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Une ville ailleurs : Los Angeles par Octave Noire



Texte / Octave Noire * Photos / Octave Noire, Patrick Thibault Publié dans le magazine Kostar n°69 - février-mars 2020


Los Angeles est le premier single du nouvel album Monolithe qu'Octave Noire sort en ce mois de février. L’occasion était trop belle de lui demander sa vision de la cité des anges qu’il connaît parfaitement. Entre électronique vintage et soundtracks seventies, Los Angeles marque le retour de l’auteur de l’album Neon. Et sa vision de L.A. alors ?


C’est une rencontre amoureuse qui m’a fait atterrir une première fois à Los Angeles. C’était dans un autre millénaire. Sur ma valise, une étiquette sur laquelle est écrit LAX, l’aéroport de Los Angeles. C’est parti. Mi-février, billet d’avion pris, escale à Detroit, la neige en pagaille, puis 4 heures plus tard, les palmiers, les joggers et t-shirt, et tout de suite cette lumière. Une lumière unique. Irisée, douce, avec un grain, la vie comme dans les photos de Stephen Shore.

Le taxi qui m’emmène arbore un autocollant des Lakers, l’équipe de basket de la ville. Ça y est, j’y suis bien.

Tout me revient en tête.

Ces dimanches après-midi à regarder Starsky et Hutch, leurs courses-poursuites dans le Sixth Street Viaduct qui reste le pont le plus cinématique de l’histoire du septième art. Si le nom n’évoque rien, son architecture, elle, est imprimée dans nos rétines. Deux arches, un pilier au milieu, le pont enjambe le chenal du bien-nommé fleuve Los Angeles.

C’est ici que se sont tournées de nombreuses scènes de courses-poursuites pour devenir un lieu commun du cinéma qui sera bientôt détruit.

En fait, c’est ça. J’ai l’impression que cette ville m’appartient un peu, qu’elle fait partie de mon histoire, que j’ai déjà foulé ses pavés.

Elle fait un peu partie du patrimoine de chacun. Comme La Joconde.


“Ça n’est pas une ville à taille humaine. Les distances se calculent en temps de trajet et non en mètres.”

Le premier jour, je décide d’arpenter ses rues à pieds, pour pouvoir l’aborder à hauteur d’homme, sur un rythme lent. Erreur, ça n’est pas une ville à taille humaine. Les distances se calculent en temps de trajet et non en mètres.

C’est décidé, je loue une voiture.

C’est la première chose que j’ai faite la deuxième fois que j’y suis allé, il y a trois ans. J’ai repris une habitude que j’avais lors de mon premier séjour : aller voir le coucher de soleil sur le Pacifique, à la terrasse d’un petit café, non loin de Venice beach, mais suffisamment à l’écart pour être à l’abri de l’agitation qui y règne. C’est évidemment un des endroits où trainer. C’est le cliché de la Californie avec ses bodybuilders huilés, ses danseurs sur roulettes bandeau dans les cheveux, cyclistes qui longent la plage sur des kilomètres. Le temple du cool.

Immanquablement me reviennent en tête les ondulations des Beach Boys ou les guitares des Eagles. Je me dis que je suis bien là.

Un autre endroit mythique qu’il me tenait à cœur de visiter est l’observatoire Griffith. C’est le meilleur spot pour s’extraire de cette ville en deux dimensions et l’admirer du haut de sa colline.

Grand spectacle !

On a droit à toute la scénographie. Show à l’américaine. L’océan en fond, la ville se déploie comme des veines à nos pieds depuis la plage jusqu’aux lettres blanches sur l’autre colline. Pour y accéder, on monte par une petite route qui serpente entre la végétation sèche qui nous rappelle que le désert n’est pas si loin. Je repense au clip de la chanson Happy de Pharrell Williams. Il se passe sur cette route.


“On serpente entre les villas luxueuses d’un autre lieu cher au cinéma : Beverly Hills.”

En redescendant, on arrive sur le fameux Sunset boulevard qui porte bien son nom dans sa partie basse, puisqu’il semble se jeter dans la mer à mesure qu’on va vers l’Ouest. On serpente entre les villas luxueuses d’un autre lieu cher au cinéma : Beverly Hills.

C’est non loin de là que j’ai vécu un moment de grâce.

Je me dirigeais en fin de journée vers l’océan pour aller me poser dans mon petit café boire ma bière rituelle, en roulant sur Santa Monica Boulevard. Arrêté à un feu, l’autoradio se met à passer une chanson de Sheryl Crow, un tube vaguement country que je chantonne distraitement.

Le refrain arrive et je me surprends à en prononcer les paroles : « and the sun goes down on the Santa Monica Boulevard ». Comme le chante Philippe Katerine, il y a des moments parfaits.

Je suis resté un mois. Durée idéale pour prendre son temps, ne pas avoir la pression de voir un maximum de choses dans un minimum de temps, de flâner, de rentrer dans les nombreux thriftshops (vide greniers) croisés, d’aller voir des concerts de blues dans le bar d’à côté. Discuter avec les voisins. La vie quoi.

C’est dans ces conditions que j’ai rencontré la personne qui m’a inspiré ma chanson sur Los Angeles.

Un matin, je prends mon cappuccino latte dans le café du coin et je devine à l’accent du serveur qu’il est français. La discussion s’engage.

C’est comme ça que j’apprends qu’il est venu à Los Angeles pour tenter sa chance à Hollywood. Jeune acteur, il a suivi le chemin de tant de jeunes en quête de gloire, le travail manquant dans ce domaine en France. Son histoire m’a plu. C’est toute l’histoire de cette ville. Une ville phare, un rêve, des destins glorieux, d’autres brisés. Le bout d’une route. Plus loin, c’est la mer. Un autre Finistère, un nouveau monde…


Y aller

De nombreuses portes d’entrée aux États-Unis sont proposées au départ de Paris. Plusieurs vols quotidiens directs pour LA. Tarifs (très) variables selon les compagnies et la période de voyage. À partir de 500 euros/aller-retour avec Air France.


Y séjourner

Hôtel à des tarifs abordables (moins de 100 € par nuit) comme au Hollywood Inn express. Un peu plus chers dans les Best Western. Ou carrément crazy au Beverly Wilshire (l’hôtel de Julia Roberts dans Pretty woman). On peut louer un appartement du côté de l’Echo Park, quartier animé, branché et… vert naturellement.


S’y restaurer

Embarras du choix sur les grands boulevards (Sunset, Hollywood, Melrose…). On peut sacrifier au burger chez Tommy’s, sur Beverly. Nombreuses tables italiennes (comme celle de Raffaello, sur Pacific ave) et mêmes françaises (chez Monsieur Marcel’s). On peut aussi grignoter au Grand Central Market (downtown), bon et bon marché !


Circuit Kostar

LA, c’est bien sûr “la” ville du cinéma et des grands studios (Paramount, Universal, Warner…), la ville des stars à l’abri des collines boisées de Beverly mais aussi la ville des arts, de la mode et du design. Passage obligé par downtown pour le Walt Disney Concert Hall, signé Frank Gehry et, à côté, The Museum of Contemporary Art mais aussi The Broad, ce musée de collectionneurs (Eli Broad et son épouse) aux 2000 œuvres dont 33 Jeff Koons et 120 Cindy Sherman.

Incontournable, le Lacma (Los Angeles County Museum of Arts) avec une aile signée Renzo Piano et une installation, côté rue, de 202 lampadaires, “urban light”, de Chris Burden. À l’intérieur, des Calder, Picasso, Rivera, Beckmann, Francis… Le Getty Center est, lui, perché sur la colline de Brentwood et entouré de jardins de cactus. Impressionnante collection d’impressionnistes mais aussi des Rembrandt, La Tour, Poussin, Brueghel…

Et puis, il faut aussi aller faire un tour à Pasadena et au Norton Simon Museum. Pour ses jardins et les sculptures d’Henry Moore, Henri Laurens, Jacques Lipchitz, Maillol… et ses collections permanentes.

Mais LA n’est pas qu’une ville de musées. C’est aussi là que se dessine la mode de demain. Alors, on fait un tour dans le Fashion dictrict, du côté de Rodeo drive ou, mieux, sur Melrose, le spot du street wear avec ses boutiques funky mais aussi ses petits restaus sympas et ses galeries branchées où on peut retrouver un certain Jean Julien.

Illustration
© Elly Olman

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