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La culture tombe le masque : Cabadzi



Entre la sortie de leur nouvel album BÜRRHUS et la prochaine tournée, les Nantais de Cabadzi nous parlent de ces interruptions et reports en cascade. Et l’album en lui-même ? Il vous faudra l’écouter pour en découvrir la profondeur et l’engagement. Excusez du peu : ils se sont inspirés du psychologue Burrhus Frederic Skinner. N’oubliez pas de regarder les clips.



Texte / Cabadzi * Photo / DR

Publié dans le magazine Kostar n°75 - mai-juin 2021

Mieux qu'un épisode de Black Mirror

On venait de passer toute l’année 2019 à terminer cet album, BÜRRHUS, accompagné des quelques dernières dates en live de notre projet précédent avec Bertrand Blier : Cabadzi x Blier.

On abordait 2020 plutôt confiant, la sortie de ce nouvel album était programmée, à la base, au mois de juin. On avait un premier clip terminé, un second en cours de production, on était satisfait des photos de presse, tout roulait.

Début mars, on comprend que les choses peuvent se compliquer, mais sans réellement en prendre conscience, les salles commencent à fermer, les restaurants suivent. De notre côté, on se dit que ce n’est pas bien grave, la tournée de ce nouveau disque est programmée après l’été, à la rentrée.

Mi-mars : premier confinement. Pas très créatif. Plutôt sonnés, comme tout le monde en fait, plus moyen de se retrouver tous les deux en studio, donc on attend, on tente quelques trucs à distance mais sans réelle conviction, moment de pause étrange au final.

Bon… ben… On fait quoi… ?

C’est à ce moment que commence la mécanique de report, annulation, re-report, ré-annulation et toutes ces heures passées clairement pour rien en réunion Zoom à courir après un temps complètement chaotique. Tout ce qu’on construisait était détruit quinze jours après par une nouvelle annonce gouvernementale : l’enfer.

C’est là qu’on s’aperçoit que faire de la musique, c’est en premier lieu planifier. Planifier les tournages de clips, planifier la sortie des singles, planifier les résidences pour préparer le live, planifier la tournée, planifier la date parisienne, planifier la promo…

Sortir un album, c’est surtout un calendrier et, quand on ne peut plus rien prévoir, on ne fait plus grand chose.

L’été 2020 arrive, on continue à travailler les clips et, malgré toutes les contraintes, on réussit à tourner une scène de fête à une trentaine de personnes sans provoquer de cluster. À ce moment, on programme la sortie du disque pour novembre et on se dit : OK c’est pas grave, on accepte de jouer devant des salles assises et masquées, ce sera chelou mais ce sera peut être de beaux moments. Et pour le coup, on programme des résidences de création du live en octobre.

Mi-octobre : rebelote, confinement 2, couvre feu, re-fermeture des salles. Et on repart dans une mécanique de report et d’annulations. Les réunions Zoom s’enchaînent : cette fois c’est sûr, l’album sortira le 5 février 2021, la tournée commencera en mars 2021. n On tente de se dire que tout sera derrière nous en janvier 2021, les vaccins arrivent et les salles doivent rouvrir max au 16 décembre puis au 20 janvier puis… ?

Malgré tout, BÜRRHUS est sorti le 5 mars. Bien avant cette crise sanitaire, on avait l’idée de défendre ce disque en créant toute une imagerie SF, que l’on développe aujourd’hui dans une série de clips, à mi-chemin entre Black Mirror et le Meilleur du Monde, sans penser, ne serait-ce qu'une seconde, que l’année de sa sortie serait mieux (pire ?) qu’un épisode de Black Mirror. 


Cabadzi, BÜRRHUS.