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Une île ailleurs : Naoshima


Lee Ufan Museum - Photo : Tadasu Yamamoto

Texte / Patrick Thibault Illustration / Didier Moreau pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°67 - octobre-novembre 2019

Le Japon, c’est bien sûr Tokyo, le temple d’Asakusa et le Sky Tree de Tadao Ando. Kyoto, c’est le Kinkaku-ji, le Fushimi Inari Taisha et la forêt de bambous d’Arashiyama, et aussi le mont Fuji depuis le parc d’Hissujiyama… et bien d’autres cartes postales qui font rêver. Et puis il y a Naoshima. Destination : une île ailleurs.


Naoshima était une île parmi les autres dans cette “mer intérieure” de Seto. Ni plus belle, ni vraiment différente et en proie à un exode des jeunes générations : on est tout près d’Okayama et pas très loin de Kyoto. Tout bascule en 1987. Cette année-là, Soichiro Fukutake, l’une des belles fortunes du pays, lance un défi à Tadao Ando : faire de Naoshima “un lieu culturel valorisant la nature et que nous pourrions être fiers de montrer au monde entier”.

32 ans plus tard, à l’occasion de la 4e Triennale de Setouchi, force est de constater que le pari est gagné. Naoshima et sa voisine Teshima sont aujourd’hui des pôles d’un art contemporain qui se niche aussi bien dans de modestes demeures ou prend son aise dans ces musées-cathédrales imaginés par Tadao Ando. Ainsi naît le Benesse House Museum, à la fois musée et hôtel. Avec ce jeu permanent, cher à l’architecte, de lignes et de volumes, de pièces fermées et d’espaces baignés de lumière et ouverts sur la mer. Un rendez-vous avec Basquiat, Cy Twombly, Richard Long, César, Giacometti, Kan Yasuda et Hiroshi Sugimoto. Au-dessus, dans la montagne, L’Oval, cet autre geste architectural, complète en 1995 cet ensemble déjà impressionnant.

Autre chantier pharaonique, en 2004, celui du Chichu Art Museum. Un musée consacré à trois artistes avec, sous terre, dans un étonnant jeu d’ombre et de lumière, des Nymphéas de Monnet, une installation bluffante de James Turell et les imposantes sculptures de Walter De Maria. On se déchausse avant d’entrer, svp. La relation entre l’art et l’architecture est ici fusionnelle. Et les images se gravent pour longtemps. En juin 2010, s’ouvre le Lee Ufan Museum. Comme toujours, Tadao Ando se joue de la topographie et du balancement entre ce qui se voit à l’intérieur et à l’extérieur.


On s’y bouscule, dès le matin, pour sacrifier au selfie devant ses courges de poids (jaune ou rouge) posées sur deux bouts de quai.

Sur l’île voisine de Teshima, Ryue Nishizawa signe, lui aussi, un “musée” époustouflant. Pour son ami artiste, Rei Nato, il imagine cette ellipse de béton qui semble posée à flanc de montagne. Sous la voûte monumentale et ouverte sur le ciel de ce Teshima Art Museum, une installation unique et hypnotique. Des perles d’eau suintent du sol et au gré de la pente naissent des paysages mouvants. L’eau, la vie, le commencement du monde, la planète bleue : difficile de s’arracher à la rêverie.

Sur ces quais ou disséminées dans le paysage, Teshima abrite bien d’autres œuvres, signées Chiharu Shiota ou Tobias Rehberger. C’est que l’art contemporain y est partout. Comme à Naoshima. Des Niki de Saint Phalle en nombre, des Karel Appel, Kazuo Katase ou encore Yayoi Kusama qui a tant fait pour l’image de cette île hier inconnue. On s’y bouscule, dès le matin, pour sacrifier au selfie devant ses courges de poids (jaune ou rouge) posées sur deux bouts de quai. Dans les villages de l’île, il y a aussi ces maisons traditionnelles restaurées qui accueillent des installations d’art contemporain, les bains I love you de Shinro Otake et même un musée consacré à Tadao Ando.

“L’architecture et la nature ne forment plus qu’un corps pour créer un paysage unique et propre à Naoshima…” a pu dire l'architecte. L’île dispose de quoi combler amateurs d’art contemporain, d’architecture et de nature. Le Voyage à Naoshima, cet autre VAN (comme on dit pour le Voyage à Nantes), c’est plonger dans un monde où l’art se coule, paisiblement, dans la nature. Comme un rêve éveillé au soleil levant… comme au couchant !


Hiroshi Sugimoto “Time Exposed” Photo: Shigeo Anzai

Benesse House Museum Photo: Naoharu Obayashi

Lee Ufan Museum - Photo:Tadasu Yamamoto

Photo : Ken'ichi Suzuki


Teshima Art Museum - Photo : Ken'ichi Suzuki


Richard Long “Inland Sea Driftwood Circle”/“River Avon Mud Circles by the Inland Sea” - Photo: Tadasu Yamamoto

Circuit Kostar


Impossible d’aller à Naoshima sans prévoir une étape à Teshima, île agréable en français. Les deux (petites) îles font partie d’un même projet artistique. On fait donc escale à Teshima pour le Teshima Art Museum et son atmosphère méditative mais aussi pour La Forêt des murmures, le No one wins multibasket de Llobet & Pons (cousin de celui de l’Île de Nantes), Les archives du cœur de Boltanski… À Naoshima, on est accueilli par la Pumpkin rouge de Yayoi Kusama. Dans le village, on s’arrête aux bains traditionnels, investis par un plasticien, Shinro Ohtake, et on met cap à l’est pour Nokyo-mae et le Ando Museum. Au sud, nous attend la Yellow Pumpkin de Yayoi Kusama et, tout près, le Benesse House. Un peu plus loin, le Lee Ufan Museum et le Chichu Art Museum. Un voyage dans le voyage.


Y aller

Pour le Japon, Air France offre plusieurs portes d’entrée : Sapporo, au nord, Miyazaki, au sud, Tokyo ou encore Osaka. La ville d’Okayama, à mi-distance entre Hiroshima et Osaka, peut être une étape sur la route de Naoshima. Il suffit ensuite de gagner, en train, la petite ville côtière de Uno et d’embarquer sur le premier ferry.


Y séjourner

À Naoshima, comme à Teshima, on trouve quelques chambres d’hôtes. Le “must” est de séjourner au Benesse House. Ce musée-hôtel, passé 18 heures (heure de fermeture au public), est en effet le plus surprenant des hébergements au monde : le musée, dominant la mer, est à vous.


Y circuler

Depuis le petit port de Ieura (à Teshima) ou de Miyanoura, des navettes permettent de faire le tour des musées et des œuvres disséminées dans la nature. On peut aussi louer pour quelques euros un vélo (à assistance électrique) car il ne faut pas oublier que ces deux îles ne manquent pas de reliefs.

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Illustration
© Alexia Moutel

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