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Alain Fouquet : “Ne plus raisonner en terme de coûts mais en terme d’investissements.”


Interview / Patrick Thibault * Photos / Keno

Publié dans le magazine Kostar n°42 - octobre-novembre 2014



Ancien avocat après avoir été éducateur spécialisé, Alain Fouquet est le nouvel élu à la culture de la nouvelle majorité de droite. Il évoque volontiers l’image du relai qui est un véritable changement dans la continuité. Il compte profiter de l’abandon du projet Rives nouvelles, initié par l'ancienne équipe, pour mener à bien le grand projet de conversion de la prison en centre d’art.


Quel est votre rapport à la culture ?

Mon histoire personnelle ne fait pas de moi un professionnel de la culture. Je me suis nourri de la musique des années 60, 70 et 80. J’ai été dans la culture de la défense et maintenant j’ai l’ambition de la défense de la culture. J’ai un rapport d’émerveillement à la culture.


Quels sont les atouts d’Angers en matière culturelle ?

Angers est une ville du beau et c’est un atout pour la culture. Les créateurs ont d’abord besoin de se trouver dans des endroits qui les inspirent avant même d’avoir de l’argent. Angers a l’atout de son histoire culturelle car mes prédécesseurs ont fait un travail fantastique.


Christophe Béchu a fait campagne sur une dynamique de changement et vous inscrivez dans la continuité…

Il y a une rigoureuse correspondance entre ce que j’ai développé avec lui pendant la campagne et ce qui est aujourd’hui mis en œuvre. Le reproche que je fais à l’équipe précédente, collectivement, c’est de ne pas avoir imaginé une politique culturelle innovante. S’il y a un champ dans lequel il n’est pas possible de concevoir le changement comme autre chose qu’une révolution, c’est bien la culture. Mais on ne peut pas dire « avant c’était nul et avec nous, vous allez voir ce que vous allez voir ».


Qu’est-ce qu’on envie de changer quand on arrive au pouvoir ?

Nous avons voulu changer l’état d’esprit des rapports entre les acteurs de la culture. Je pense que s’il est un champ où on doit aimer ce qu’on fait et faire ce qu’on aime, c’est celui-là. Cette exigence est croissante. Elle doit être totale. Ça ne se voit pas beaucoup mais ça pose le fondement d’une politique culturelle.

“S'il y a un champ dans lequel il n'est pas possible de concevoir le changement comme autre chose qu'une révolution, c'est bien la culture.”

Au-delà de l’état d’esprit, vous pouvez assumer une démarche de changement ?

Le changement, ça fait 40 ans que j’entends ça. Si vous ne dites pas que vous allez changer, vous n’êtes rien. Mais il se trouve qu’à Angers on a une offre culturelle fantastique. Dans une situation de crise, on doit s’intéresser non pas à ce que la société doit apporter à la culture mais à ce que la culture peut apporter à la société. Ça veut dire travailler en synergie avec le tourisme ou la vie économique. On ne doit plus raisonner en terme de coûts mais en terme d’investissements.


Vous êtes un élu de gauche dans une municipalité de droite, allez-vous faire une politique culturelle de gauche ou de droite ?

Je suis très demandeur de la définition d’une politique culturelle socialiste ou verte ou de droite. Je ne veux pas fuir la question. Quand on a parlé avec Christophe Béchu, je me suis demandé « Qu’est-ce que c’est être de gauche ? » J’ai toujours voté à gauche, j’avais les cheveux très longs, j’étais fan des Beattles et de Joe Cocker, j’étais en conflit avec mon père gaulliste. J’ai décidé de voter à gauche. Je m’inscris en tant qu’individu dans l’histoire de la gauche. Les grandes conquêtes sociales de la gauche, l’attention de la gauche au monde du travail et la notion d’éducation populaire.


Le cœur du projet culturel, c’est la réhabilitation de la prison en centre d’art. C’est un grand projet comme on n’en fait plus. N’est-ce pas tout simplement un projet virtuel ?

Vous exprimez ce qui est inhérent à tout projet. L’envers du désir. L’angoisse qu’on n’y arrive pas. En politique, il faut avoir les idées, les exprimer et les mettre en œuvre. Ce n’est pas un projet virtuel. Il est extrêmement moderne, contemporain parce qu’il ne s’agit pas de créer un nouveau musée, ou une nouvelle structure. On prend une structure qui existe, on la sublime et on lui donne un sens culturel.


“On ne doit plus raisonner en terme de coûts mais en terme d'investissements.”

Mais est-ce que ça peut vraiment se réaliser ? La prison est en activité, appartient à l’État, il faut trouver le budget…

Est-ce qu’on va obtenir enfin le transfert de ce tombeau, ce lieu d’indignité où l’on enterre vivant les gens. Cette prison est humainement insupportable. J’espère que le ministère va enfin s’en rendre compte. J’ai été bâtonnier, Christophe Béchu est sénateur. Nous mettons toute notre énergie en activant nos réseaux. C’est un combat, ce n’est donc pas virtuel.


Avez-vous vu l’expo de la prison Sainte Anne cet été à Avignon ?

Oui. La grande différence c’est qu’ils ont fait un musée provisoire. C’est glaçant car il n’y a pas de vie. Nous voulons faire le contraire. Un lieu de résidence avec de la musique, des expos, un lieu de diffusion. Ça changera tout. Ce type de prison tue les gens et tue l’art si on se contente d’en faire un lieu d’exposition. Nous voulons en faire un lieu de vie.


Le changement essentiel apporté en matière culturel par l’équipe, c’est l’abandon du projet Rives nouvelles

Oui, mais comme l’équipe précédente, nous intégrons la culture dans un projet urbain. Nous allons construire un grand projet culturel qui s’inscrit dans une démarche d’urbanisme. On est en train de bâtir des synergies entre les établissements, les structures. On va redéployer les lieux, les ouvrir sur la ville. Le Festival d’Anjou va venir au Château et s’élargir dans le temps. Nous allons amener les festivals Premiers plans et Cinémas d’Afrique au Grand Théâtre. Nous voulons que la Ville s’ouvre au Grand Théâtre qui est un point de ralliement. Je pense que ça va décoiffer.

“Je dois rencontrer mon collègue de Rennes. Je me dis qu'on a intérêt à travailler en synergie entre les trois villes.”

Que va-t-il advenir du budget culturel ?

Le budget culturel est un budget comme les autres. Il sera soumis aux mêmes règles de discipline. Mieux vaut être transparent et pragmatique et dire qu’il n’y a aucune raison qu’il soit sanctuarisé. Je veux défendre le budget, intelligemment et fermement. Si on ferme la lumière, on n’aura plus de rayonnement. Et l’objectif d’Angers, c'est de mettre la culture en avant pour valoriser son image. Angers dit qu’il n’y a pas de raison de sanctuariser mais pas non plus de raison d’amputer.


Quid des petits lieux qui permettent l’émergence des jeunes artistes ?

Je crois qu’il faut multiplier les lieux mais surtout la visibilité des acteurs à la fois privés et publics susceptibles de fédérer les créateurs émergents. Je vais chercher à favoriser les collectifs. Il ne peut pas y avoir de création sans partage, sans critique. Notre équipe souhaite donner au privé toute sa chance, le soutenir autant que nous le pouvons. Le collectifs des bar-bars sera un des moyens.


Quelle vision avez-vous de la politique culturelle de Nantes et Rennes ?

J’ai le sentiment que ce qui intéresse Rennes et les Bretons, c’est la politique. À Nantes, c’est l’industrie. Il y a certainement une culture pour tous très forte à Rennes, ville étudiante. Nantes est dans une démarche de rentabilisation de la culture.


Des projets de collaboration ?

Avec Nantes, nous avons l’Opéra. Ce que nous sort Angers Nantes Opéra, c’est juste fantastique. Et je dois rencontrer mon collègue de Rennes. Je me dis qu’on a intérêt à travailler en synergie entre les trois villes.


Ou a-t-on des es chances de vous croiser cette année ?

Place du Ralliement !


Angers, le 26 août 2014


La politique culturelle d'Angers en un tweet

La culture de la culture.


5 dates clés


1969 Woodstock avec Joe Coocker


27 février 1968 Accident automobile


1981 Abolition de la peine de mort en France


9 juillet 2013 Son entretien avec Christophe Béchu


La naissance de ses 4 enfants

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