sais pas», 2019, crayon de couleur, photographie : ©Cécile Benoiton_Maugerie

«Détester le dimanche », 2019, crayon de couleur, photographie : ©Cécile Benoiton_Maugerie