Rechercher

Une ville ailleurs : Amsterdam



Texte et photos / Vincent Braud et Patrick Thibault Publié dans le magazine Kostar n°53 - décembre 2016-janvier 2017

Bien sûr, il y a le port et ses marins qui chantent. Et puis ces décors de cartes postales, le long des canaux, ces coffee shops et les touristes un peu égarés. Et puis, une autre ville, culturelle et vibrante. Quelque chose de Venise et de Berlin aussi.


Arriver à Amsterdam Centraal, c’est tout d’abord découvrir une gare aux allures de cathédrale, l’un des plus belles d’Europe sans doute. À la sortie de la gare, on prend ou on reprend son vélo. Ou bien on saute dans l’une des dizaines de lignes de tram qui vous mènent partout ou presque.

La ville s’organise, tranquille, le long de canaux concentriques, creusés pour la plupart au XVIIe siècle et enjambés par quelque 1200 ponts !

En suivant le flot des touristes (plus de 16 millions par an !), on est sûr de ne manquer ni les ruelles du red light dans le quartier De Wallen, ni le marché aux fleurs, ni le musée Van Gogh, ni la maison d’Anne Franck. On peut aussi faire la queue devant le Musée du sexe ou chez Madame Tussaud mais il y a mieux à faire : Amsterdam a d’autres charmes, plus secrets, pour peu qu’on prenne le temps d’y flâner.

Et pour flâner, rien de mieux que le Joordan, ancien quartier ouvrier et refuge des protestants français après la révocation de l’Édit de Nantes. Quartier “bobo” sans aucun doute avec ses boutiques chics ou vintages, ses épiceries bio, ses ateliers d’artistes, ses restaurants… mais quartier qui cultive, y compris sur ses trottoirs, le côté “bohème” des 70’s et a su préserver quelques “cafés bruns” authentiques. Le “café brun” n’est pas simplement un pub, c’est une institution où on se retrouve entre amis autour d’une bière dans un parfum de vieux bois, de tabac froid (on ne peut plus y fumer…) et de houblon.


La ville, classée au patrimoine de l’Unesco, est une capitale culturelle d’une richesse souvent insoupçonnée.

La ville, classée au patrimoine de l’Unesco, est une capitale culturelle d’une richesse souvent insoupçonnée. Bel exemple de l’architecture du XIXe, le Rijksmuseum, récemment restauré, présente, sur quatre étages, les chefs-d’œuvres de la peinture hollandaise : on s’y bouscule devant The Milkmaid (la fameuse laitière de Vermeer) et La ronde de nuit de Rembrandt. Également à quelques pas du musée Van Gogh, le Stedelijk a vu un audacieux agrandissement contemporain aux allures de baignoire (et surnommé “the bathtub” par les habitants) s’adosser au bâtiment du XIXe : Alechinsky, Picasso, Malevitch, Rauschenberg… et une expo de Jean Tinguely jusqu’au 5 mars.

Un peu plus au sud, le quartier de Pijp présenté comme le quartier latin d’Amsterdam, en plus populaire et moins touristique. C’est l’un des plus multiculturels d’Europe avec boutiques, bars, restaurants… et le marché Albert Cuypmarkt, ouvert du lundi au samedi, qui est le plus grand des Pays-Bas. Dépaysement assuré !

Tout aussi fascinant, le parcours d’architecture contemporaine. Au point qu’un biker tour spécifique est organisé pour découvrir cette ville du XXIe siècle. Après le Nemo, musée des sciences et des techniques, étrange bateau semblant sortir de l’eau signé Renzo Piano, on prend à la gare, le ferry, au milieu d’un peloton de cyclistes, pour rejoindre The Eye, complexe dédié au cinéma, inauguré en 2012 et posé, tel un oiseau, au bord de l’eau, à deux pas de l’École des beaux-arts et la tour A’Dam au sommet de laquelle sont installées des balançoires surplombant le vide pour amateurs d’émotions fortes.

Un autre ferry, toujours gratuit, et direction NDSM-Werf. Sur le trajet, REM Eiland, une ancienne plateforme pétrolière ancrée sur les bords du fleuve et transformée en restaurant, non loin du Silodam, vaste ensemble résidentiel, conçu par les architectes MVRDV de Rotterdam comme une superposition de containers, l’hôtel flottant Botel… Et on arrive aux anciens ateliers de construction navale abritant des pépinières d’entreprises rivalisant de créativité.

Rien de plus facile que de profiter de son séjour à Amsterdam pour faire un saut (en train) à Delft, la ville de Vermeer et capitale de la faïence, à Den Haag et ses musées hallucinants, à Rotterdam ou encore à Haarlem. Et si on veut la jouer total touriste, au printemps, on va à Keukenhof. Le plus grand parc printanier au monde voit fleurir 7 millions de bulbes sur ses 32 hectares. On s’y bouscule. En cette saison, vue du ciel, avant d’arriver à Schipol, la floriculture, omniprésente, compose d’immenses tableaux comme si Amsterdam était aussi la capitale du land art.

Amsterdam, une histoire d’eau ? Sans doute… mais de feu également.






Y aller

Aussi facile de Rennes-Saint-Jacques que de Nantes-Atlantique : vol direct quotidien. 1h35 environ et, hop, vous voilà à Schipol. Le train peut être une alternative avec le Thalys au départ de la gare du Nord mais le voyage est long (environ 7 heures)


Y séjourner

Trouver une chambre, dans le centre, n’est pas toujours facile et il faut souvent y mettre le prix. Comme à l’Art hôtel, superbe, près de la gare, à l’Ink, installé dans les anciens locaux d’un journal, ou à l’Europa… L’Ibis (qui jouxte Amsterdam centraal) peut être une solution. Comme les nombreux B & B.


S'y restaurer

On peut commencer la journée par un petit déjeuner chez De Bakkerwinkel, une boulangerie où l’accueil est aussi sympa que les formules proposées. Agréable aussi pour une pause l’après-midi, tout comme chez Lanskroom avec les meilleures stroopwafels (gaufres) de la ville. Côté restaurants, Anna est une très bonne adresse. Sa devise : “On ne peut pas bien penser, bien aimer, bien dormir si on n’a pas bien dîné”. Un peu cher mais créatif. Nombreuses brasseries (dont l’incontournable Harkema). Tempo Doeloe propose, lui, une belle touche d’exotisme (indonésien) assez authentique. On peut également manger des frites à toute heure, ou presque, comme au Manneken Pis. Les “meilleures” (vraiment ?) de la ville.


Circuit Kostar


On vient à Amsterdam pour son patrimoine, son art de vivre, son architecture mais aussi pour y respirer l’air du temps. Nombreuses boutiques, chics et chocs, dans le Jordaan, en particulier sur Herenstraat et Prinsenstraat. Sympa également le concept store de Six and sons (vêtements, chaussures, accessoires pour homme et femme), & Klevering (sur Haarlemmerstraat) pour la déco ou encore la Maison nl (sur Utrechtsestraat). Fuyez la Spuistraat, grosse artère commerciale avec toutes les marques internationales. Et allez (aussi) dans les friches et hangars de l’ancienne NDSM (Netherlands shipbuilding and dock company) au nord de la ville. C’est là qu’un millier de créateurs et d’artistes se sont emparé de locaux abandonnés pour y créer une “créative factory”. Des espaces en voie de réhabilitation où chacun construit son propre espace, un véritable laboratoire où designers, graphistes, musiciens, entrepreneurs culturels… vivent, travaillent et font la fête. Parmi eux, Jeroen van Leur, à la barre du studio de design Spitsberg (photo ci-dessus). NDSM, c’est une ville dans la ville où s’imagine l’Amsterdam de demain.


bandeau.jpg

Illustration
© Alexia Moutel

MENU

  • Facebook
  • Instagram