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© Alexis
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Un été dare d'art


Dossier réalisé par Vincent Braud, Barbara Le Guillou et Patrick Thibault

Publié dans le magazine Kostar n°71 - été 2020

L’été de l’art contemporain en Bretagne et Pays de la Loire se révèle cette année inédit. Pas d’exposition de la collection Pinault à Rennes. Des pointures quand même avec Martin Parr et Enki Bilal. Et souvent, un programme d’événements prévus pour le printemps. Certaines expos étaient déjà ouvertes avant le confinement et ont été prolongées, d’autres déjà prêtes mais pas inaugurées… Pas de décalage pour autant avec la saison. Une forte présence de la thématique environnementale comme l’an passé. Les enjeux de la mondialisation, les problèmes sociétaux. De quoi constater une fois de plus que les artistes sont en prise réelle avec la vie. Alors, empruntons à nouveau les sentiers de l’art contemporain pour découvrir ce qu’ils ont à nous dire de nous-mêmes. Bon voyage.



Bourgeat XXL

Invendus Bottes, 2020, Lilian Bourgeat, le Potager de la Cantine du Voyage, le Voyage à Nantes © Philippe Piron _ LVAN

Lilian Bourgeat est un artiste qui voit la vie en grand. À Nantes, on connaît son mètre ruban géant qui traduit sa volonté de sur-dimensionner les objets du quotidien. Une paire de bottes – mais deux pieds gauches – vient de rejoindre La Cantine. À Château-Gontier, il présente un pupitre et un niveau à bulle eux aussi XXL. De quoi déstabiliser le visiteur qui se trouve surpris par ce qu’il (re)connaît.



La force du dessin

Bleu sang,1994 / Enki Bilal / Collection particulière Courtesy MEL Publisher © FHEL, 2020

La passion de Michel-Édouard Leclerc pour la bande dessinée n’est sans doute pas étrangère à la venue d’Enki Bilal à Landerneau. Pour autant, l’exposition ira au-delà de la BD pour évoquer le parcours de l’artiste à travers toutes ses disciplines. Dessins, peintures, films, écrits… pour « une épopée dans l’Histoire où tout est relié, le passé, le présent et le futur », explique Serge Lemoine, commissaire de l’exposition. D’origine serbe, Enki Bilal est en effet un témoin précieux du 20e siècle fortement marqué par l’Histoire. Sa vision est à la fois “réaliste et fantastique, pessimiste et terrible”. L’exposition ambitionne de confronter la vision de l’artiste à celles de prédécesseurs ou contemporains prestigieux. On y verra des extraits de films de Fritz Lang, Ridley Scott ou David Cronenberg. Mais aussi, une série de tableaux inédits en écho à Guernica de Picasso.

Enki Bilal, Fonds Hélène & Édouard Leclerc, Landerneau, 18 juillet 2020 au 4 janvier 2021



The tree of life

D’abord, on s’attarde aux quatre toiles de Paul Sérusier récemment léguées au Musée de Brest. Il s’agit du décor de La Fée aux balles d’or, un chef-d’œuvre du chef de file du mouvement nabi. Dans l’objectif d’ouvrir le musée sur la ville, l’exposition D’art en arbres a associé six agents de la direction des espaces verts de Brest métropole. Ils ont participé au choix d’œuvres parmi les collections du musée. Dessins, gravures, peintures et photographies pour célébrer l’arbre qui séduit, inspire, fait rêver, intrigue, protège. Alors Henri Rivière ou Fabrice Hybert ? Henri Moret ou Bruni et Barbarit ? Pierre Bonnard ou Alexandre Hollan ?

D'art en arbres, Musée des beaux-arts, Brest, jusqu'au 20 septembre.



Ports d'attache

Face à la mer © photo : Aurélien Mole, 2020

C’est la mer qu’on célèbre tout l’été au centre d’art contemporain de Brest à travers trois expositions qui habitent l’espace. À la base, il s’agissait d’accompagner les Fêtes maritimes finalement reportées à 2021. Face à la mer convoque différents médiums, des artistes de générations et origines différentes pour observer les ports. Hoël Duet, Bouchra Khalili, Yvan Salomone, Mostafa Sarabi, Ni Youyu, Ana Vaz, Charlotte Vitaioli… On y rêve avec lucidité en pensant à la mondialisation et aux migrations, à la portée écologique et sociale des échanges. Proposition de l’EESAB, À bout de mer, mêle réalité et fiction pour envisager comment l’homme habitera la mer dans un futur proche. Quant à la proposition du Centre Atlantique de la Photographie, À 1 Km de chez soi, elle réunit les travaux réalisés par 21 photographes brestois pendant le confinement.

À bout de mer, Face à la mer, À 1 Km de chez moi, Passerelle, Centre d’art Contemporain, Brest, 12 juin au 12 septembre.



Sagesse peinte

Amadou Sanogo, vue de l’exposition « De paroles en paraboles, on se sert », La Criée centre d’art contemporain, Rennes, 2020 photo : Benoît Mauras – courtesy de l’artiste, de La Criée centre d’art contemporain et de la galerie MAGNIN-A, Paris

Un personnage, parfois deux, sur un fond monochrome. Entre les deux, un rectangle avec des motifs répétitifs : tel est le principe de la série de toiles peintes par Amadou Sanogo pour cette exposition à La Criée. Ce sont des personnages du Mali contemporain, tiraillés entre la richesse de l’héritage culturel et la complexité du temps présent. Chacune des peintures est basée sur un proverbe bambara, une philosophie qui nourrit l’artiste. “Quand tu vois le regard d’un sage baissé sur la route, ce n’est pas parce qu’il ne connaît pas la route, c’est par sagesse”, “Il est difficile de se battre contre soi-même”, “Tu peux cacher ton regard mais tu ne peux pas cacher celui des autres”,… Au-delà de l’explosion de couleurs qui surgit, il ressort de toutes les œuvres de ce maître de la peinture une profonde humanité.

De paroles en paraboles, on se sert - Amadou Sanogo, La Criée, Rennes, 26 mai au 30 août.



Tremblement de terre

DR

Une nouvelle fois, la chapelle des 3 Châ se prête à merveille à l’installation vibratoire. L’Auvergnate Anne Poivilliers y a conçu sa Partition sismique. Un travail presque savant sur le calque. Chaque morceau est plié pour devenir un filament qui devient un élément d’une installation en volume, tout en suspension, aérienne. Allié au basalte, la roche volcanique, le calque devient porteur d’énergies. Dans ce mouvement permanent, plus ou moins perceptible, l’artiste veut mettre en avant un monde où tout est connecté. Bien sûr, le visiteur en fait totalement parti. Accompagné par les sons sismiques, à lui de ressentir les vibrations et d’en saisir l’origine.

Anne Poivilliers - Partition sismique, Les 3 Châ, Châteaugiron, 27 juin au 30 août.



Dessin augmenté

© Romain Etienne

C’est l’exposition la plus 2.0 de l’été. Elle illustre parfaitement la démarche des Champs Libres pour la salle Anita Conti. La Compagnie Adrien M & Claire B (déjà venue en 2013) se nourrit des sciences et technologies les plus innovantes pour aboutir à une exposition bluffante. Ici, le dessin noir et blanc fait plus que sortir du cadre. Il devient ludique, magique, poétique. Si l’exposition Mirages & miracles convoque réalité augmentée, théâtres optiques, images projetées ou réalité virtuelle pour nous en mettre plein la vue, on est toujours dans une exposition d’arts visuels. L’interactivité fonctionne à plein mais la technologie n’est pas là pour l’esbroufe. Ces installations interrogent, déstabilisent et sont un hymne au vivant.

Mirages & Miracles / Adrien M & Claire B, Les Champs Libres, Rennes, 16 juin au 18 octobre.


Faire jardin

Mario Del Curto - Hong Kong, jardin créationniste, Chine, 2015

Qu’est-ce qui fait nature ? Vaste question que Mario Del Curto, photographe des arts singuliers, embrasse dans sa diversité. Il s’applique à traquer l’humanité végétale dans le monde entier. “Le jardin marque la volonté de l’être humain d’exercer son emprise sur la nature”, nous dit Patrick Gyger. Et Mario Del Curto le traque en ville comme à la campagne mettant en regard et perspective les différentes approches du jardin. Ce rapport à la nature est différent selon les cultures et les continents. Jardins botaniques, collections de semences de Vavilov, jardins utopiques et jardins des morts, jardins de parcs et villas ou jardins urbains, ouvriers ou sur les toits… Le visiteur chemine à son rythme parmi les 200 photos, entre oasis de nature et paradis bientôt perdus. L’obsession du végétal, le rapport entre l’homme et la nature ne va pas sans questionner notre rapport au monde.

Humanité végétale - Mario del Curto, le lieu unique et île de Versailles, Nantes, 9 juin au 30 août.



En toute liberté

Marcel Duchamp, Porte-bouteilles (séchoir à bouteilles ou hérisson), vers 1921, fer galvanisé, 50,5 cm x 32,5 cm, Fonds de dotation Jean-Jacques Lebel © ADAGP, Paris, 2020

La richesse du fonds de dotation Jean-Jacques Lebel tient au fait qu’il réunit des chefs-d’œuvre tout de suite identifiables : le Porte-bouteilles de Marcel Duchamp, des œuvres de Max Ernst, Francis Picabia, Henri Michaux… Mais aussi des œuvres beaucoup moins connues qui permettent pourtant de revisiter l’Histoire de l’art du 20e siècle par des chemins détournés. Avec cette construction en échafaudage au cœur du patio, l’exposition Archipel montre que tout est possible. Ici, on peut voir et revoir, les visibles et les invisibles. S’ensuit alors une autre vision du monde où l’on plonge dans la fabrique du regard, l’univers des écrivains, les rêves, hallucinations et visions, les révolutions, l’érotisme ou le happening. En tout, 150 œuvres pour un archipel composé d’îlots où l’on confronte les époques et les genres, faisant la part belle aux artistes qui questionnent les normes politiques, sociales et culturelles.

Archipel, Fonds de dodation Jean-Jacques Lebel, Musée d'arts, Nantes, 17 juillet au 18 octobre.


Nantes ici Nantes

Nantes Ici Nantes, Mzryk et Moriceau, Le Voyage à Nantes © Mzryk Et Moriceau _ Lvan

L’image la plus spectaculaire de l’édition 2020 du Voyage à Nantes, c’est le rideau imaginé par Stéphane Thidet pour le Théâtre Graslin. Comme une immense cascade d’eau qui recouvre la façade, tombant de la corniche pour frapper les marches. Si la réalisation est à la hauteur de l’esquisse, ça devrait être saisissant. Vincent Olinet, lui, aime le chic un rien décadent. Alors il aménage un lit à baldaquin sur le canal Saint Félix. On le retrouve aussi au Temple du Goût ou à l’Hôtel de France pour des décors tout aussi décapants. Outre une installation pérenne en ville, le duo Martine Feipel & Jean Bechameil proposent une exposition manifeste à la HAB Galerie. Avec humour, ils puisent dans les références artistiques du XXe siècle, prennent possession d’automates programmables industriels pour qu’ils actionnent les œuvres. Celle par qui le scandale arrive, c’est Elsa Sahal. Elle installe place Royale une variation féminine du Manneken-Pis. Si le pisseur bruxellois amuse la galerie, on a du mal à comprendre que sa fontaine “pissante” fasse polémique avant même son installation. Histoire de réconcilier tout le monde, Nantes ici Nantes, le film pop et humoristique de Mrzyk & Moriceau – qui dévoile le patrimoine immatériel de la ville et prendra place dans la nouvelle gare – ne laisse personne sur le quai.

Le Voyage à Nantes, 8 août au 27 septembre.


Jeunes lauréats

Samuel Paugam, Ripete il spettacolo

Les lauréats du prix des arts visuels de la Ville de Nantes se voient offrir une exposition à L’Atelier. Elle a, cette fois-ci, été confiée à un commissaire d’exposition, Leo Bioret, qui a pour ambition de « créer des liens là où l'on ne regarde pas vraiment mais où tout se passe ». Avec les cinq lauréats – Blandine Brière, Cat Fenwick, Makiko Furuichi, Irma Kalt, Guillaume Mazauric – il a convié cinq anciennes et anciens lauréates et lauréats : Marine Class, Chloé Jarry, Samuel Paugam, Ernesto Sartori et Mélanie Vincent. Productions récentes et installations in situ sont là pour questionner la conception picturale. Avec une envie de rythme, l’exposition ayant un théorème : « s'arrêter, faire le point puis ralentir ou accélérer ». En résumé, on verra bien !

INTER_, L’Atelier, Nantes, 8 août au 27 septembre.


Au-delà du réel

La Havane – Calle Amistad n°1 – 2005 © Stéphane Couturier

Dire de Stéphane Couturier qu’il est photographe d’architecture serait réducteur. Que ce soit pour les immeubles ou pour l’intérieur des usines, ses photographies grand format, très plastiques, sont faites de superpositions d’images. C’est un travail d’archéologue sur la ville en mouvement. Barcelone, Alger avec une lumineuse série Bal El Oued… Une plongée à l’intérieur du Grand Palais et un montage sur Chandigarh qui traduit la folie de l’artiste qui plaque de la couleur sur le béton de Le Corbusier, ajoutant ombres et reflets au sol. Les photographies d’usine font d’autant plus penser à des tableaux et à la peinture qu’elles évoquent Fernand Léger ou Sonia Delaunay. Dans cette première exposition de l’Artothèque d’Angers dans ses nouveaux locaux enchanteurs, le RU-Repère Urbain, elles résonnent particulièrement.

Stéphane Couturier, Artothèque, RU- Repaire Urbain, Angers, jusqu'au 12 décembre.


Formes et concepts

Wilson Francis Chulla © Musees Angers / David Riou

Entrée en matière avec d’impressionnantes œuvres en fibre de coco nouées qui sont comme de grands manteaux. L’artiste d’origine américaine ne s’inscrit pas dans le confort. Son rapport à l’œuvre doit être physique : il met véritablement son corps en jeu et apprivoise la difficulté. Francis Wilson s’attaque au dessin à travers des empreintes de ses œuvres. Ses petites sculptures, nouées et enrichies de terre ou sable, ont un aspect presque primitif. Passage à la couleur. Son art semble alors nourri de l’expressionisme américain et, un peu plus tard, de culture tribale pour des patchworks. On est particulièrement séduit par ses œuvres textiles aux couleurs étranges, nouées et posées à même le sol. Le parcours de cet artiste inclassable et touche à tout intrigue. De la sculpture, il arrive à la peinture sur chassis avec des formes abstraites qui semblent faire un clin d’œil à Sam Francis.

Francis Wilson, du nœud à la couleur. Art textile, peintures, dessins 1978-2020, Musée Jean-Lurçat et de la Tapisserie contemporaine, angers, 3 juillet 2020 au 10 janvier 2021.


L'art prend l'air

Lilian Bourgeat Gontierama 2020 © Marc_Domage

2018 puis 2020. C’est la deuxième édition du parcours d’art contemporain proposé par Le Carré et le Pays de Château-Gontier. Neuf artistes et huit lieux investis avec toujours cette même volonté d’amener l’art là où on ne l’attend pas forcément. L’artiste XXL Lilian Bourgeat se retrouve dans la cour du Couvent des Ursulines avec son Pupitre et son niveau à bulle de 10 mètres de long est au Jardin des Senteurs. À la Chapelle du Genêteil, Stéphanie Cherpin met en résonance ses sculptures réalisées à partir de matériaux ordinaires avec les tableaux de son arrière grand-mère, laquelle ne peignait que des fleurs. Et Jeanne Moynot vient s’immiscer dans ce dialogue familial. Quant à Guillaume Janot, il propose un kaléidoscope pour la façade de la Médiathèque où sont exposées des sculptures de Jacques Julien.

Gontierama, Château-Gontier sur Mayenne, jusqu'au 30 août.


Château fort !

Cathryn Boch © Jean-christophe Lett

Place aux artistes en résidence au Domaine de Kerguehennec pour les expositions de cet été. Après l’ouverture du parcours Tal Coat à l’intérieur du château l’an passé, on retrouve Cathryn Boch aux écuries. Elle invite le spectateur à cheminer dans un dédale de dessins suspendus, cousus et recousus. Dans la bergerie, Anne-Lise Broyer présente une série de photographies en rapport avec le paysage. Certaines sont retravaillées à la mine graphite. Entre performance et installation, Julia Bonnaud et Fabien Leplae questionnent eux aussi le paysage. Enfin, dans la chapelle, Erik Samakh propose La chapelle des ronces, une installation qui vise à faire pousser ces plantes hostiles et indomptables pour envahir le monde. Une fois de plus, le domaine de Kerguehennec séduit par la multiplicité de ses propositions indoor et outdoor, en écho à l’architecture et à la nature.

Cathryn Boch, Anne-Lise Broyer, Julie Bonnaud et Fabien Leplae, Erik Samakh, Domaine de Kerguehennec, Bignan, 28 juin au 11 octobre


Énergie sud-américaine

Marcos López - Pop Latino © Marcos López

Programmation allégée, mise en scène simplifiée, le Festival photo La Gacilly se déroulant en extérieur est néanmoins au rendez-vous. Cette édition Viva latina ! met en lumière une Amérique latine photographiquement engagée. Du mythique Sebastião Salgado à Marcos López qui nous fait penser à Martin Parr, en passant par Emmanuel Honorato Vázquez, Luisa Dörr, Cássio Vasconcelos, Carolina Arantes, Pablo Corral Vega…, on comprend à quel point ce continent réunit à lui seul toutes les problématiques du monde. D’autres sections sont consacrées à l’ADN du festival, la protection de l’environnement et la biodiversité avec le travail de Greg Lecœur, Nadia Shira Cohen, Emmanuel Berthier, David Bart, Coline Jourdan…

Viva Latina !, Festival Photo, La Gacilly, 1er juillet au 31 octobre 2020.


Grandeur nature

Mathilde Caylou © Gregory Valton

L’été invite à s’éloigner des villes pour aller à la rencontre d’espaces préservés. Le site Saint-Sauveur est de ceux-là et on y découvre le travail de Mathilde Caylou. Fileuse de verre, elle était en résidence en début d’année et s’est largement inspirée du territoire pour ses créations in situ. Tourbière est une empreinte du sol vendéen en verre avec des reflets irisés. Plessage s’inspire du bocage et des haies. Bassin versant renvoie à l’eau. La terre, les arbres, l’eau, un hommage vibrant à la nature pour des formes et mediums inspirés.

Mathilde Caylou, Site Saint-Sauveur, Rocheservière, jusqu'au 20 septembre 2020.

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