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Latifa Laâbissi, la part du rythme



Texte / julien Coudreuse * Photo / Yann Peucat pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°30 - avril-mai 2012


À ceux qui pourraient se laisser impressionner par son parcours, sa pratique ou son discours, Latifa Laâbissi oppose une présence chaleureuse et un véritable souci didactique pour se raconter et expliciter ce qui l’agite.


« Créer, c’est ressentir un désir qui est plus fort qu’un refoulé. Il passe la rampe et c’est parti ! » Danseuse devenue chorégraphe, Latifa Laâbissi ne craint pas la théorie. Elle s’appuie néanmoins sur de solides acquis techniques, depuis sa formation à New York au début des années 80. « L’école abstraite américaine était la formation de référence en France. J’ai été formée par la technique Merce Cunningham, très rigoureuse, proche du ballet. C’était important de faire mes gammes, de me sentir solide. Mais je n’arrivais pas à m’identifier aux figures du ballet, à la femme dans le ballet. Quand j’ai connu la danse contemporaine, j’ai senti qu’on pouvait y inventer plus de choses. En terme d’imaginaire, c’était plus ouvert. » La Grenobloise de naissance réussit à 20 ans une audition pour un spectacle de Jean-Claude Galotta. Son « petit conte de fée » peut alors commencer.

Mais ce n’est qu’au milieu des années 90, qu’elle commence à concevoir ses propres pièces. Elle cosigne ses premières pièces avec Yves-Noël Genod, puis Loïc Touzé.


“J’essaie d’être en prise avec le réel, et en même temps de le métaboliser, de trouver une forme artistique qui puisse faire signe.” 

Latifa Laâbissi essaye alors beaucoup, partage, participe à des laboratoires qui n’aboutissent pas forcément à des spectacles. Peu à peu, elle trouve sa voie. « J’ai tendance à dire que je n’ai pas de méthode et, pourtant, je commence souvent mes travaux de la même façon : je réunis une bibliographie autour d’un territoire que je souhaite circonscrire. Une question, un état. J’essaie d’être en prise avec le réel, et en même temps de le métaboliser, de trouver une forme artistique qui puisse faire signe. »

Actuellement, elle travaille sur deux pièces. Écran Somnambule est une relecture du solo le plus court de l’histoire de la danse : La danse de la sorcière, de Mary Wigman. Et La Part du rite, conférence massée dispensée avec Isabelle Launay. Même s’il ne s’agit pas d’un diptyque, les pièces sont liées et « convoquent les débuts de la modernité en danse en Allemagne. » Une période clé pour laquelle elle se passionne, notamment à travers Mary Wigman, Valeska Gert et Dore Hoyer, et qui résonne avec ce que l’on vit aujourd’hui. « J’essaie de faire sonner l’écho temporel. »


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