Rechercher
  • signature 1

Une ville ailleurs : New York par Emmanuelle Huynh

Mis à jour : 27 août 2019



Texte / Emmanuelle Huynh * Photos Jocelyn Cottencin

Illustration / Yann Bastard pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°57 - octobre-novembre 2017


La chorégraphe Emmanuelle Huynh et le plasticien Jocelyn Cottencin ont composé un portrait

de New york à travers ses habitants et leur relation à ses espaces. A taxi driver, an architect and the High Line est une trilogie filmée, complétée par une performance tous deux présentés à Saint-Nazaire par le Théâtre, Le Grand Café et le Life. À cette occasion, Emmanuelle Huynh évoque pour kostar sa relation à New york et son imaginaire.


New York New York. La Nouvelle Amsterdam, nom de New York à sa création au 17e siècle, génère un imaginaire puissant que le cinéma, la télévision, la photo, la littérature, la musique, les sons portent. Cet imaginaire écrasant prend le pas lors de mon premier voyage et j’admire la ville plus que je ne l’« incorpore ». J’ai l’impression de reconnaître le film justement sans pouvoir véritablement en être, agir.

1989, la première fois donc, je suis boursière Villa Médicis hors les Murs, à Wesbeth, le studio de Merce Cunningham. Cette technique n’habite pas aisément mon corps alors je marche beaucoup. Je découvre le World Trade Center, la Statue de la Liberté et… le jus de carotte au gingembre. Je vais au Lincoln Center voir mes premiers films de la Judson Church, laboratoire expérimental new yorkais qui regroupe des artistes de champs différents (1961/1964).

À ce moment là, on manipule encore des bobines rares avec des gants blancs ! Premières fois au MOMA, au MET, au Guggenheim, à la Collection FREAKS et dans les galeries d’art contemporain !

À partir de 1992, j’y viens beaucoup pour voir les pièces de Trisha Brown que j’ai décidé d’interviewer pour comprendre comment elle travaille *. Je circule surtout vers South Broadway où elle habite. Parfois, lors de la répétition d’un ensemble, je remplace « au pied levé »(!) un danseur absent. Je commence d’y avoir des amis et surtout d’“habiter” la ville, de la danser !


“Le « fond de scène », ce sont les gratte-ciels du bas de Manhattan ! ”

J’adore prendre la ligne F juste pour le plaisir de faire Manhattan/Broolkyn et retour… Le Pont de Brooklyn m’émeut. En 1997/98 Je commence à m’intéresser à des lieux qui pourraient montrer ma première pièce : MÚa, solo dans le noir. Je traque les salles très sombres et les programmateurs aventureux ! Je continue d’aller intensément dans les galeries : New museum Broadway, Marian Goodman, Almin Rech, qui elles sont très white cube !

Je parcours le bas de la ville en me disant que c’est cette architecture qui a été la scène de toutes les expérimentations de l’Art Minimal des Sixties, notamment « Man walking the Side of a building » ou « Roof Piece » de Trisha Brown. J’imagine donc les corps de ses danseurs marcher sur les murs de galeries, descendre les immeubles ou faire des sémaphores sur les toits de Greenwich Village… Je commence à aimer la ville.

Je montre mon travail à partir de 2008 puis 2010, 2014, 2016 dans ce lieu exceptionnel dans East Village : Danspace Project à Saint Mark Church qui est à la fois lieu de performance, maison de poésie et… église en activité. On doit laisser place aux offices une à deux fois par semaine ! Lieu magique et inspirant dirigé par Judy Hussy Taylor, infatigable découvreuse qui entretient un lien puissant avec la communauté chorégraphique.

En 2015, Cribles légende chorégraphique pour 1000 danseurs, créée en 2009 au Festival de Montpellier durant mon mandat de direction du CNDC d’Angers est transmise à une distribution américaine et performée sur Governor’s Island, île proche de Ellis Island et de Liberty Statue. Le « fond de scène », ce sont les gratte-ciels du bas de Manhattan ! On prend un ferry au bout de Wall Street et en 7 minutes de traversée… on lâche la frénésie de la ville.

Quand Sophie Claudel, attachée culturelle à l’Ambassade de France, me propose en 2011 de rêver à la ville, de travailler avec elle, ses habitants, je me dis qu’il faut faire le portrait des New-Yorkais certes mais aussi celui de ces lieux qui sont le théâtre du quotidien. J’ai l’impression d’avoir commencé les repérages il y a… 30 ans. Cinq années plus tard, l’artiste Jocelyn Cottencin et moi-même co-signons trois films-portraits qui composent l’installation A taxi driver, an architect and the High Line. Nous prolongeons et activons cette installation par une performance, puis un livre (Drunken Horses) et enfin une exposition.

Ground zero, Le Moma PS1, l’ONU, Queensborough Bridge, Coney Island, Hudson River, Meat Packing, Woolworth building, Zucotti Park, Queens Museum, Queens Project, Apollo Theater, Harlem, deviennent « intimes » à travers la mémoire sensible de l’architecte Rick Bell, du chauffeur de taxi Phil Moore et du vaste chantier de la High Line qui révèle aux New-Yorkais leur ville comme scène. Le bar Drunken Horse à Chelsea est devenu notre point de ralliement.

En face de New York, il y a Saint-Nazaire où j’ai choisi d’ancrer ma danse, mon travail.  


* Cela donne lieu 20 ans après à la parution aux Presses du Réel du livre Trisha Brown / Emmanuelle Huynh Histoire(s) et Lectures (2012).


Croquer la pomme


New York sans cesse recommencée. À l’instar de toutes les grandes villes, la big apple n’en finit pas de changer et de surprendre. Étrangère et familière à la fois. Liza Minelli, Woody Allen, Scorsese, ou encore Friends et Sex and the city… nous renvoient à NYC.

Y aller

Nombreux vols directs au départ de Paris CDG avec Air France, Lufthansa… ou via Amsterdam avec Delta, via Londres avec British Airways ou Lisbonne avec la TAP, le vol le moins cher mais aussi le (beaucoup) plus long.


S'y loger

Séjourner à New York peut coûter son paquet de dollars. Comptez un minimum de 150/200 € la nuit dans un hôtel de Manhattan. Bien noté et bien situé (entre Greenwich et East village), le PermaGO city hall propose par exemple une chambre à 153 €. En famille ou entre amis, la location d’un appartement, à Brooklyn par exemple, peut être une solution sympa.


S'y balader

On vous fait grâce de la visite de la Trump Tower ! Pour une première visite, l’Empire State permet d’embrasser l’ensemble de la ville et de plonger dans Central Park. Et, si vous y tenez, offrez-vous le survol de la Big Apple en hélico. Pas donné mais époustouflant.

Côté musées, on est gâté avec quelques nouveautés. Ouvert depuis deux ans, le Whitney n’a pas tardé à faire courir les amateurs d’art américain contemporain. Entre l’Hudson et la High line, le bâtiment est signé Renzo Piano. Le Withney n’est pas d’une folle élégance mais s’ouvre largement vers l’extérieur. Il offre, entre autres aménagements, une impressionnante salle modulable de 1675m2 sans la moindre colonne d’appui. Fermé le mardi, le musée abrite une collection permanente de 22 000 œuvres.

L’amateur d’arts et d’architecture fera également un tour au New Museum (235 Bowery). Ouvert en 2007, ce petit musée est un bijou architectural, signé Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, et abrite des expositions d’art contemporain. On retrouve aussi David Hockney, Chuck Close ou encore Robert Rauschenberg à la Pace Gallery, éclatée en trois espaces d’exposition sur W25th st et Midtown.

Les amateurs de whisky et d’insolite ne manqueront pas d’aller faire un tour à la Kings County Distillery de Brooklyn.



Illustration
© Elly Olman

MENU

  • Facebook
  • Instagram