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Thomas Jolly : “Richard était monstrueusement théâtral !”


Interview / Patrick Thibault * Photo / Chloé Le Drezen Publié dans le magazine Kostar n°47 - octobre-novembre 2015

Après le formidable succès d’Henry VI et ses 18 heures de spectacle, Thomas Jolly récidive en montant Richard III qui ouvre la saison du TNB. C’est l’un des événements phares de cette rentrée.


Pourquoi avoir voulu aller jusqu’au bout de la tétralogie après Henry VI

J’avais abandonné les personnages et la narration à la fin d’Henry VI. Il était pertinent, en terme de forme, d’aller au bout. Mais, dans le contexte européen d’une société en crise, qui n’est plus en capacité de discernement parce qu’angoissée et repliée sur elle-même, je trouvais très pertinent de monter une pièce qui laisse un monstre accéder au pouvoir.


Ça sera donc une vision très politique ?

Shakespeare n’est pas un auteur militant. Il poétise l’Histoire. Quand on regarde cette tétralogie, on voit, au XVe siècle, un état de crise se propager dans toutes les couches de la société. Je compte sur l’intelligence des spectateurs pour relier à notre société. C’est en cela que Shakespeare reste très présent car on trouve des échos à toutes les époques et dans tous les pays.


Abordez-vous la mise en scène de Richard III comme la continuité ou est-ce que le public va être surpris ?

Les deux. Le geste de mise en scène peut et doit se poursuivre. En gros, c’est la suite de l’histoire, mais dans un monde en mutation. Presque un nouveau monde.


Quel Richard III serez-vous ?

Je jouais déjà Richard à la fin d’Henry VI. Richard a un passif. Il ne naît pas monstre. Il est monstrueux dans son corps, mais pas dans son âme. Ce qu’il décide c’est de faire son âme à l’image de son corps. C’est un personnage qui frôle l’onirisme, le fantastique. J’en fais un monstre théâtral, mais pas réaliste. Il était monstrueusement théâtral !


“Si les classiques sont toujours là, c’est parce qu’ils sont contemporains.”

Avez-vous vu la version Ostermeier qui a fait le buzz à Avignon cet été ?

Non. J’adore le travail de Thomas mais à une semaine du début des répétitions, je préférais être vierge. Je ne me suis pas autorisé à aller voir sa mise en scène. La pièce a de nombreux précédents brillants qui peuvent influencer. Je n’avais pas du tout envie de travailler par rapport à ça.


Ce qui est très différent, c’est que vous n’adaptez pas…

Oui, nous ne rognons pas. Je ne veux pas m’en tenir à un one man show. Ça ne raconte pas que l’histoire d’un personnage mais l’histoire d’une société perdue, qui n’a pas de repères. Une société de très jeunes seigneurs qui se retrouvent à la tête d’un état et qui sont nés dans le sang. Ils n’ont connu que la violence et la trahison.


Continuerez-vous sur Shakeaspeare, d’autres classiques ou passerez-vous à autre chose ?

Je mets en place un nouveau projet autour de Sénèque. Je déteste cette dichotomie entre classique et contemporain. Si les classiques sont toujours là, c’est parce qu’ils sont contemporains. Ça sera une grande épopée.


En quoi cette expérience vous a-t-elle changé ?

Elle a réalisé une utopie de théâtre que je caressais de manière utopique : allier exigence et popularité. Dans une époque éprise de vitesse, de plaisirs immédiats, les citoyens ont soif de curiosité et de nouveaux formats, d’aventures de rencontres. Le théâtre n’est pas mort. Le théâtre dont j’ai envie est celui autour duquel on peut se rassembler.


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