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“Le moi dernier” par Pierrick Sorin, épisode 43


“Woody Haleine” - Installation video (2014) Montage : Charlie Mars

Texte et photo / Pierrick Sorin pour Kostar

Publié dans le magazine Kostar n°43 - décembre 2014-janvier 2015

“Haleine Boisée” : il me semblait bien que le nom de “Woody Allen”, sous réserve de pratiquer un approximatif mélange de langues, pouvait donner lieu à un jeu de mot qui arrangerait mes petites affaires artistiques. Je suis en train de concevoir une installation vidéo en odorama : une table, sur laquelle est posé un ventilateur en marche. Face à lui, une sorte d’entonnoir qui concentre l‘air pulsé et le conduit vers les narines du spectateur. Entre les deux, empalés sur un pic à brochette, un vieux morceau de fromage – du Munster –, une crevette avariée et un morceau de bois en putréfaction. L’air se charge d’une belle odeur de pied suintant, de sous-bois humide, de fesses mal lavées… Un projecteur vidéo, caché sous le plateau de la table, projette sur les pales tournantes du ventilateur la grosse tête d’un homme qui, les joues gonflées et la bouche en cul de poule, souffle vers l’entonnoir, offrant au spectateur les effluves de son haleine fétide.


Je fais, sans le vouloir, de la “réalité augmentée”, en mode bricolage-à-la-Méliès”

Je fais, sans le vouloir, de la “réalité augmentée”, en mode bricolage-à-la-Méliès, associant objets réels, images, sensations tactiles et olfactives. L’idée d’“haleine”, me conduit à nommer l’installation Woody Haleine et la traduction approximative du nom en “Haleine boisée” m’amène à placer le petit morceau de bois entre la crevette et le bout de frometon. Tout se tient et le titre induit de vagues potentialités réflexives qui laissent penser, à tort ou à raison, que l‘œuvre est porteuse d’un sens intellectuel excédant sa simple qualité poético-potachesque. Cette installation est l’une des œuvres nouvelles que je présenterai à compter du 20 novembre à la galerie Pièce Unique, Paris, quartier Saint-Germain. Le clou de l‘exposition sera visible uniquement de la rue, à la tombée du jour, dans la vitrine de la galerie, transformée en alcôve du Red light district et où une jolie femme à barbe se prélasse en combi-moulante léopard. Un hologramme réaliste, échelle 1, qui fera peut-être chauffer les plumes de quelques journalistes ou autres sympathisants de La Manif Pour Tous. La femme s'asseoit sur un vrai canapé ; l'impression réaliste est telle que le passant croit vraiment qu’une fille s'est installée au cœur de Saint Germain…

“Mauvaise odeur, femme de mauvaise vie... Voilà pour l'essentiel du programme.”

Mauvaise odeur, femme de mauvaise vie… Voilà pour l’essentiel du programme. Le reste, est plus habituel : des petits théâtres optiques bien léchés et optimisés en terme de technologie. Comme cette Chorégraphie à la savonnette qui me vaut présentement d’écrire les pieds imprégnés d’huile de table. J’ai dû en effet danser sur une plaque couverte de cette huile, pour ensuite apparaître, comme un liliputien, dérapant à tout-va sur un bloc de savon de Marseille. L'œuvre se présente sous la forme d’une étagère à miroir pour salle de bain. Le danseur apparaît dans le miroir, sur un vrai savon, dont on peut réellement se servir. Au fond, c’est un objet qui relève en partie du design créatif, un truc assez commercial… J'espère vendre un peu quand même… car mon installation-qui-pue et ma femme à barbe me coûteront sans doute plus que ce qu'elles me rapporteront. Et sinon, à défaut d’aller à Paris, vous pourrez voir un dispositif holographique sorinien dans la petite Gare d’Anjou de Saint-Sébastien-sur-Loire à partir du 28 novembre… Là il y aura un type qui chante et qui dit que sa mère porte une fausse barbe depuis que son mari est mort. Tout se tient car, en fin de compte, les artistes n’ont pas des milliers d’idées….


Visuel pour l'invitation à l'exposition de Pierrick Sorin à la Galerie Pièce Unique - Paris du 20 novembre 2014 au 28 février 2015. Photo: Pierrick Sorin. Modèle : A. Dogan.

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Illustration
© Alexia Moutel

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