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Les pépinières Ripaud, l'arbre qui cache la forêt



Texte / Matthieu Chauveau * Photo / DR Publié dans le magazine Kostar n°61 - été 2018


À Cheffois en Vendée, les pépinières Ripaud taillent leurs plantes d'exception comme personne en France. Un savoir-faire qui se transmet de génération en génération et qui brouille joyeusement nos repères géographiques.

Avoir un olivier dans son jardin quand on habite le grand Ouest est aujourd'hui une banalité. C'était loin d'être le cas en 1955 quand Joseph Ripaud, fils d'un modeste agriculteur vendéen, créait sa pépinière à Cheffois. C'est pourtant bien grâce au travail passionné de cet homme, aujourd'hui âgé de 85 ans, et à son insatiable soif de découvertes que l'on doit l'acclimatation de certaines plantes à notre région. « Notre père a toujours eu une intuition pour anticiper les modes. Il a vite compris qu'avec le développement des loisirs, les gens seraient intéressés pour retrouver dans leurs jardins des plantes qu'ils avaient appréciées sur leurs lieux de vacances », confie Damien Ripaud, aujourd'hui à la tête de la société avec son frère Benoît.

Le cadet de la fratrie de neuf enfants se souvient : « Lors des vacances en famille, on en profitait pour visiter des pépinières et en ramener soit des variétés de plantes, soit des techniques. » Parfois, le bonheur se trouve aussi tout simplement au bord d'une route, comme lorsqu'à l'occasion d'un périple au Portugal, le paternel arrête la voiture pour récolter des boutures d'agapanthe. Plusieurs dizaines d'années plus tard, ce sera au tour de Damien, arrivé dans l'entreprise en 2000, d'aller voir ailleurs : au Japon, où il se forme au niwaki, savoir-faire ancestral consistant à tailler les arbres en forme de nuage.


En moins de 20 ans, les pépinières Ripaud se sont imposées comme les leaders français de l'art topière

En moins de 20 ans, les pépinières Ripaud se sont imposées comme les leaders français de l'art topière, cet art de tailler les branches d'un taxus baccata comme un styliste travaille la soie. Nuages, mais aussi cônes, boules, spirales... toutes les formes y passent, dans la grande tradition des jardins à la française. Et les clients, souvent prestigieux, adorent : le presque voisin jardin de William Christie à Thiré, des palaces parisiens comme le Crillon ou le Ritz mais aussi... Disneyland Paris pour son Labyrinthe d'Alice.

C'est que, même si, comme le dit Benoît Ripaud – pas du genre à prendre la grosse tête –, « il faut savoir cultiver des patates comme du caviar », le pépiniériste vendéen est sacrément bien placé en terme de haut de gamme... C'est même le n° 1 français ! Parmi les 2 millions de plantes recouvrant les 100 hectares de son jardin de Cheffois, des perles rares se cachent : un jubaea chilensis, palmier du Chili, dont la valeur se compte en dizaine de milliers d'euros, ou encore des fougères arborescentes, spécialité de la maison, dont l'origine n'est pas exactement vendéenne. « Nous sommes allés chercher ces plantes en Australie. Elles datent de l'ère primaire. Les dinosaures s'en nourrissaient ! » Il y a quelques années, Ripaud en a livré plusieurs dizaines à un client prestigieux à Rabat... le roi du Maroc qui en a orné les jardins de son palais !

Un trajet Australie-France-Maroc qui illustre parfaitement la dimension mondialisée du travail du pépiniériste. Et cela ne fait que débuter. « L'avenir, c'est l'export », confirme Damien Ripaud, prenant l'exemple d'un marché anglais en plein essor depuis deux ans. Car, aussi ironique que cela puisse paraître, les Britanniques se prennent eux aussi de passion pour l'art topiaire, ce savoir-faire typique des jardins "à la française", que depuis des siècles on oppose à ceux "à l'anglaise"... Bientôt une Tamise bordée d'oliviers ?

5 dates


1955 Création des pépinières Ripaud par Joseph Ripaud.

1984 Prix d'honneur aux Floralies internationales à Nantes.

1985 Arrivée du fils Benoît dans l'entreprise, année de grand gel.

2000 Joseph part en retraite ; Damien rejoint son frère Benoît dans l'entreprise.

2014 Nouveau prix d'honneur aux Floralies.

2019 Amandine devrait succéder à son père Benoît Ripaud après son départ en retraite.

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