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La culture tombe le masque : Laetitia Shériff



Si son album est là, Laetitia Shériff aimerait plus que tout le partager sur scène avec le public. Avec la sensibilité qu’on lui connaît, elle nous parle de ce manque qui dure avec cette proposition : “essayons d’exister mieux et comme jamais.”



Texte / Laetitia Shériff * Photo / © Lise Gaudaire

Publié dans le magazine Kostar n°75 - mai-juin 2021

Quand allons-nous faire résonner nos cœurs en rythme ?

Sourire nous demande beaucoup d’efforts sous nos masques. n Pour autant, ce masque ne nous rend pas invisibles.

Je vous vois : vos regards, vos combats sont une source d’inspiration sans limite.

Ma musique n’a pas de sens si je reste dans une démarche individuelle (Frustrant comme expression que d’agir seule !)

Être avec vous, parmi vous, c’est comme ça que tout me vient (ou me revient).

Cette époque que nous traversons ne peut pas changer cette interaction et je m’évertue encore à envisager “un demain”, avec comme ligne de mire de retrouver ces sentiments grisants liés à mon métier : faire le mur, “bouffer des bornes” vers toutes les villes, vers tous les mondes, pour se rencontrer.

Dans un de mes morceaux (Outside), je dis : “Tu me sortiras du silence insensé de mes pensées et tu m’emmèneras vers le son qu’on entend au loin. Ce son évoque toutes les formes de l’univers.”

Comme tous les hommes et les femmes, ce sont mes liens avec mes semblables, avec la Terre, qui m’équilibrent mais, ces derniers temps, il y a cette chose déstabilisante qui s’est mise en action dans mon corps et mon esprit. Et souvent, c’est la tempête là-dedans.

Mon esprit pacifique me dit : “desserre ton poing” et mon corps tendu me dit : “oui mais pas avant de l’avoir tapé sur la table”.

Bon sang ! Mais quand allons-nous nous retrouver ???

Tout porte à croire que nos dirigeants cherchent à nous désunir et leurs propositions du “moins pire pour éviter le pire” rend chèvre (L’effort social a ses limites).

EUX font leur compte d’apothicaire mais NOUS faisons le compte de ce(ux) qu’il(s) nous reste(nt) ?

Bon sang, quand allons-nous nous retrouver, pour échanger, partager nos joies, nos peines, se rassurer, se consoler, s’aimer, s’engueuler, affuter notre sens critique, essayer de comprendre cette époque, réfléchir à la rendre plus humaine… ? Quand allons-nous faire résonner nos cœurs en rythme ?

On ne peut plus être en mouvement ensemble et comme bon nous semble ? Alors, que ce qui nous rend immobile, soit beau et unique, ça donnera, sans doute, du sens à notre futur et à notre passé.

Ce que nous vivons aujourd’hui, d’autres l’ont vécu auparavant.

De façon intemporelle, nous avons toujours gardé espoir et c’est ce qui nous a toujours fait exister. Alors, en attendant de nous retrouver, essayons d’exister mieux et comme jamais.

En vous écrivant, j’ai écouté : Dälek, Fugazi, The Drones, This flow, Can, L’enfance rouge, Deux filles, Black Taffy, Sofiane Saïdi.


Stillness, Laetitia Shériff.