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Carte blanche : “Les façades taguées”, par Philippe Cognée

Mis à jour : 27 août 2019



Texte / Patrick Thibault * Visuels / Philippe Cognée Publié dans le magazine Kostar n°58 - décembre 2017-janvier 2018


Philippe Cognée a toujours revendiqué la peinture. Depuis les années 90, il s’applique à décliner une technique et un univers très personnels. Son travail est désormais exposé et reconnu dans le monde entier.

Ses maisons taguées, Philippe Cognée a bien voulu les présenter dans Kostar alors que se bousculent les projets. Une expo en cours à Bruxelles et une autre, colossale, en Corée au printemps. Et puis un chantier pour les Archives départementales à Grenoble. Ces maisons taguées restent, comme souvent, un projet en évolution. L’artiste garde, sous le regard, des dizaines de toiles, souvent des grands formats, qu’il aime retoucher, gratter pour voir ce qui se dégage… Ainsi en est-il de ces maisons repérées aux États-Unis ou ailleurs.

Philippe Cognée voulait être architecte et l’architecture le fascine. Qu’il s’agisse de maisons, d’immeubles, de tours, vus de face ou du ciel, l’architecture est très présente dans son œuvre. Ces façades ont pour lui une force verticale ou horizontale. Ce qui l’amuse ici, c’est de peindre des maisons dejà peintes. « Je fais entrer le tag dans les galeries sans être dans le street art qui, lui, doit rester dans la rue. »


“Je n’aime pas les beaux tags, j’aime ceux qui ont vécu et qui sont des marquages de territoire.”

« Je n’aime pas les beaux tags, j’aime ceux qui ont vécu et qui sont des marquages de territoire. » Peintre du réel, Philippe Cognée s’est souvent inspiré de photos qu’il prenait lui-même avant de les récupérer sur Google. « Je suis un peintre abstrait utilisant une forme de figuration », mais il ne veut pas raconter d’histoire : « Beaucoup d’artistes figuratifs ont un aspect narratif, ma peinture raconte simplement le monde tel qu’il est. »

Depuis les années 90, Philippe Cognée utilise la même technique. Un savant mélange où la peinture et la cire sont amenées à fusionner : « Ça s’ancre dans la toile et ça a pour effet d’effacer le geste du peintre, de révéler autre chose… » Dans son atelier de Vertou, l’odeur de la cire enivre. La lumière naturelle souligne son clin d’œil à Vermeer. « Je ramène ces maisons dans le champ de l’histoire de l’art, j’aime faire vibrer ces briques dans le vrai bonheur optique, c’est un jeu de reconstruction. »

Nantes vient d’ouvrir sa nouvelle École des beaux-arts, vaisseau amiral flambant neuf dans les anciennes halles Alstom restaurées sur l’Île de Nantes. Ce fut l’occasion de parler de quelques étudiants aujourd’hui célèbres, parmi lesquels Philippe Cognée. L’artiste, contre courants et marées, reste fidèle à la peinture : « Elle n’a rien de réactionnaire ou de ringard. J’écris avec des pinceaux plutôt qu’avec un appareil photo ou un crayon. » Et de citer Baselitz, Richter, Polke, Jasper Jones, Rauschenberg, Wharol…

La peinture reste son langage : « Pour moi, c’est comme un défi, une fuite en avant. Il faut jeter de l’énergie sur la toile, et tous les jours. Le spectateur doit ressentir cette énergie lorsqu’il est face à l’œuvre. » Et ce, jusqu’au bout du monde.


Illustration
© Elly Olman

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