BANDEAU.jpg

MENU

Illustration
© Alexis
Grasset

Rechercher

“Le moi dernier” par Pierrick Sorin, épisode 42


Théâtre du Châtelet / Saison 2014-2015. Avec Jean-Luc Choplin, Pierrick Sorin, Arzu Dogan. Compositing video : Charlie Mars. Clip : www.dailymotion.com/theatreduchatelet

Texte et photo / Pierrick Sorin Publié dans le magazine Kostar n°42 - octobre-novembre 2014

Le chanteur, affublé d'une belle touffe capillaire – on pourrait même dire “qu'-a-pris-l'air”, vu que ses cheveux vont dans tous les sens –, le chanteur, donc, avec un charmant petit accent anglais, guitare sèche en bandoulière, égrène une chanson qui évoque une relation amoureuse entre un certain “Mike” et une certaine “Kate”. À chaque refrain, il lève les yeux au ciel, ouvre les bras vers les spectateurs, énonce, avec emphase, ces paroles un peu sommaires : “Mike et Kate, en avant !… Mike et Kate, en avant !”. Habilement calculé, un léger défaut d'accent sur “Mike” interdit toute ambiguïté sur le double sens du refrain : “Mike et Kate, en avant !” devient clairement : “Ma quéquette, en avant ! Ma quéquette, en avant !”. J'ai 10 ans ; je suis planté devant un téléviseur noir et blanc ; on est en 1970 ; c'est une émission de variétés assez “décalée”… et je me marre comme un bossu.

Ce souvenir m'est revenu, cette nuit, à 4h43. Je venais de me réveiller, involontairement, et paf ! : j'ai fredonné intérieurement les chouettes paroles du refrain. Je ne sais pas pourquoi. Il ne me semble pas qu'une érection nocturne, fût-elle naissante, ait été le catalyseur de cette réminiscence… Enfin, qu'importe… Je me réveille souvent dans la nuit, comme si un sentiment d'inquiétude, toujours à fleur de conscience, profitait de la moindre brèche pour venir briser mon repos. Là, c'est vrai que j'avais une petite préoccupation bien identifiée : avant de me coucher, j'avais reçu un message du directeur de publication de Kostar qui me disait : « Nous sommes en bouclage demain. Il nous faut ton texte de toute urgence. » Putain ! Il aurait pu tirer la sonnette plus tôt ; j'étais complètement ailleurs, moi. En plus, j'avais zéro idée de sujet d'écriture. Je n'ai rien vécu d'extraordinaire durant l'été, pas même une petite anecdote croustillante. Je cherche…

“Mike et Kate, en avant ! Mike et Kate, en avant !”

J'ai réalisé un clip promotionnel pour la nouvelle programmation du Théâtre du Châtelet… Au bout de deux jours d'un laborieux tournage, mon assistant adoré a effacé, par mégarde, tous les “rushes”. Et pour tout arranger, sous les yeux de m'sieur Choplin, directeur général du Théâtre, lequel était venu dans mon petit studio nantais pour jouer son propre rôle dans le clip en question… Heureusement, qu'il est gentil, m'sieur Choplin et qu’il a bien voulu revenir la semaine suivante. Il m'aime bien, ça aide. Au passage, je dois dire qu'il a joué un rôle important dans mon parcours d'artiste. Il m'a confié mon premier rôle de metteur en scène d'opéra, en 2006 et m'a réitéré sa confiance par la suite. D'ailleurs, cet été, j'ai aussi consacré pas mal de temps à concevoir sous forme d'un story-board, la mise en scène de La Belle Hélène d'Offenbach, un opéra-bouffe où les anachronismes vont bon train. En lui-même, l'argument est un peu bébête : une histoire de mari trompé sur fond de mythologie grecque. Mais ça peut être joyeux, plein de surprises visuelles surréalisto-comiques et onirico-érotiques. À voir à Paris, en juin 2015. Mais bon, évoquer cela est un peu banal et sans grande truculence. Heureusement qu’au cœur de la nuit, “My quéquette” a jailli dans mon cerveau. Franchement, ça relève le niveau.

  • Facebook
  • Instagram