Rechercher

Sophia Aram, interview recto/verso



Interview / Patrick Thibault * Photos / Ernest Sarino Mandap pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°68 - décembre 2019-janvier 2020


Interview recto

Qu’est-ce qui caractérise votre humour ?

C’est un humour sérieux. Disons que j’aime susciter le rire en partant de choses sérieuses.

Comment être drôle avec des choses aussi graves ?

C’est tout l’intérêt : prendre un événement dramatique et essayer de le tordre pour en rire plutôt que d’en pleurer.

L’humour peut-il changer le monde ?

Je ne pense pas, hélas. Ça serait génial mais je reste réaliste.


France Inter ou France rurale ?

Les deux, pourquoi ça serait incompatible ? France Inter est la radio de tous les Français. Je suis urbaine mais je ne pratique pas un humour parisien et je suis heureuse de sortir des murs.


Quelle différence entre le spectacle et la radio ?

Le temps et la durée. On n’y écrit pas de la même manière. Le temps long permet de développer, ruser, chanter, danser… Le jeu est plus simple sur le temps long.


Des nouvelles de Ludovine de la Malbaise ?

Elle me gave. Si elle pouvait fermer sa gueule, on aimerait bien ne pas avoir à la ressortir du placard ! Je l’ai mise en sommeil car je n’avais pas envie de la rendre sympathique. Elle a des idées moisies, représente des gens qui ne s’expriment que pour s’opposer à des droits. C’est pour moi une incompréhension totale.


D’où vient ce don pour l’imitation ?

Je ne sais pas si c’est un don. J’imitais Le Luron et les imitateurs. J’aime ce côté amuseur. Je préférerais “amuseuse” mais j’ai l’impression que ça n’a pas de féminin.

Comment être du soir et du matin ?

Il suffit de faire des siestes. Je suis championne des siestes de 20 minutes !

Peut-on rire de gens qui n’ont pas d’humour ?

Rire d’eux oui. Avec eux moins !




Interview verso

Ne faites-vous pas trop de pub à vos cibles préférées ?

Je pense qu’il faut aussi pouvoir les démolir. Si on se l’interdit, il n’y a plus d’espace pour les moquer et les railler. À partir du moment où une chaine diffuse un extrait de débat avec eux, j’ai le droit de critiquer.

Comment faire rire les gens qui ne pensent pas comme vous ?

Je n’essaie pas de les convertir. J’ai conscience d’être clivante mais je peux aussi être une caricature de moi-même. Je suis systématiquement féministe, anti-raciste, opposée aux anti lgbt+. Ça doit les faire marrer tellement je suis prévisible.

Est-il possible de faire de l’humour sans “radioter” ?

Bien sûr. Regardez Muriel Robin et Arnaud Tsamère. Il se trouve que j’ai été une grande auditrice avant d’être chroniqueuse. Humour et radio, c’est une tradition chez moi.

Peut-on dire que vous êtes politique avant d’être drôle ?

Dans un pays libre, on peut. Mais moi, j’ai décidé que je préférais les idées d’abord. J’ai tranché : je ne trahirai pas mes opinions, la vérité ou les faits, pour un bon mot.

Pourquoi vivre sans sexisme ?

Parce que ça fait trop longtemps qu’on vit avec. Faudrait juste essayer.

Comment éviter d’être donneuse de leçons ?

Je ne pense pas l’être. Je livre un point de vue et on n’est pas habitué au fait que les gens ne soient pas tièdes. Mais je n’ai pas peur qu’on ne soit pas d’accord avec moi. Je suis de gauche, féministe, pas sexiste, on a le droit d’en discuter.

L’homme est-il une femme comme les autres ?

C’est difficile de répondre à une question comme ça. On range trop dans des catégories. J’aimerais qu’on se pose moins une question de genre et plus une question de personnes.

Sophia Antipolis ou pro-Bulgare ?

Je ne suis pas anti police. Je suis pour une police juste, qui évite les contrôles au faciès et qui n’abuse pas de la violence au moment des manifs. J’ai eu des contacts très cordiaux avec des policiers. J’ai envie de croire en nos services publics et de les défendre.

Qu’est-ce que ça fait de passer à Carhaix Plouguer avant Céline Dion ?

Les gens vont dire que je passe en première partie de Céline Dion, c’est ça ? Je suis incapable de vous chanter une chanson de Céline mais je ne veux pas fâcher ses fans. La vie fastueuse de Céline est pourtant un bon prétexte à blagues.


Espace Glenmor, Carhaix-Plouguer, 15 novembre

Théâtre, Laval, 6 décembre

Quai des Arts, Pornichet, 7 décembre 

Carré Magique, Lannion, 18 décembre

Piano’cktail, Bouguenais, 10 janvier

Centre Culturel Juliette Drouet, Fougères, 22 janvier


bandeau.jpg

Illustration
© Alexia Moutel

MENU

  • Facebook
  • Instagram