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La culture tombe le masque : Blutch



Laurent Garnier a été parmi les premier conquis. Chez Kostar, on aime toujours Blutch, l’un des protégés d’Astropolis. S’il est désormais basé à Rennes, le Breton retrouve ses racines à Cobalan. L’occasion d’un titre mais aussi d’un clip bien fou à l’image de son électro qui nous fait un bien tout aussi fou en ce printemps improbable.


Texte / Blutch * Photo / Portrait © Evan Lunven

Publié dans le magazine Kostar n°75 - mai-juin 2021

Rallumer les étoiles

Voilà plus d’un an que nous attendons de pouvoir nous rassembler autour de notre passion.

Par chance, une grande partie de mon métier consiste à transmettre et initier aux musiques électroniques. J’ai pu entretenir du lien grâce à des ateliers dans les centres de demandeurs d'asile de Brest et Quimperlé avec Astropolis, qui consistent à mélanger nos cultures respectives. Inviter à s’exprimer celles et ceux qui ont une fibre musicale par la voix ou l’instrument. Ces moments sont un petit bouillon de culture car les pays d’origine sont multiples. Il y a des chants en langues différentes mais la magie de la musique fait que nous arrivons tous à nous comprendre. Nous enregistrons, composons et mélangeons le tout avec Ableton et cette expérience devrait aboutir à une sortie. J’ai aussi pu y jouer mon live audio-visuel. Format différent de d’habitude car le public était assis. Étant maintenant familier des endroits peu habituels pour la musique électronique mais ayant à cœur de faire une musique qui voyage, je me sens toujours un peu à ma place dans ce genre de configurations. C’est un live que nous jouons à quatre mains avec mon compère de toujours : Romain Navier. Il s’occupe de toute la partie visuelle qui est projetée sur un écran en deux parties, l’une devant et l’autre derrière moi. Un mélange entre des images filmées dans les plus beaux endroits de la région morlaisienne et des créations 3D dont il a le secret.

Côté composition, je ne sais pas si c’est parce que j’ai plus de temps ou si c’est un besoin d'évasion grandissant mais cette année a été étonnamment prolifique. Ayant pour mot d’ordre de ne rien m’interdire, j’étais tombé sur ce vieux hit des années 80 de Bibi Flash : Histoire d'1 soir. Tube disco français qui dépeint une soirée parisienne typique de cette époque avec un refrain ravageur. L’original manquait de vitesse pour pouvoir le jouer dans mes sets, j’en ai donc fait un edit plus house. Nous avons demandé les droits à Philippe Renaux, producteur du morceau. À ma grande surprise, il était très enjoué et a envoyé l’edit à Bibi Flash, la chanteuse. S’en sont suivis quelques coups de fil avec elle pour arriver à un résultat qui nous convenait à tous. Une tournure complètement inattendue car j’étais maintenant en relation avec des stars d’une autre époque pour cet edit qui devait rester entre mes mains. J’ai même fini par aller à l’anniversaire de Philippe l’été dernier. Improbable !

Malgré l’impossibilité de se produire en concert, cette année verra éclore mon plus grand projet, fruit de trois ans de travail : mon premier album Terre promise, en référence à ma bien aimée Bretagne d’où j’ai composé tous les morceaux. Le premier extrait s’appelle Cobalan et vient de sortir avec un clip de Gaultier Durhin et deux remixes signés Mézigue et Lauer. Cobalan est le lieu-dit où j’ai passé mon enfance sur les hauteurs de Locquénolé, près de Morlaix. Un clin d’œil à ces doux moments entre les cabanes, les après-midis sans fin dans les bois, avec les copains, à s’inventer des histoires. Une bonne partie du clip y a été tournée, notamment le plan final où nous avons entièrement rempli une 205 d'eau avec un camion-citerne sur la cale du port au soleil levant. Les autres plans des environs ont servi de toile de fond à un ballet impressionniste de gouttes d'eau qui virevoltent au rythme de la musique. Elles rappellent celles qui se forment sur les vitres par temps de pluie. On a reproduit cette idée dans un studio, près de Rennes, avec un système de ventilateur et de pipettes pour envoyer l’eau, que je dirigeais moi-même pour les synchroniser au rythme du morceau. Ce clip étonnant a été bouclé en deux jours et en une seule prise, ce qui en augmentait la difficulté. D’ici la sortie de l’album, j’espère de tout cœur que quelques fêtes pourront se faire. Qu'on puisse reprendre ces moments hors du temps, célébrer la vie et rallumer les étoiles.


Blutch, Cobalan, Astropolis Records.


Sample of Warm - Blutch, João, Mohamed & Jourdelle