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François Delarozière, interview recto/verso

Mis à jour : 22 août 2019



Interview / Patrick Thibault * Photos / Tangui Jossic pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°65 - avril-mai 2019


Interview recto

Les Machines pour vous, rêve de gosse ou voie royale ?

Ni l’un ni l’autre. Je ne suis ni geek, ni fou de robots. Plutôt que les machines, ce qui m’intéresse, c’est le mouvement et le vivant.

Quel est le principal atout de vos machines ?

Provoquer la rencontre et favoriser les échanges émotionnels. Partager les émotions et les échanger, c’est ce qui fait l’humanité !


Araignée ou éléphant ?

Araignée et éléphant : j’aime autant les Machines de l’Île que celles de spectacles. Je ne fais pas de hiérarchie. Pareil pour la taille, ce n’est pas parce qu’un animal est plus grand qu’il va provoquer plus d’émotion.

Quelle est la part de la technique et de l’artistique ?

La technique fait partie de l’expression artistique. C’est un outil merveilleux qui peut être source d’expression. Je rejoins Duchamp qui disait que l’art est partout, tout le temps et à la portée de tous.

Comment produit-on de l’émotion avec une machine ?

Par le mouvement et la façon dont on utilise le langage du mouvement. Le mouvement exprime la vie et c’est la vie qui génère de l’émotion.


Qu’est-ce qui vous inspire ?

Le vivant. Le paysage m’inspire énormément. L’architecture, les matières, une musique, un film, un regard, un échange avec une personne, une œuvre qui m’a ému.


Quelle histoire racontez-vous ?

Je ne suis pas un grand narrateur. Mon expression est plus plastique, proche de la danse ou de ce type d’expressions. Je pratique une narration de l’image. Derrière chaque geste ou chaque intention, il y a toujours une histoire.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

Je ne recherche pas la fierté. Quand on va au bout, on est heureux de provoquer de l’émotion mais c’est un retour nécessaire pour donner du sens à ce qu’on fait.


Êtes-vous fier que l’Éléphant soit le symbole de Nantes ?

L’éléphant est l’un des premiers centres d’intérêt mais le Petit Beurre LU en est le symbole. Nous n’avons pas à préempter l’imaginaire d’une ville, nous ne l’avons jamais voulu.




Interview verso

On a dit que l’arbre aux hérons sera la Tour Eiffel de Nantes, n’est-ce pas un peu exagéré ?

L’arbre ne s’exprime pas dans sa monumentalité. C’est plutôt une matière ciselée, sensible, comme un bijou à l’échelle d’une ville. Une perle ouvragée qui devrait avoir la puissance d’un diamant.

L’arbre aux hérons ouvrira-t-il en 2022 comme prévu ?

Probablement pas. Il faut plus de temps pour le faire. 2023 ou 2024 : ça dépend de la prise décision et de l’engagement financier.

Avez-vous les moyens de vos ambitions ?

Non, j’ai souvent trop d’ambition pour les moyens qui permettent de réaliser un projet. Seul, un sur dix que je dessine voit le jour. À l’échelle à laquelle je travaille, sans ambition à tous les niveaux, ça n’aurait plus de sens.

Des machines pour Orange Blossom, c’est votre caution culturelle ?

J’ai réalisé ce projet par envie et plaisir. Je ne cherche pas la caution culturelle. Je ne cherche pas non plus une reconnaissance en tant qu’artiste.

Que dites-vous à ceux qui considèrent que vous avez créé un parc d’attractions ?

Je les incite à retourner à Disneyland ou au Puy du Fou, puis à revenir croiser le regard des gens au réveil de l’éléphant ou lors du mouvement des machines. On peut rendre ça péjoratif ou y trouver une noblesse extraordinaire.

À La Roche-sur-Yon, vous rêviez de vous mesurer à Napoléon ?

Plutôt que de s’y confronter, avec Alexandre Chemetoff, on a essayé de prendre dans Napoléon ce qu’il y avait de plus riche et constructif pour une société. Intégrer l’histoire dans l’aventure.

De quoi êtes-vous le moins fier ?

De ne pas avoir réussi à créer un téléporteur et de ne pas avoir le don d’ubiquité.

On parle de vous à Toulouse, pourquoi cette infidélité à Nantes ?

Je suis touché que des Nantais se sentent un peu trahis, ça prouve leur attachement à mon travail. Je les en remercie mais il est difficile de circonscrire le travail d’un artiste à un territoire.

Quels sont vos prochains terrains de jeux ?

Calais qui va installer des machines dans toute la cité. La Chine, Ottawa mais aussi le centre de la Bretagne, autour de Lanrivain avec le festival Lieux Mouvants.


Les Machines de l’Île, Nantes. Les animaux de la place, La Roche-sur-Yon


Illustration
© Elly Olman

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