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Nicolas Demorand, interview recto/verso



Interview / ? * Photos / Yann Peucat pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°30 - avril-mai 2012


Interview recto

Directeur de Libé, ça laisse un peu de temps pour autre chose ?

Non. 24h sur 24, je pense au journal. Quand je lis un livre, je me demande si ce serait bien pour le journal. Si je prends trois jours de vacances, je suis de fait juridiquement responsable de ce qui se publie dans le journal. 365 jours par an.


Avez-vous déjà une idée de la Une du lundi 7 mai ?

Non. À ce stade, aucune idée ! La Une est un travail collectif, extraordinairement tendu. C’est un moment qui peut durer 10 secondes comme 4 heures. J’imagine l’ambiance, mais absolument pas la Une.


Votre meilleur édito ? Les éditos pendant l’affaire DSK étaient extrêmement compliqués. En les relisant, je trouve que Libé a tenu une ligne qui n’était pas facile, et l’a bien tenue.


Twitter vs Facebook ?

Je ne vais quasiment plus sur Facebook depuis que je me sers de Twitter. Après avoir été assez dubitatif, je suis tombé dans une forme d’addiction totale. Pour moi, ça a remplacé Facebook, et le jeu vidéo. Avant, le temps de l’info, c’était la dépêche AFP. Aujourd’hui, c’est le tweet.


Quelle est la partie du job que vous préférez ?

Quand Libération a la main, fait l’actualité, sort les infos, donne le rythme du débat public, ce sont des moments de fierté pour le titre.



Interview verso

Que jalousez-vous dans Le Figaro ?

Comme le vrai métier de l’actionnaire principal est de vendre des armes et des avions, ils ont beaucoup plus d’argent que Libération. Je leur envie un peu leur richesse, car ça coûte très cher de faire du journalisme de qualité.


Quel effet cela vous fait-il quand Xavier Bertrand (UMP) utilise un papier Désintox de Libé pour justifier un point de vue ?

C’est certain que jamais aucun homme politique de gauche ne s’est servi d’une information du Figaro à l’appui de son propos ! Le patron de la rédaction du Figaro a clairement dit qu’il n’enquêterait pas sur l’affaire Karachi ni sur aucune autre affaire qui gêne le pouvoir. Être capable d’utiliser les outils journalistiques sur une famille de pensée dont on peut se sentir proche, c’est pourtant ce qui fait la dignité et la qualité d’un journal.


Pourquoi Claude Guéant est-il aussi méchant ?

La relation qu’entretient Libé avec Claude Guéant n’est pas bonne, et je ne parle même pas des valeurs. Les titulaires de la rubrique Désintox ont le chic pour passer au scalpel ce qui est de l’ordre de l’entourloupe démagogique scandaleuse et ce qui est de l’ordre de la manipulation des chiffres.


Faut-il être de gauche pour être journaliste à Libé ?

C’est plutôt conseillé. On ne recrute pas sur critères politiques, mais il vaut mieux être en affinités avec les valeurs du titre. Ceci dit, il y a plusieurs gauches à Libé. Nous sommes un journal d’opinion. Nous produisons avant tout de l’information de qualité, qu’importent les options politiques ou civiques qui s’expriment.


Bon ! C’était quoi ce vilain survêtement Adidas ? Un pari perdu ?

Il y a débat sur la qualité de mon survêtement ! Aujourd’hui, je suis habillé comme je ne le suis quasiment jamais, avec une veste, des chaussures en cuir pour faire un peu sérieux. Le jour où Charlie Hebdo a brûlé, toutes les télévisions de France ont débarqué à Libé, et il se trouve que je ne suis pas retourné chez moi exprès pour me changer !