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Une ville ailleurs : Varsovie



Texte et photos / Vincent Braud et Patrick Thibault Illustration / Ultralazer pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°62 - octobre-novembre 2018

Impossible d’imaginer, en arrivant à Varsovie, que cette ville a été détruite à plus de 80%. Si la “vieille ville” ne l’est pas tout à fait, la capitale polonaise s’ancre dans ce siècle. Sur le plan architectural et culturel.

Ville d’une Histoire pour le moins mouvementée, ballottée et meurtrie par des occupations successives, Varsovie s’est attachée (un peu trop ?) à gommer les traces de ses heures les plus sombres. Si ses remparts font partie du paysage, il ne reste rien, ou presque, du mur de 18 kilomètres qui encerclait le ghetto où plus de 400 000 juifs vécurent, entre 1940 et 1943, dans d’atroces conditions. Plus de 80 000 y moururent alors que, durant l’été 1942, des convois quotidiens de 6 à 8 000 personnes étaient envoyées en déportation.

La communauté juive a, aujourd’hui, pratiquement disparu. Il n’en reste pas moins un circuit du souvenir, avec un mémorial aux héros du ghetto, un imposant cimetière (plus de 200 000 tombes !) et un musée de l’Histoire des Juifs polonais. Inauguré en 2013, l’imposant bâtiment est signé Rainer Mahlamäki et Imari Lahdelma.

La “vieille ville” et ses façades ont été reconstruites à l’identique après la Seconde Guerre mondiale. Ce décor de carte postale fait le bonheur des touristes dans une débauche de boutiques et terrasses. Sur Ulica Freta se trouve la maison natale de Marie Curie qui a, un peu plus loin, sa statue, le regard tourné vers la Vistule. Mais c’est surtout d’un musicien dont la ville est très fière : Varsovie est “la” ville de Chopin. Il vous attend sagement sur un banc de l’université. Et son cœur battrait toujours, selon la légende, dans un pilier de l’église Sainte-Croix.


La mutation a réellement commencé au lendemain de la chute du Mur de Berlin.

Adossé à la vieille ville, de petites ruelles de Nowe Miasto permettent d’embrasser l’autre rive du fleuve. On y aperçoit le Stadion Narodowy. Signé du cabinet JSK, le stade de France polonais (de près de 60 000 places) est inauguré en 2012, Euro de football oblige. Mais la mutation a réellement commencé au lendemain de la chute du Mur de Berlin. Un étrange vaisseau de verre et d’acier, imaginé par Foster, s’est posé place Pilsudski. Ce contesté Metropolitan, ensemble de bars-restaurants et bureaux, donne le coup d’envoi d’une transformation de la ville. De cette place, impossible de rater le Palais de la culture et de la science. Le monument, offert par Staline au “peuple frère” au début des années 50, reste un point de repère pratique. Du haut de ses 230 mètres, le Palak Kultuty i Nauki fut longtemps le plus haut bâtiment d’Europe. S’il offre toujours, au 30e étage, une vision de la ville à 360°, il apparaît bien pataud à côté des tours de bureaux qui rivalisent d’élégance.

C’est, pour l’essentiel, autour de la gare, que se construit la Varsovie du XXIe siècle. La nouvelle gare (1975), Warszawa Centralna, a été remise à neuf et se retrouve, aujourd’hui, au cœur d’un vaste chantier. La Warsaw Spire, signée Jaspers-Eyers et inaugurée en 2016 a fière allure. Tout comme la tour résidentielle imaginée par Daniel Libeskind. Il n’est pas nécessaire de faire le tour des 250 boutiques et restaurants des Zlote Tarazy (les Terrasses d’or) mais la verrière de 10 500 m2, couvrant le hall d’entrée, est impressionnante. En attendant la Varso Tower de Foster et ses 50 étages, le Business Garden, un centre d’affaires à la campagne ou presque, pousse sur la route qui file vers l’aéroport. Entre la ville d’hier et celle de demain, Varsovie a de quoi nous faire rêver.





Circuit Kostar


Varsovie, c’est un entre-deux. Entre hier et demain, entre vestiges du XIXe et art déco du XXe, entre architecture soviétique et immeubles contemporains. Ces singularités, liées aux aléas de l’Histoire, sont aujourd’hui un moyen d’affirmer une personnalité. On ne recense pas un centre mais des centres. La ville branchée a pris ses quartiers au sud du palais de la culture. Ici, on fait feu de tout bois et on cultive allègrement le contraste. C’est là, notamment, sur ulica Poznanska et alentour, que fleurissent bars et restaurants en vue, boutiques de design et de créateurs. Et les prix restent doux. Varsovie est bien moins chère que Nantes, Rennes ou Angers.

De l’autre côté de la Vistule, on restaure le vieux quartier de Praga. Longtemps oublié, ce morceau de ville est en passe de devenir le plus vivant de Varsovie. Les vieilles brasseries en briques jouxtent les anciens collectifs. Y naissent librairies, galeries d’art et bars au milieu de boutiques d’une autre époque. Dans les arrière-cours, on découvre de petits oratoires qui, au-delà du kitsch, confirment le poids d’une religion catholique qui brosse la Pologne dans le sens du poil. Reste, comme antidote, l’art contemporain qui se fait une place davantage dans les galeries que dans les musées où il est un peu à l’étroit.



Y aller

Par la route, ça risque d’être un peu long. Une vingtaine d’heures de voiture à condition de ne pas traîner. En avion, un peu plus de deux heures. Et, au bout du compte, c’est plus économique. Air France, au départ de Roissy, propose des vols aller-retour à un peu plus d’une centaine d’euros.


S'y loger

Pas de problème pour séjourner à Varsovie sans faire “chauffer la carte” : appartement à partir de 40 € ou hôtel à partir de 50. L’hôtel Metropol, palace un peu défraîchi, vous héberge pour 80 € la nuit. Très présent à Varsovie et bien situé, le groupe Accor (Ibis, Mercure, Novotel, Sofitel…) offre souvent des promotions à tarifs attractifs dans des bâtiments parfois emblématiques.


Y manger

Il faut tordre le cou aux clichés qui veulent que l’on mange mal en Pologne. À Varsovie, les chefs sont nombreux à revisiter les recettes traditionnelles. À l’arrivée, ça donne une cuisine fusion, différente et originale, dans des décors impressionnants et une ambiance conviviale à prix imbattables. Osez l’élégance de Signature ou Elixir by Dom Wodki qui célèbre aussi la vodka !


Y faire la fête

La nuit venue, la jeunesse de Varsovie s’éclate. Sur la rue du même nom, Smolna est “le” club pour tout ce qui touche à l’électro. Parmi les guests de septembre, Dave Clarke, Tiga, Ryan Elliot… Autre spot, pour profiter d’une vue panoramique by night, The View, au 35e étage d’une tour sur ulica Twarda. Rendez-vous des beautiful people. On y va pour voir mais aussi être vu. Donc un peu m’as-tu-vu et pas vraiment donné.

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