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Carte blanche : Mascarades obsession par Evor



Texte / Vincent Braud * Photos / Kiwichao Publié dans le magazine Kostar n°38 - décembre 2013-janvier2014



« Sous le masque, un autre masque. Je n’en finirai jamais de soulever tous ces visages. » L’artiste s’amuse à citer Claude Cahun. Sans pour autant y chercher une justification d’un travail ou d’une démarche. Car Evor n’avance pas masqué : il revendique le droit de jouer – avec d’autres matériaux, d’autres supports –, de travailler avec d’autres corps de métier, d’investir le champ du luxe et de la mode, de titiller notre imagination par des propositions fantasmatiques.


Il en est ainsi de cette série de masques qu’il vient de réaliser à la demande d’un grand magasin parisien. Une présence remarquée du Nantais au Salon maison & objet aura suffi pour que l’artiste relève le défi. Une livraison de 37 000 clous de tapissier et quelques dizaines d’heures d’un travail d’orfèvre plus tard, onze masques venaient habiller autant de mannequins. L’art y côtoie la haute couture et le masque se fait bijou. Le matériau de base, un clou de tapissier de 4 mm à 2,5 cm, est ici détourné et sublimé. Le masque participe à la fois du jeu et de la séduction qui, eux-mêmes, peuvent se… piquer au jeu. Qui se cache vraiment ? Qui regarde qui ? « C’est le fantasme qui m’intéresse, le désir que ça suscite… », répond l’artiste qui joue, ici, du mystère et de la séduction, tant il est vrai que le premier degré ne l’intéresse pas.


“J’adore séduire, mais il y a le côté inaccessible qui me plaît énormément.”

Ces pièces uniques, conçues comme d’imposants bijoux faciaux, attirent l’œil aussi efficacement qu’elles captent la lumière pour mieux la renvoyer. Avec ces masques, ce sont en fait des centaines d’yeux qui nous regardent, interrogeant chacun sur sa part de mystère. Il y a là un jeu de faux-semblant qui flirte avec l’érotisme, avec sans doute une pointe de perversion ludique : « J’adore séduire, mais il y a le côté inaccessible qui me plaît énormément. »

Ces mascarades obsessions renvoient bien entendu à d’autres travaux, des sculptures en particulier, tout aussi mystérieuses et précieuses, que l’artiste recouvrait de centaines, de milliers de clous. Cette parade festive mènera-t-elle Evor vers d’autres expériences ? L’artiste ne cache pas son envie d’explorer d’autres territoires. Sans en dire davantage. Il emprunte à Oscar Wilde une ultime pirouette : « Donnez un masque à l’homme et il vous dira toute la vérité… »


Mascarades obsessions, Printemps Haussmann, paris. jusqu’au 2 janvier 2014

www.evor.fr