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Carte blanche : Julien Nédélec, entomologiste ou papillon ?



Texte / Christophe Cesbron * Photo / Julien Nédélec / Courtesy galerie ACDC Publié dans le magazine Kostar n°32 - octobre-novembre 2012


Dans quelle case épingler Julien Nédélec. On est toujours coincé entre plusieurs hypothèses: minimaliste, conceptuel, géométrique, dada ? Est-il peintre, sculpteur, photographe, graphiste, écrivain ? Rien de tout cela, et tout cela à la fois. Il se promène, arpente, manipule les différents vocabulaires, expérimente, déplace, reformule, détourne… « J’aime être confronté à des choses incompréhensibles. J’aime la posture de l’ingénu ».


Avec Julien Nédélec, les territoires se superposent, s’hybrident, s’infiltrent, se confondent. Sa façon d’appréhender le réel pourrait faire penser au vol d’un papillon, aléatoire, gourmand, curieux, imprévisible, léger. D’autre part, sa manière de travailler aquelque chose à voir avec celle de l’entomologiste, qui émet des hypothèses, chasse, classe, collectionne, organise, s’émerveille… Mises l’une sur l’autre, les deux trames créent un truc un peu étrange où l’art, la science, le rêve et le quotidien se rencontrent dans des proximités inattendues, à la fois réjouissantes et rigoureuses.

Il y a chez lui une démarche artistique que l’on pourrait qualifier de synesthétique, mêlant plusieurs « sens », codes ou langages (un des types de synesthésie le plus développé est la synesthésie graphème-couleur où chaque lettre s’associe dans la tête du synesthète à une couleur précise). Une des pièces que présente Nédélec au Frac des Pays de la Loire s’intitule Les Bruits colorés, empruntant à une théorie de l’acoustique une loi que j’aurais du mal à vous expliquer, mais qui associe chaque type de son à une couleur, reposant sur une analogie formelle entre les ondes sonores et lumineuses. Synesthésie, croisement de sens, poésie, jeux de perception, hybridation des langages sont pour lui des outils de création et de compréhension du réel, du quotidien.


Synesthésie, croisement de sens, poésie, jeux de perception, hybridation des langages sont pour lui des outils de création et de compréhension du réel, du quotidien.

Pour Kostar, il propose plusieurs planches extraites de sa pièce « La chute d’une feuille au Brésil peut-elle déclencher une tornade au Texas ? » constituée d’un ensemble de boîtes d’entomologies, dans lesquelles sont classifiés et épinglés des échantillons de papier découpé, constituant un répertoire abstrait de 3 000 formes. Graphique, visuelle, rigoureuse, joyeuse et poétique, la proposition oscille entre minimalisme rêveur, « classifiction », ordre et chaos…