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La Fraicheur : “Être stylée, c’est être soi-même”


Interview / Matthieu Chauveau * Photo / Christophe Mauberqué Publié dans le magazine Kostar n°76 - été 2021

Vous êtes quelqu’un de stylée, depuis quand faites-vous attention à votre look ?

Depuis que je suis ado. En tant que femme queer, je me suis vite sentie différente des propositions que la mode offrait aux jeunes filles de mon âge. Je me suis ensuite de plus en plus détachée de ces questions d’apparence. Aujourd'hui, je suis suffisamment affirmée dans mon identité pour ne plus avoir autant besoin des fringues pour l'exprimer.


Pensez-vous avoir le costume de l’emploi ?

Pas vraiment. En tant que DJ techno, je devrais être habillée en noir de la tête aux pieds. C’était un peu le cas quand j’habitais Berlin mais dès que j’ai emménagé à Barcelone, il y a quelques années, j’ai eu envie de ne porter que de la couleur.


Comment choisissez-vous votre costume de scène ?

Il faut qu’il y ait le moins de tissus possible. Je danse énormément quand je joue, donc je suis en mode athlète : un short et un débardeur, été comme hiver, peu importe l’heure à laquelle je joue, si c’est en plein air ou dans un club... En fait, mes DJ sets pourraient être sponsorisés par Décathlon !


Quel rapport entretenez-vous avec la mode ?

Conflictuel. D’un côté, la mode est une manière d’exprimer son identité. De l’autre, la mode, en tant qu’industrie, est très problématique pour moi aussi bien en terme d’imposition des standards de beauté qui oppriment la majorité des femmes, qu’en terme d’écologie avec la fast fashion. J’achète d’ailleurs l’essentiel de mes fringues dans les friperies.


“Aujourd’hui, j’ai 38 ans, je sais qui je suis et où je vais. J’ai moins besoin de la validation que peut apporter la mode.”

Pensez-vous être à la mode ?

Je ne suis pas sûre. Aujourd’hui, j’ai 38 ans, je sais qui je suis et où je vais. J’ai moins besoin de la validation que peut apporter la mode.


Être à la mode, c’est quoi pour vous ?

L’inverse d’être stylée. Être stylée, c’est être soi-même, avoir une esthétique qui raconte son identité. Être à la mode, c’est rentrer dans un moule qu’une industrie a préparé pour vous.


Avez-vous déjà retourné votre veste ?

Rhétoriquement parlant, pas vraiment. J’ai tendance à être une meuf de principes. Mais j’étais jeune adulte au début des années 2000, à une époque où les trucs réversibles étaient très tendances donc, littéralement parlant, bien sûr que j’ai retourné mes vestes et même mes pantalons. J’ai été éduquée à la mode Kris Kross.


Avez-vous déjà pris des vestes ?

Plein. C’est pas possible d’avancer dans une carrière artistique sans comprendre qu’il va falloir se prendre des portes, des refus, des échecs et toujours passer au-dessus. Ça fait partie de la vie d’artiste.


Qu’y a-t-il dans votre valise quand vous partez en tournée ?

Des shorts et débardeurs de plusieurs couleurs pour la scène, pas mal de vinyles pour mes live et toujours deux bouquins : un roman et un essai qui est souvent politique. C’est important d’avoir quelque chose à lire en fonction de mon humeur, qui n’est pas forcément la même quand je sors d’un club ou quand je suis dans un aéroport.


À qui voudriez-vous tailler un costard ?

Emmanuel Macron. Parce qu’il a réussi un incroyable tour de passe-passe : faire croire à tout le monde qu’il était modéré alors que c’est le mec le plus à droite depuis Sarkozy.


Quel est le comble du chic ?

La simplicité. Même pas le minimalisme, qui veut dire qu’on a mis beaucoup d’intentions dans cette simplicité : plutôt une sorte de désinvolture.


Le comble du mauvais goût ?

Un comportement, un objet, un vêtement qui crie le fait qu’on a envie d’être le centre du monde.


Qui rêveriez-vous de déshabiller ?

Quelqu’un qui serait consentante.


Votre premier tee-shirt de groupe ?

Le premier qui a vraiment compté était un tee-shirt de Jordan, un groupe de post-punk lo-fi dont je me suis occupé dans une autre vie, quand j’étais manager à Paris. J’adorais le porter parce que ça représentait vraiment mon univers, mon son, mes valeurs… C’est aussi à ça que sert la mode.


Scopitone, Nantes, le 18 septembre.

M.A.D., chorégraphie Julien Grosvalet, en 2022.