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Terrenoire : “Il y a une quête infinie du cheveu chez Terrenoire”



Interview / Matthieu Chauveau * Photo / Elisa Beaudoin Publié dans le magazine Kostar n°79 - février-mars 2022



Vous êtes tous les deux stylés, depuis quand faites-vous attention à votre look ?

Stylés, ça dépend ! Il faut venir marcher avec nous dans les collines autour de Terrenoire, le quartier de Saint-Étienne d’où on vient, pour se rendre compte qu’on n’est vraiment pas stylés tout le temps. Là-bas, on porte volontiers les baskets usées de nos 15 ans, les vestes de notre mère, les bonnets de notre père…


Pensez-vous avoir le costume de l’emploi ?

On a la chance d’avoir des gabarits qui permettent de nous habiller un peu n’importe où. Donc si on se donne les moyens, on peut avoir la gueule de l’emploi mais ça demande toujours un effort de rentrer dans un magasin de vêtements. C’est pas la chose la plus intuitive pour nous.


Comment choisissez-vous votre costume de scène ?

Quand on le porte, il faut qu’on sente une transformation, un peu comme un costume de super-héros, avant de redevenir incognito. Pour la tournée en cours, on a choisi des tenues avec des couleurs unies, qui se répondent bien : claires pour l’un et foncées pour l’autre. Des vestes en tissus assez épais, avec des poches. Genre bleus de travail ou uniformes d’artisan. On a toujours aimé ça.


Quel rapport entretenez-vous avec la mode ?

Un rapport intermittent, complexe. On aime être stylé mais la plupart du temps, on n’y pense pas. Ce rapport schizophrénique à la mode nous va bien, parce que quand on est musicien, il faut quand même plutôt pas mal penser à la musique (sourire)…


Pensez-vous être à la mode ?

Pas vraiment. Mais on pense qu’il faut accepter d’être très légèrement à côté de la mode, dans sa singularité à soi, voire même dans sa ringardise. Venant de Saint-Étienne, on s’est d’ailleurs rendu compte qu’on n’était pas forcément habillé comme les autres en arrivant à Paris. Ça racontait quelque chose de sociologique, d’une classe sociale de laquelle on vient.


“On aime être stylé mais la plupart du temps, on n’y pense pas.”

Avez-vous déjà retourné votre veste ?

Artistiquement : pas vraiment. Par contre, très souvent pendant des matchs de foot quand on se rend compte que la situation n’évolue pas en faveur de notre équipe favorite…


Avez-vous déjà pris des vestes ?

Bien sûr mais qui n’en a pas pris ? Les vestes, c’est important pour l’éducation, pour calmer son ego. Ça peut aussi faire écrire de belles chansons quand on s’imagine ce qu’on n’a pas pu vivre à cause de l’échec.


Qu’y a-t-il dans votre valise quand vous partez en tournée ?

Nos tenues de scène et surtout un bon rasoir. Dans les différentes loges de France, on a toujours le rituel de se raser quelques heures avant le concert. Autre point essentiel pour nous : les cheveux. On apporte toutes sortes de produits pour en prendre soin, les nourrir : de l’huile, des crèmes coco, de l’aloe vera… Il y a une quête infinie du cheveu chez Terrenoire (rire) ! On nous appelle d’ailleurs souvent les frangins frisés.


Quel est le comble du chic ?

C’est une histoire d’équilibre extrêmement subtil entre l’âme d’une personne et son apparence. C’est très rare et ça peut toucher n’importe qui : un inconnu croisé dans la rue aussi bien, voire plus, qu’une célébrité…


Le comble du mauvais goût ?

Nous ne savons pas ce qu’est le mauvais goût mais la saleté, c’est quand même pas chouette.


Quelle personnalité voudriez-vous relooker ?

Vouloir relooker quelqu’un signifierait qu’il s’habille mal. Nous ne souhaitons « bitcher » sur qui que ce soit.


Qui rêveriez-vous de déshabiller ?

Le mystère qui plane au-dessus de nos existences. Et pour cela, il faudrait peut-être mettre à nu Gilles Deleuze.


Vos premiers tee-shirts de groupe ?

Des tee-shirts de Benighted, un groupe death metal qui vient de par chez nous. Ils enregistraient, il fut un temps, chez notre tonton. Ce sont les souvenirs d’un concert qu’on avait fait ensemble pour une grande comédie musicale, quand on avait 12-13 ans.


Nommés aux victoires de la musique, catégorie révélation masculine Les forces contraires : la mort et la lumière, nouvel album.