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Le moi dernier, par Pierrick Sorin, épisode 91



Texte et photos / Pierrick Sorin * Photomontage / Karine Pain Publié dans le magazine Kostar n°91 - été 2024


Il y a quelques années, après un cambriolage rocambolesque dans mon atelier, de nuit et en ma présence, j’avais connu une petite période à tendance paranoïaque. C’est assez courant chez les victimes d’intrusions de ce genre. Un léger craquement de parquet, la course d’un chat sur mon toit, le claquement d’un volet, tous ces bruits me laissaient penser que les cambrioleurs étaient de retour. Afin de me rassurer, j’avais alors imaginé quelques stratagèmes de défense dont certains étaient assez imaginatifs et en lien avec ma pratique artistique. L’un d’eux consistait à mette en place, à un endroit bien choisi, un dispositif à effet holographique. Ceux qui auraient forcé ma porte se seraient alors trouvés face à un gardien corpulent, armé et à la mine patibulaire. Cet hologramme à échelle humaine aurait été suffisamment réaliste pour semer le trouble, d’autant qu’il eut été flanqué d’un gros chien tout aussi inquiétant que son maître. Je n’ai finalement pas réalisé le dispositif en question ; c’était trop de boulot. Et de toute façon, au fil du temps, mes craintes s’estompaient. L’idée, toutefois, a fait son chemin, sous une forme plus humoristique…

Le 6 juillet prochain, dans le cadre du Voyage à Nantes, mon atelier sera ouvert au public. Les visiteurs pourront découvrir, en partie, mon espace de travail et quelques installations artistiques créées pour l’occasion. La plus originale – de mon point de vue – consistera à mettre en scène un gardien, “en hologramme” et à taille réelle… Celui-là ne fera pas trop peur. Il se présentera lui-même comme “un vieux copain de l’artiste” qui, faute de pouvoir partir en vacances, a élu domicile dans mon atelier pour “donner un coup de main et assurer le bon déroulement des visites”. Le bonhomme, un peu à la dérive et passablement alcoolisé, outrepassera toutefois son rôle de surveillant. La voix pâteuse, il s’autorisera à donner son avis sur l’exposition : “C’est pas mal, mais ça aurait pu être mieux !” Prenant les visiteurs à partie, il s’exprimera en particulier sur une œuvre : “Vous avez vu, là, le portrait-vidéo qui se déforme sans arrêt…


“C'est pas mal, mais ça aurait pu être mieux !”

C’est assez inventif mais c’est un peu répétitif, ça évolue pas trop.” Puis, sirotant un verre de pastis, il expliquera comment il aurait fait, lui, pour rendre l’œuvre plus intéressante. C’est là, que se situe l’originalité. Il n’est pas courant, en effet, qu’une exposition comporte une œuvre dont la fonction est d’opérer une mise à distance critique de l’exposition elle-même. Autre aspect original : pour une fois, je ne jouerai pas moi-même ce personnage de gardien. C’est Yann Josso, un comédien nantais particulièrement convaincant dans la peau de l’ivrogne de service, qui endossera le rôle. Récemment, celui-ci m’a d’ailleurs bien fait rire en me racontant l’une de ses prestations : le directeur d’une salle de spectacle lui avait donné carte blanche pour intervenir en tant que présentateur du programme de saison. Yann décida d’interpréter un “Monsieur Loyal” dont l’état d’ivresse empirait au cours de la soirée. Il était si crédible qu’il déclencha un véritable scandale.

Présent parmi le public, le maire de la commune convoqua dès le lendemain le directeur de la salle qui dut s’expliquer sur le choix de ce présentateur malséant. Il eut bien du mal à le convaincre que tout cela ne relevait que d’une habile comédie. Mais revenons à cette exposition “en atelier” et notons qu’à côté de ce gardien porté sur la bouteille et la dé-sacralisation de l’art, une autre installation occupera mon studio de prises de vue : une petite scénographie reproduira, de manière très vivante, un tournage. Elle donnera à voir les coulisses de la création de l’œuvre “Peindre et nettoyer…” : un triptyque vidéo actuellement présenté dans le cadre de mon exposition personnelle au Musée d’arts de Nantes. Deux expositions en cours, donc, à découvrir. Très différentes dans leurs formes mais, somme toute, assez complémentaires.   


Dans le cadre du Voyage à Nantes : exposition Derrière la porte, Atelier de Pierrick Sorin, du 6 juillet au 8 septembre.

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