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Une ville ailleurs : Mons, Par Philippe Kauffmann



Texte / Philippe Kauffmann pour Kostar Photos / © Bram Goots / Xtnt / Mons street Review

Illustration / Antoine Corbineau pour Kostar Publié dans le magazine Kostar n°46 - été 2015

Il se présente comme un couteau suisse de la production artistique depuis l’adolescence, et un globe-trotter immobile au sein de la petite Belgique, avec quelques incursions en terre bretonne. Philippe Kauffmann, co-programmateur du Festival Les Tombées de la Nuit est aussi conseiller artistique pour Mons 2015, capitale européenne de la culture. L'agitateur de rues qui déteste la foule nous fait découvrir Mons à sa manière.


Le mieux est de l’avouer d’entrée de jeu : avant de découvrir Mons dans le cadre de mon travail actuel (conseiller artistique pour la Capitale Européenne de la Culture), je ne connaissais pas bien cette “petite” ville wallonne. Comme tout le monde (en Belgique du moins), j’avais bien entendu parler de son Doudou (sorte de rite entre religion, folklore, fête alcoolisée et grande histoire – pour faire simple) et je m’étais sans doute égaré une fois ou l’autre dans ses jolies rues pavées pour rejoindre des amis à un spectacle au Théâtre du Manège ou à la maison Folie (merci Lille 2004)… mais a priori rien de bien original à signaler (hormis la Friterie Chez Billy pour faire honneur à mon statut de belge de service).

Touriste, passe ton chemin ?

Comme beaucoup de villes historiquement fortifiées (et donc fermées sur elles-mêmes ?), Mons ne se livre pas facilement. Et les Montois sont à l’image de leur ville : difficiles d’accès mais très généreux une fois la glace brisée ; fiers de leur patrimoine mais encore traumatisés par la fermeture des charbonnages qui se fait encore sentir chaque jour. C’est peut-être cela – aujourd’hui que je la connais mieux – qui me touche dans cette ville : les paradoxes dont elle a su faire son originalité et son attrait. Quelque chose des villes invisibles chères à Italo Calvino ; “ces villes qui seraient un rêve qui naît au cœur des villes invivables”.


Si votre souffle vous le permet, grimpez jusqu’aux jardins du Beffroi, au cœur de la cité.

Pour s’en rendre compte, il suffit de s’y promener quelques heures. Si votre souffle vous le permet, grimpez jusqu’aux jardins du Beffroi, au cœur de la cité. Un écrin de calme et de verdure, au pied d’un monument gothique classé patrimoine mondial de l’Unesco… d’où vous ne verrez rien de la ville ! Mais d’où vous aurez une vue imprenable sur le “borinage”, ses terrils (jolies montagnes pyramidales constituées des accumulations de résidu minier), ses chassis à molettes et autres vestiges d’une richesse industrielle bien passée.

Tout aussi paradoxal, dans cette ville qui exhale une certaine nostalgie – sans doute en raison de son patrimoine du 17e siècle quasi intact, le nombre exceptionnel d’architectures contemporaines (confiées aux plus grands : Libeskind, Calatrava, Hebbelinck…) qui ont toutes la particularité d’avoir su s’intégrer à des ouvrages historiques pour les transfigurer (Arsonic, l’Artothèque, le Théâtre du Manège, le Manège de Sury…) et leur donner une nouvelle vie.

Une nouvelle vie. C’est là le paradoxe ultime et le plus fort, transformé en pari : avoir osé – au cœur d’un bassin industriel sinistré et d’une population abattue – parier sur la Culture comme enjeu de développement et levier de redressement socio-économique.

Personne aujourd’hui ne peut affirmer que le pari est gagné. Mais une chose est sûre : œuvrer à cette utopie donne des ailes (ceci me concernant)… et offre quelques potentielles belles rencontres artistiques (ceci concernant le potentiel visiteur).

À vous de voir !


PS : l’ensemble des photos choisies pour illustrer ce billet sont issues de MONS STREET REVIEW, proposition de cartographie allumée de la ville, entièrement interactive, filmée durant 3 mois, sans effets spéciaux mais avec la complicité des habitants, sorte de Google street view surréaliste à visage humain.




Mons et merveilles

Mons semble s’organiser autour de sa Grand Place et de l’hôtel de ville. Immanquable point de repère, le seul beffroy baroque existant culmine à 87 mètres. 365 marches pour les courageux ! Et là-haut, comment ne pas rendre hommage aux Montois qui font bouger cette belle cité, de jour comme de nuit ?



Y aller

Il y a des vols Nantes-Bruxelles avec Air France, ce qui peut permettre de faire le plein de douceurs chez Marcolini, par exemple. Mais Mons est à près d’une heure de Zaventem. On peut aussi prendre le Thalys direct Paris-Mons ou la voiture. Compter 5/6 heures de route.


Y séjourner

Mieux vaut ne pas s’y prendre trop tard pour réserver une chambre. En août, au Congres Hotel (****), un peu moins de 100 €/nuit. Très bien noté, l’établissement offre un solarium et une salle de sport et permet de visiter la ville à pied. Le Terminus, en face de la gare, est une alternative moins onéreuse.


Circuit Kostar

La ville est aux couleurs de Mons 2015. Un programme détaillé (expos, animations…) est édité chaque semaine pour Mons et les villes partenaires. Ce qui peut être l’occasion de s’offrir un périple, avec étapes à Antwerpen, Charleroi, Brugge, Liège et même… Lille ! Au total, plus de 40 projets à découvrir. n Mais la ville a aussi son “voyage”, jalonné d’une quinzaine d’installations urbaines : Biographias (une cascade de livres tombant d’une fenêtre de l’université est signée de l’Espagnole Alicia Martin, Modern Menhirs, trois menhirs de briques rouges en clin d’œil à Carnac, est l’œuvre du Flamand Marteen Venden Eynde et A Forest est une fresque monumentale du grapheur Vincent Glowinsky. Il faut aussi aller à la Fondation Croÿ-Roeulx qui, avec Clouds, propose un voyage sur ce corps céleste qui a inspiré tant d’artistes. Avec des œuvres de Jean Arp, Magritte (bien sûr), Man Ray, ou Robert Therrien. Le tout dans le cadre exceptionnel du château, de l’Orangerie et des jardins. n La ville s’anime, le soir, du côté du Marché aux Herbes (!) où les étudiants ont leurs bars : l’Arnak, le Pavillon noir ou encore le Tango Factory qui, comme son nom l’indique, est le temple de l’électro.



Illustration
© Elly Olman

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