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“Le moi dernier” par Pierrick Sorin, épisode 37



Photo / Pierrick Sorin * Montage / Karine Pain Publié dans le magazine Kostar n°37 - octobre-novembre 2013


Numéro 1 : Une coupe de champagne, vue de dessus, en gros plan, posée sur un petit plateau rotatif et rétro-éclairée par des ampoules à LED qui changent de couleurs. Le dispositif est sur scène, sur un présentoir roulant… L’image de la coupe, où pétille le breuvage, est captée à vue par une caméra sur potence et diffusée simultanément sur un écran de 5 mètres de base, placé derrière Catherine qui se dévoile langoureusement dans un vrai verre à pied, géant, situé au centre de la scène.

Numéro 2 : Une maquette de château-fort médiéval placée sur un chariot à roulette. Grâce à un procédé optique, la maquette semble être en feu. Rocky entre en scène, laborieusement, engoncé dans une armure de chevalier d’où s’échappe de la fumée (on fixera des feuilles de « papier à fumée » dans le dos de l’armure). Rocky se place devant la caméra centrale et entame son strip-tease. Il apparaît titubant, devant le château-fort, sur un écran situé au- dessus de lui.


Si j'étais un bon promoteur d'événements, je dirais : “Venez voir ce spectacle, ça va être super ! ”. Mais je n'en sais rien, en vérité.

C’est la rentrée. J’achève, à la hâte, l’écriture des diverses situations visuelles qui accompagneront le nouveau spectacle du Cabaret new burlesque. Certains se souviennent, sans doute, des dames, parfois un peu felliniennes, qui s’effeuillaient, en 2004, du côté du Hangar à Bananes… ou encore de Tournée, le film de Mathieu Amalric, où l’on suivaient les pérégrinations de ces mêmes créatures, un tant soit peu extravagantes. Le Cabaret revient, au Grand T cette fois, pour un nouveau « show ». Les strip-teaseuses et le strip-teaser, Rocky Roulette (il y a quand-même un homme dans la bande), ont défini leurs numéros respectifs et sur la proposition de Kitty Hartl, directrice artistique, je vais tenter de mettre ma « patte » dans cette affaire. Il y aura donc des caméras sur scène et de petits dispositifs permettant de créer des effets visuels en direct. Tout en écrivant, je simule dans mon atelier le fonctionnement de ces dispositifs. Si j’étais un bon promoteur d’événements, je dirais : « Venez voir ce spectacle, ça va être super ! » Mais je n’en sais rien, en vérité. Le moment de la création, les répétitions ; c’est souvent là que tout se joue. Et puis, il y a un risque : le strip-tease, même conjugué au « second degré », relève d’un vocabulaire convenu et peut fort bien peiner à s’extirper d’une trivialité un poil grassouillette. Non pas que le dévoilement du corps soit en lui-même vulgaire ; c’est plutôt la pauvreté « conceptuelle » du recours à la nudité comme déclencheur d’émotions qui peut l’être. Alors il faut jouer un peu fin, opérer des glissements poétiques, dépasser le banal… Ce n’est jamais gagné. Bon… je m’y remets.

Numéro  3 : Mimi Le Meaux « performe » devant un fond bleu. Elle est incrustée en direct dans une image type dessin animé, réalisée à partir de prises de vues réelles (rotoscopie). Le dessin animé montre un type (joué par moi, à la base) dont l’apparence se transforme en fonction de son excitation… ( référence : Tex Avery ). Etc., etc.