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Johannesburg : Antigua, par Kazy Usclef



Texte / Kazy Usclef pour Kostar * Photos Adeline Moreau et Kazy Usclef Illustration / Dub! pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°51 - été 2016


Grapheur, illustrateur et peintre, Kazy Usclef travaille seul ou au sein du collectif nantais 100 Pression. De sa tournée en Afrique où il est en repérage pour le projet de Pick Up Productions pour Le Voyage à Nantes 2016, il nous fait partager son émotion à la découverte de Johannesburg.

Contrastown : Johannesburg pourrait être singulièrement appelée la ville des contrastes, par son histoire mais surtout sa capacité à héberger les extrêmes les plus diamétralement opposés. De sa lumière éblouissante aux bas fonds les plus lugubres, de sa richesse exubérante à sa misère la plus choquante. Un mélange audacieux de la vibe caribéenne, du cosmopolite New York, de la qualité et densité culturelle de Tokyo avec l’air rogue de Moscou, quelque part ailleurs au sud de l’Afrique.

Comme tout bout du monde, on y voit un peu de partout. Joburg : son ombre, sa lumière, son noir, son blanc, héritage d’une histoire meurtrie : tout semble être basé sur ce principe. Comme le disait cet artiste afrikaner rencontré sur place, les violences, la criminalité viennent selon certains d’un manque d’éducation. Pour lui, c’est le fait d’une proximité du “avoir et ne pas avoir”. Une promiscuité lisible à tous les étages, les immeubles du début du siècle défoncés côtoient les lofts de luxe fraîchement élevés, chaque coin de rue est un vortex social, on passe d’une rue commerçante tout juste gentrifiée à un couloir de crackheads défoncés au kat synthétique, le tout se côtoyant mais semblant être soigneusement à sa place, chacun du côté de sa rue. Mais ça, c’était ma première lecture car quand on creuse, on se rend vite compte que tout le monde cohabite et plutôt pas mal et que les gens ici sont ouverts (et le mot est faible).


“Joburg et son soleil qui brûle et sa pluie diluvienne quotidienne à 17h30 précises.”

Chaque jour dans la rue, tu envoies une bonne trentaine de “shap shap”, “aweah aweah”, différents cheks et danses de mains protocolaires. Tout le monde se parle, se dit bonjour avec son slang local. Le protocole local, qui introduit toutes questions, introductions, rencontres, varie de 2 à 5 minutes avec son interlocuteur pour savoir comment il va aujourd’hui.

Joburg et son soleil qui brûle et sa pluie diluvienne quotidienne à 17h30 précises. Ses 4x4 rutilants et les chiffonniers sur des chariots faits maison, surchargés et conduits tu ne sais comment. Ce gros Afrikaner semblant sortir de Dallas, flingue à la ceinture, puis ce guerrier zulu en costume trad’ peau de léopard et pieds nus ; ses mails brillants et ses townships tôlés, ses vingt meurtres quotidiens et sa bonne humeur locale, tout, absolument tout, côtoie ici, son antipode extrême. On y trouve tout, des clubs électro-branchouilles-dégueulasses au groupe de punk rock underground – T C I Y F: “the cum in your face” (sic) –, des skaters tarés de SSS – Skate Soweto Society – aux galeries d’art hyper tendances…

Le squelette de la ville, fondé sur l’histoire de l’apartheid, séparant le centre ville blanc industriel commerçant des townships noirs “résidentiels”, est le symbole même du “vivre à Joburg”. Peu à peu, les frontières de couleurs s’effacent laissant place à un racisme social ambiant. Les mecs de Maboneng, un quartier industriel en pleine révolution, m’ont invité à peindre, après une mise en place et organisation pendant trois, quatre jours, rythme local oblige. Tout est prêt, embarquement dans la nacelle, face à l’immeuble de six étages. Le boss me souffle tranquillement dans l’oreille : « J’espère que ça va bien se passer, les proprios du mur n’ont pas donné leur autorisation ».

Welcome in « Jozy the wild contrasted town » !


Haute en couleurs

Joburg n’est pas une ville. Un peu comme Los Angeles, une mégalopole qui semble s’étaler indéfiniment. La capitale économique de l’Afrique du Sud continue de vivre à deux vitesses : celle des grosse berlines aux vitres fumées et celle des taxis collectifs où on s’entasse comme on peut.

Y aller

Nombreux vols au départ de Paris. Environ onze heures de vol mais une heure seulement de décalage horaire ! En vol direct, l’aller/retour coûte environ 700 € avec Air France qui dessert la destination en A380.


Y séjourner

Le quartier importe peu car, compte tenu des distances, la ville se vit en voiture. On trouve assez facilement à se loger (très correctement) pour 60/80 €/nuit, comme au Blu Trea B&B à Melville. Idem du côté de Melrose ou, un peu plus loin, dans le quartier de Sandton.


S'y restaurer

Globalement, on mange (très) bien à des prix (souvent) très raisonnables. Et les vins sud-africains ne doublent pas l’addition ! Les amateurs de viande seront servis : dans les steak houses, le filet de bœuf peut vous faire fondre. Comme au Trumps, square Mandela à Sandton. Nombreuses tables européennes ou asiatiques… le plus difficile est de trouver une authentique cuisine locale. Comme le traditionnel pap (à base de maïs concassé) très roboratif.


Circuit Kostar

Comme tout autre mégalopole, Joburg a ses quartiers chauds. Pas de panique. Même Hillbrow – où drogue et prostitution battaient le pavé – n’est plus ce qu’elle était. Tout juste convient-il d’être prudent. n On ne risque rien, en tout cas, à Maboneng. L’ancienne zone industrielle est devenue un quartier branché, multiracial, avec ses boutiques, ses restaurants, ses cafés, ses galeries d’art… le tout ostensiblement protégé par des vigiles armés.

Johannesburg, c’est aussi Soweto et le musée de l’Apartheid. Au sud-ouest de la ville, Soweto reste une ville dans la ville. On la visite de préférence avec des guides officiels ou des représentants d’ONG travaillant sur place. C’est là qu’a vécu Mandela. On y visite sa maison. C’est là où eurent lieu des émeutes en 1976, étape sanglante de la lutte contre l’Apartheid qui ne sera abolie qu’en 1991. Le musée de l’Apartheid retrace cette douloureuse histoire.

Un mot également sur la faune et la flore sud-africaine. Joburg est le point de départ pour de nombreux parcs et réserves (Pilanesberg, Kruger, Sabi Sand…). Juste pour le plaisir des yeux.



Illustration
© Elly Olman

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