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Yvann Alexandre, danser à l’infini



Texte / Vincent Braud * Photos / Mathilde Guiho Publié dans le magazine Kostar n°84 - février-mars 2023



Dans ce grand Ouest riche de créateurs, Yvann Alexandre tient une place particulière. Le chorégraphe aurait pu imaginer une grande fête pour les 30 ans de “sa” compagnie. Rien de tout ça. Il s’en tire par une pirouette : « Ce qui m’intéresse, c’est la danse de demain… »


30 ans ? Et alors ? Yvann Alexandre répond presque par une boutade. La danse est une vieille histoire. À cinq ans, il voit des enfants jouer à “faire les papillons” dans un cours d’éveil de l’amicale laïque de La Roche-sur-Yon. Et c’est parti.

En bonne compagnie

« Je n’avais jamais vu un spectacle de danse mais je m’y suis vite retrouvé… » Le jeune Yvann y avait trouvé son espace de liberté. Conservatoire de La Roche-sur-Yon, puis de La Rochelle où il intègre une section danse-études. Avec, déjà, une idée bien précise : faire danser les autres. Chorégraphe, oui, danseur… « Le plateau est mon espace d’expression mais ce sont les autres qui dansent… » C’est déjà l’écriture du mouvement qui l’intéresse. n On retrouve Yvann Alexandre à Montpellier. Une capitale de la danse mais aussi la ville qui accueille Dominique Bagouet. « La rencontre avec Dominique a été mon premier choc artistique. » Le second, plus personnel, sera la brutale disparition du chorégraphe en 1992. Avec, ensuite et à 17 ans seulement, des comparaisons qui lui feront plus de mal que de bien. La lumière brutale des projecteurs aurait pu le laisser à terre. « J’ai très vite compris que créer n’allait jamais sans risque et avait un prix. »

Fidèle, fidèle...

30 ans plus tard, la compagnie qui porte son nom fête ses… 30 ans. S’il lui est arrivé de (se) sacrifier à l’exercice du solo, c’est le travail d’équipe qui le passionne. La compagnie se construit, se modifie en fonction des créations mais dans la fidélité. Un groupe de techniciens et de danseurs, dans un joyeux mélange d’origines et de générations, l’accompagne dans ses projets. On pense à Olivier Blouin aux lumières, aux danseurs Christian Bourigault, Claire Pidoux, Marie Viennot, Alexis Hédouin, Fabrizio Clemente… et à tous les autres. n Des liens se tissent bientôt en France – Montpellier, Avignon pour les Hivernales, Paris pour Faits d’hiver… – et à l’étranger. Yvann Alexandre se retrouve régulièrement au Québec (à nouveau en mars 2023) pour des résidences de création et des tournées. Un compagnonnage qui permet au chorégraphe d’accueillir en retour des artistes québécois à Nantes dans le cadre du projet Archipel (1). n Pour le chorégraphe, la fidélité va de pair avec la transmission. Et ce n’est pas une formule. Dans le théâtre (dont il a pris la direction en 2019), les portes sont désormais largement ouvertes. Pour des spectacles de danse mais pas que… pour des expos, des films mais aussi des rencontres artistiques (lire ci-dessous).

Dans le mouvement

Avec le temps peut se poser la question de la transmission d’un répertoire. Lorsque Diane Peltier, à la tête d’Epsedanse à Montpellier, se propose de reprendre Loony avec de jeunes élèves, Yvann Alexandre y voit un clin d’œil (ces deux-là ont longtemps travaillé ensemble) en même temps qu’une occasion de voir “danser les autres” sur des lignes qu’il a écrites en 1998. n 25 ans plus tard, le-toujours-quadra a conservé intacte une envie de créer en toute liberté. Au risque de surprendre en revisitant, par exemple, le sacro-saint Lac des cygnes. Après une longue gestation, Se méfier des eaux qui dorment sort en 2021. Dans un pays qui aime enfermer les artistes (et les autres ?) dans des cases, le mot “ringard” est lâché. Les diffuseurs, eux, applaudissent et ces eaux-là continuent de bien tourbillonner. n Et ce “calligraphe de l’intime” poursuit sa route, cette année, avec Infinité. Un duo (pour quatre interprètes !), partagé entre solitude et amour, entre hier et aujourd’hui, explorant le champ des possibles. Une nouvelle étape dans ce voyage commencé il y a 30 ans.


Infinité Le Quatrain, Haute-Goulaine, 28 février Jardin de Verre, Cholet, 4 avril Scènes de pays, saint-macaire-en-mauges, 14 avril Théâtre Quartier Libre, Ancenis, 23 mai Le Carroi, La Flèche, 4 mai THV, Saint-Barthélémy-d’anjou, 26 mai le lieu unique, Nantes, 1er et 2 juin


(1) Soutenu par les collectivités territoriales, le projet Archipel permet des échanges avec le Québec mais aussi la Tunisie.



Un laboratoire culturel

Lorsqu’il prend la direction de la salle Francine Vasse, en 2019, le théâtre ronronne depuis quelque temps. La crise du Covid passée, Yvan Alexandre met en place son projet : ouvrir ce lieu sur la ville et sur la vie artistique. Non pas le théâtre d’une compagnie, la sienne, mais un espace de bonne compagnie. Avec, dans un bâtiment rénové et relooké, scène et plateau ouverts aux artistes. De toutes disciplines.

Ces “laboratoires vivants” sont, en même temps, un espace de création, de rencontres, d’immersion où amateurs et professionnels rencontrent le public. Enfants, lycéens voisins, parents, chacun y a sa place. Et ce théâtre pas comme les autres, véritable labo culturel, propose un agenda foisonnant de spectacles, projections, expositions… “dans l’élan des liens”, selon l’expression de son directeur.

Théâtre Francine Vasse, 18 rue Colbert, Nantes. leslaboratoiresvivants.com

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